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III. — LE DROIT

le milieu juridique où j'ai vécu, et que dans mes paroles et mes actes je ne suis qu'un fragment, humble et remuant, de ce milieu, fragment Ilui-mème du milieu social plus vaste, à son tour fragment de la Nature.

Que vaut définitivement cette œuvre, dont (sauf quelques témoignages chaleureux, venus presque tous d'inconnus : qu'il est difficile de se faire lire et accepter par les siens!) l'apparition fut sans retentissement? Je l'ignore et j'aime cette ignorance : l'indécision sur la valeur de mes actes eut toujours pour moi un charme amer, meilleur que les certitudes. Mais, dans mon for intérieur, avec les illusions de mon infirmité, de mon « équation personnelle », je l'ai considérée comme le terme de mon épanouissement juridique avec l'impossibilité d'aller au delà. C'est pourquoi, sincèrement, ingénument, naïvement, ému et enthousiaste, le jour, presque solennel pour moi, où je commençai à l'écrire, Je débutai par ces mots qui m'assaillaient et que je m'adressais silencieu-

sement, résumant ce que je viens de raconter, résumant l'évolution que javais subie, longue et lente, sourde et patiente, pathétique et, parfois, pour moi déconcertante :

« Depuis plus de quarante années Je voyage et je vis dans le pays du Droit.

Botaniste, entomologiste obstiné, Jy ai recueilli et soumis à l'analyse des notions par milliers. Sans interruption mon intellect a fonctionné pour ces études. J'en ai ressenti les joies et éprouvé les inquiétudes. A l'origine, et longtemps encore après l'origine, je n'ai aperçu, dans ces espaces immenses et émouvants, que les détails. Les vues générales furent pour moi comme si elles n’existaient pas. L'Enseignement qui me fut donné semblait ne pas se douter de leur importance où n’en avoir qu'un sentiment indécis. La complication des particularités fourmillantes les masquait. Dans quel état vague, et dans quelle confusion, vacillait mon esprit durant les premiers temps qui suivirent mon entrée dans les contrées juri-

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diques! Quelle abondance prodigieuse de faits, quelle difficulté d'en saisir les rapports, quelle impossibilité de les discipliner en une ordonnance d'ensemble! De quel tourment ce chaos m'importunait, peut-être parce que j'ai l’âme à la fois méthodique et exaltée du Jurisconsulte! Longtemps, cette absence de clarté et d'harmonie greva ma conscience. Le besoin de me libérer de cette infirmité a été un des grands soucis de ma vie. Ayant passé par cet ennui et par cette tristesse, j ai, sous l'action d'une impulsion naturelle et insistante, été aux travaux qui me parurent pouvoir les dissiper. Ils ont été mis par ma jeunesse au programme de mes devoirs et je my suis adonné avec ferveur durant mon âge mûr.

Découvrir et décrire le Droit dans les Permanences de sa puissante construction, a été, comme un vaste amour, ma préoccupation ininterrompue. J'y fus poussé par un sentiment individuel où ma propre éducation juridique était en Jeu, et plus intensément peut-être, par un sentiment fraternel qui

s'alimentait du désir de servir le milieu humain qui ma produit et qui m'a élevé.

L'heure est arrivée à laquelle ma fonction dans l'immense mécanisme social m'apparait, mimpose cette œuvre, et je vais my appliquer avec une ardeur opiniâtre dont ce nouveau Livre sera le produit. Puisse-t-1l avoir l'influence qui est dans mes espérances. Je ne CONÇOIS pas en pouvoir écrire qui serait mieux l'expression totale et, je le crois, définitive de mes recherches et de mes méditations sur cette Force sociale. II me semble qu'il sera « mon testament juridique », c'est-à-dire le legs et l'attribution du patrimoine intellectuel accumulé par mon labeur au cours d'une existence prolongée de lutte et de travail. Il me plairait que l'on comprit la douceur de ce dépouillement qu'auréole l'espoir d'être utile en servant les serviteurs du Droit ! »

Ainsi je conversais avec moi-même, et je me mis à l'œŒuvrél 41FŒœuvie dé” description philosophique du Droit, évoluant fatalement au cours du temps, c'est-à-dire

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