II. — LE DROIT
remonter. Je sens qu'être entrainé par lui est peut-être la force et la sagesse. J'ai délaissé, presque avec mépris, le Droit fait de syllogismes et de doctrines conçues et couvées dans le cabinet d'études. Je ne le contemple pas encore en sa dignité majestueuse de grande force cosmique aussi nécessaire, aussi inévitable dans les sociétés humaines que attraction dans la circulation des mondes. Mais vaguement le sentiment de cette puissance s'éveille et me pousse à des conceptions et à des œuvres embrassant «les généralités ».
Alors parurent successivement les récits qui ont été réunis sous le titre : SCÈNES DE LA VIE JUDICIAIRE dont le Paradoxe avait été le terme initiateur. La Forge Roussel où, dans les paysages du pays décrits avec piété, jessayai de creuser l'obscur problème philosophique de la cause finale du Droit, pour moi alors ‘encore -enténébrée et versant la tristesse de.ces ténèbres, ma tristesse et mon
angoisse personnelles, sur ce que j'écrivais.
L'Amiral où je racontais sommairement mon existence maritime en y rattachant les inquiétudes et la pitié que suscitait en moi la classe ouvrière, dont j'entrevoyais de plus en plus le sort grevé d'iniquités violant la Justice et méconnaissant le Droit. Won Oncle le Jurisconsulle où, parmi le décor de « la vaste et murmurante Forêt de Soignes », je mefforçai de faire apparaître le Droit en sa dignité ubiquitaire, rassemblant en une seule harmonie, parmi les devoirs humains, les devoirs sujets à contrainte, pénétrant la société tout entière, la dressant sous sa puissante action et la maintenant dans son fort et élastique tissu ; existant non pas sous le couvert des livres et dans la prison des écoles, mais dans les réalités omniprésentes et omniagissantes de la vie.
La Veillée de l'Huissier, fantaisie descriptive d'un coin de mœurs judiciaires à Bruxelles, fut un repos et une distraction légère au cours de ces œuvres sévères, dont la série sacheva par Ze Juré, souvenir
IHs-t LE DROIT IOI
pathétique et brûlant d'un procès criminel sonore où javais été assailli d'émotions, de doutes, d'horreurs, de fatigues et d'hostilités sans nombre.
Mon effort m'entraina plus loin. J'avais atteint maintenant Îles grandes eaux juridiques et je baignais dans leurs vagues. Je n'étais plus le cerveau bâtissant adroitement le château de cartes des raisonnements scolastiques, mais l'être humain prenant peu-à-peu conscience du Monde à l'évolution duquel 1l participe, atome de l'énorme masse dignifié par le sentiment d'être un atome d'un tel prodigieux ensemble. Les procès, ces anecdotes, ces faits divers, ne ‘me suffisaient plus. J'allai à des entreprises plus vastes,
Ce fut d'abord cet inventaire général du ‘Droit. belge 4: la nvdu..-xrx". siècte, type de la législation d'un peuple de race aryenne arrivé au stade contemporain de son évolution juridique, auquel je donnai pour titre Zes Pandectes Belges. Elles en
sont, invraisemblablement pour moi, à leur 707 -voltuime 0 mont pas dans leur ordre alphabétique, épuisé la lettre O. Œuvre collective patiente, témoignage extraordinaire de la complication merveilleuse de l'âme européenne de notre temps aux prises avec .cettedorce impéneuse : 1e-Drort.
Ce” fut, “ensuite, avec’ la Collaboration principale de ce noble et incomparable ami, Alexandre de Burlet, mort toujours regretté, la fondation du /ournal des Tribunaux destiné à refléter notre vie judiciairé nationale, 4 l'éclairér aussi dans la mesure du possible, à la rendre plus consciente d'elle-même en la suivant pas à pas dans ses manifestations courantes, à la régler peut-être dans quelques-uns de ses actes et quelques-unes de ses directions, Récemment j'en ai passé le flambeau à de plus jeunes, résolus à continuer cette œuvre d'après des rythmes nouveaux en rapport avec les temps qui souvrent dans l'éclat
d'une si émouvante aurore.