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II. — LA RELIGION

vers le temps dans l’immensité de l'espace qu'il occupait tout entier. Dans ce trouble sombre je me retrouvais encore quand jéssayais de creuser cet autre mystère : y avait-il pour « ce Dieu » une distinction entre le bien et le mal, était-il préoccupé de cette force morale qui constamment nous tourmente et nous fait haieter vers la Justice, nous les humains lamentables? ou, 1mpassible et insensible, se déroulait-il dans l'infini des heures et des lieux, sans autre sentiment que celui de sa puissance, de sa nécessité et de son éternité? L'Absolu avait-il un organe analogue à notre cerveau, raisonneur et Juge, ou n'en avait-il pas, satisfait et complet par cela seul qu'il vivait et déroulait invincible l'incommensurable de sa vie pour nous énigmatique, non pas l’Ame de « l'antique Univers impérissable » mais l'impérissable Univers lui-même?

Je plongeais en ce vague et le sentiment mème de cette flottante incertitude me semblait en correspondance étroite et douce et

pacificatrice et consolante avec les aspirations de mon âme, à la recherche d'une vision de l'incognoscible en rapport avec les besoins de mes inquiétudes d'homme contemporain et l'insuffisance de mes moyens de recherche.

De tournoiement en tournoiement, jai ainsi abouti à une paix où mes rapports avec l'Univers me sont apparus, comme au plongeur les profondeurs marines à travers la: transparénce des- eaux que leur masse rend opaques à courte distance, et Je me contentai de cette trève marquant le dernier étage auquel l'insuffisant instrument logé dans ma boite crânienne pouvait faire monter pour moi la Connaissance.

Relié au Monde! Dépendant du Monde!

Pensant religieusement au Monde, mon créateur et mon maître suprème, de qui J'ai tout reçu, de qui je dois tout attendre, limitant ma misère et mon opulence, circonscrivant les possibilités de mon existence et de mes forces, tel je me sens au déclin de mes jours, acceptant la vie et attendant la mort avec la

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mème sérénité, sans doute, que le croyant les yeux fixés sur son Dieu à corporalité anthropomorphique. Je revois l'homme des époques primitives et son effroi superstitieux devant les météores et les convulsions géologiques, désarmé et suppliant, les transforinant-+naif -et- barbare, en "déités:oumen démons, subissant leur impitoyance; inquiet et troublé en découvrant, et chez lui et chez ses semblables, ces autres météores et ces autres convulsions, les passions humaines, ctales. transiormant elles Tansek erLcètres symboliques, qu'il faut vénérer et que l'on apprivoise par des supplications et par des sacrifices. J'entrevois que ces créations imaginaires, que ces Zeus et ces Odin, ces Jéhovah et ces Allah, incarnations à figure humaine des forces naturelles perpétuellement en action, n'ont été que la fragmentation enfantine du Total éternel-et le travestissement chimérique de ses énergies infatigables. Qu'a fait le Catholicisme en organisant la Cour céleste de son Dieu, chef de famillé d'un

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ménage divin, chef de clan d'une tribu de bienheureux investis chacun d'une spécialité, si ce nest réaliser en ce polythéisme plus fourmillant que celui du monde antique, une attribution religieuse des multiples activités de da’ Nature, imbre idées déudxiet des hommes, entrevue en cet émiettement par des cerveaux non encore capables de la saisir en son unité solennelle et prodigieuse?

Tous: lés. Cultes positifs, «toutes. des doctrines en lesquelles les races, et audessous des races les peuples, et au-dessous des peuples les sectes, s'épuisant en efforts étranges et pénibles, ont extériorisé leur incompressible besoin de marquer les liens qui les unissent aux puissances du Panthéisme cosmique, m'apparaissent en tentatives jalonnant la marche du sentiment religieux vers l'état où je suis arrivé et au delà duquel, moi homme du xix”* siècle, n'ayant que le cerveau du xix" siècle, perfectible sans doute mais non encore perfectionné, je ne conçois plus d'espace intellectuel à conquérir. Un Idéal

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