HT: = DE DROIT
dans l'histoire des hommes. Je sentais que, pour le comprendre, 1l fallait considérer cette Histoire avant tout. Car la réalité dément constamment les conceptions crues « rationnelles > et se plait, dérisoire, à les faire apparaitre en simples élucubrations, en « fantasmes ludificatoires. > Quand on veut les mettre en pratique, des résistances secrètes invincibles agissent, bousculant et renversant les théories les plus fameuses.
La: Raison, en létat actuel de da cervelle humaine, est impuissante à discerner tous les éléments qui concourent à la vie et par cela même les conclusions qu'elle tire sont toujours fautives, comme une opération arithmétique dans laquelle on a omis un ou plusieurs facteurs. Les événements seuls n'oublient jamais rien, parce qu'ils sont le produit du jeu universel des choses et que ce que nous ne voyons pas n'en est pas moins présent et remplit tacitement et anonymement sa fonction. Pour discerner le: Droit, ces événements ‘seuls. peuvent
faire naître en nous, par un travail d'abstraction dont 1ls sont la base, quelque conscience des Lois générales auxquelles 1ls obéissent; seuls, par les directions que nous percevons en eux surtout quand on les envisage en séries prolongées, ils peuvent nous donner une certaine prévision de ce qui va suivre. La mise au jour du Droit est un travail sans relâche, non seulement de l'État, mais du peuple tout entier collaborant par ses instincts à l'œuvre des penseurs et des législateurs. Toute doctrine incapable d'expliquer le Droit par l'Histoire, où élaborant un Droit contraire aux enseignements de l'Histoire, me paraissait une chimère et devoir demeurer frappée de stérilité,
En: le décrivant, tel que je 1ai Tat dans Ze Droit Pur, je n'ai donc fait que la description de mon état Juridique intime, ainsi que maintenant 1l se présente en moi après les transformations que j'ai subies au cours de ma vie : je fus pareil au grain de
poussière qui tenterait d'expliquer le vent qui
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l'emporte dans son tourbillon, à la goutte d’eau qui tenterait d'expliquer l'océan où elle est suspendue.
C'est ce sentiment panthéiste que j'ai essayé de faire résonner dans ce court récit de « ma juridique aventure ».
Au moment où Je le termine, quand d'un coup d'œil circulaire, je regarde ma vie sous ce spécial aspect, vibre en moi la saine allégresse de l'ouvrier loyal qui à peiné de tout son cœur, avec la croyance de ne s'être pas épuisé en un travail superflu. Je dis à ceux qui ont vécu avec moi et autour de moi, aux Jeunes surtout pour la formation de qui mes écrits, mes paroles, mes actes ont fonctionné de préférence parce qu'ils sont les artisans et la réserve de l'avenir :
Me voici proche du terme de mon existence et jai besoin de votre jugement car je n'ai jamais compris la solitude égoïste et le dédain pour mes semblables. Aï-je augmenté votre connaissance du Droit? Ai-je augmenté l'ordre dans vos idées juridiques ?
Ai-je augmenté votre force de penser et votre force de vivre? Si oui, mon but est atteint et je reçois ma récompense! Une manière nouvelle, sinon de comprendre, au moins d'exposer le Droit, n’est pas moins émouvante quune œuvre d'art. À l'espérer, le sang circule plus rapide et plus ardent. Je n'éprouve pas simplement le soulagement de tout homme mortel qui voit, sans effroi, et comme un repos, approcher le terme d'un labeur prolongé. C'est, plus hautement, leffusion grave et émue du Jurisconsulte qui, aux ironies par lesquelles on tenterait d'atteindre et de faire fléchir sa foi, — comme il est arrivé dans ce temps fécond en sarcasmes et en goguenardise, — répond de toute l'énergie et de toute la tratéraité.de son âme juridique :
Je crois au Droit, je vois le Droit très beau; nul n'aura la puissance d'en ternir le miroir |
La Politique
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La Politique! Qu'on ne se méprenne pas sur le sens que je donne ici à ce vocable discrédité.
Il ne s'agit point de cette agitation si souvent inféconde, exutoire pour les ambitions inutiles, les intérêts égoistes, le besoin de faire du bruit, qui forme trop fréquemment la substance de « la tactique parlementaire >, du « jeu des partis » et de « la politique de candidature ».
Je sais que tel, hélas! en est l'aspect habituel et le mobile souterrain ordinaire, déguisé sous les draperies pompeuses de l'in-
térêt public; ou, plus exactement, que Îles préoccupations individuelles y cohabitent presque toujours avec Îles préoccupations sociales, en un piteux concubinat, discernable pour les moins clairvoyants malgré les efforts des dissimulateurs. Mais quimportent à l'impassible train du Monde ces misères? En accomplit-1l moins, dans l'œuvre politique comme ailleurs, ses transformations inépuisables avec le calme dur et silencieux de la Destinée? Peut-être ne sont-elles qu'un moyen nécessaire à son éternelle activité, un rouage de sa gigantesque horlogerie.
La Politique dont je veux parler est la Force qui, dans les sociétés humaines, pousse les individus à s'occuper, noblement, du Bien commun, de la Les publica ; — en phalanges sans cesse augmentantes, comme le prouve limposant et incompressible phénomène de l'extension du droit de Suffrage, aboutissement fatidique d'une évolution historique immense, sinon toujours visiblement utile, au moins admirablement symbolique, d’Egalité,