II. — LA RELIGION
comme un globule de sang dans un corps animé. Mais elle-mème n'est-elle pas enchàssée dans l'infini, plus spacieux en proportion d'elle que le corps en proportion du globule, que la montagne en proportion du grain de poussière? Pourquoi ne pas aller jusqu'au bout ?
Et j'allai jusqu'au bout |
Machinalement, invinciblement, par Île travail muet, sourd, tenace, d'une pensée prise dans l'engrenage de ces réflexions, qui, il est vrai, n’absorbait pas toute l'activité de mon cerveau, mais fonctionnait en activité latérale d'autant plus sûre et plus persistante qu'elle avait une marche latente (tel un détachement progressant sous bois au flanc d'une armée en campagne), l'agrandissement s opéra et, un jour (ma maturité s'achevait et déjà, au-dessus de la ligne d'horizon surgissait le front gris de la vieillesse), la nouvelle métamorphose fut, elle aussi, accomplie. Ma religion de l'Humanité avait fait place à la Religion du Cosmos.
J'eus le sentiment résigné et humble d'étre-uh élément du grand Tout,.-d'être soumis à sa toute-puissance et à son infinité, d'émaner de lui en ma formation passagère, et de devoir disparaître résorbé par lui quand l'énergie de cette formation se serait épuisée; d'être asservi à ses lois, à ses nécessités « providentielles >, comme les étoiles, comme les feuilles des forêts et les insectes des prairies,
C'était, mais élargie encore une fois, la religion de mon enfance et de mon adolescence! En son évolution, la spirale des changements psychiques tournait plus haute et plus ample. C'était la conception de chacun de ces cultes positifs en lesquels l'homme, depuis les nocturnes origines, avait, tantôt sublime, tantôt grotesque, matérialisé Île vague et difhcilement démêlable sentiment de sa subordination à des puissances supérieures réglant son sort tremblant, tantôt pour la joie, tantôt pour la douleur. C'était le rudimentaire effort du Scandinave transfigurant en personnages divins les vents, les nuages,