IT! LE’ DROIT
tout en écorce et d'arrangement métaphysique.
Une thèse que je présentait en 1864 pour obtenir l'agrégation à l'Université de Bruxelles, dénonce curieusement cet état d'âme, Elle était intitulée : Æssaz sur la Certitude dans le Droit naturel. Je l'ai relue récemment comme on relit les vieilles lettres d’un amour en cendres. J'y posais avecrigueur des prémisses, J'y décapais avec entêtement des définitions, jy opérais avec intransigeance des déductions. Tout le froid, tout le phrasé, tout le mort, toute l'intolérance des combinaisons intellectuelles creuses et des théorèmes exsangues régnaient dans ce cimetière dont était absente la brûlante chaleur des existences. À peine quelques pages du début et de la fin fleuraient la vie timide qui malgré tout couvait en moi, essayant de jaillir et de s'affirmer.
J'étais bien un produit de la méthode marquée alors au cadran du temps, féconde en arguties idéologiques et en ergotages
solennels. Une philosophie de rêveur et de dissertateur à vide me hantait et m'avait dévoyé. J'étais, aussi, inconsciemment un produit des aspirations de l'époque qui s'imprégnait déjà d'Arrivisme quoique le mot ne fût pas encore inventé, vivant dans lheure présente et mon entourage étroit, pour les 1NtérÈts que suSGilaient cette héure et cét entourage.
Mais des forces secrètes travaillaient à ma hbération. La Vie vraie, pieuvre bienfaisante, mappliquait ses ventouses et peu à peu mattirait vers une conception du Droit plus vaste et plus humaine. Ce ne fut que lentement et par saccades que j'y parvins :
telles les pénibles, les lassants efforts d'un régime médical par lequel on reconquiert, en des progrès presque 1mperceptibles, une santé délabrée.
Dans mes premiers livres juridiques cette émancipation commence à saffñrmer, mais combien loin de l'énergie qu'elle devait mimposer plus tard! J'écrivis en colla-
HIER DPROPF 97
boration avec Gustave Duchaine, un Traité de là Profession d'avocat, où des réalités remuantes débordent parfois sur la solennité des vicilles règles; avec Xavier Olin un Traité des Brevets d'Invention d'où la scolastique nest pas complètement absente mais va sanémiant; puis seul, un Traité de l'Indemnité due à | Exproprié pour utilité publique, où Jessayai d'exposer les questions de Droit en un style échappant aux habituelles sécheresse et froideur scientifiques.
Alors un intervalle de plusieurs années.
La clientèle s'est formée et je ne connais pas encore le secret de l'étude rapide et profonde des procès. Des travaux acharnés, des scrupules, des soucis, dévorent tous mes instants. Leur multiplicité, leurs brutales et bousculantes secousses m'ébranlent et me décortiquent chaque jour davantage. À l'homme conventionnel que Jjétais se substitue avec continuité un impulsif s'abandonnant de plus «en: -plus au tumulte ét à la: caresse dé la vie.
Vers 1880, un équilibre commence; des heures de repos s'intercalent parmi le tourbillon des affaires. Cette Profession que je viens de manier deux lustres dans l'agitation du succès et que je pratiquais déjà depuis vingt ans, minspire le Paradoxe sur | Avocat, ma première œuvre littéraire sérieuse. J'étais plus que quadragénaire. Courte, ardente, passionnée, elle reprend, en le simplifiant, en le « désolennellisant », le Traité de la Profession dont le massif volume avait paru quinze ans plus tôt. Il condense ce que je pensais alors sur le Barreau, toutes les maximes surgies de ma changeante expérience, toutes les directions que je croyais les meilleures. Aujourd'hui, après vingt autres années, je ne pourrais guère y ajouter, je ne pourrais guère le rectifier.
Une nouvelle étape a commencé. Le flot des réalités m'a pris et memporte au large. Le courant est violent et je ne lutte plus contre lui. J'y nage, j'y vais, j'y viens, d'une rive à l'autre, mais sans essayer de Île