IV. — LA POLITIQUE OT
plus qu'ailleurs, vous trouverez des bourgeois qui digèrent et dorment, des jeunes gens qui fument et font l'amour! » C'était un peu gros, mais apparemment pas tout à fait faux pour l'époque.
Jusqu'à mot bruissaient les échos du tumulte causé par cette invasion de parlementaires désarçonnés et de révolutionnaires déclassés, « les vieilles barbes », introduisant inconsciemment parmi nous des germes qui, pour douteux qu'ils fussent, facilitèrent plus tard la moisson socialiste. Mais ce qu'il était inexistant alors en Belgique, ce Socialisme aujourd'hui si fortement enchâssé dansle bloc de nos partis politiques! Le Clérico-Libéralisme, seul et triomphant, battait son plein et, comme le soleil de midi, semblait ne devoir se coucher jamais. M. Frère-Orban ét était, persuadé, À pence fisselis/:du prochain « Progressisme » faisait-1l entendre ses bourdonnements et son moucheronnage.
Je n'étais de tout cela qu'un spectateur de jeune âge, distrait et insuffisamment com-
préhensif. À peine mes idées en effleuraientelles la surface d’un vol léger et interrompu. J'étais écoliér à l'Athénée, d'application médiocre. Et je pensais à la Mer!
C'est durant les premiers mois de ma Rhétorique que je ne résistai plus à son attirance, si étrange sur le terrien de seize ans que j étais et qui ne l'avait jamais vue qu'une heure à Ostende, quand :1l était tout petit.
Mais ce que j'avais lu de voyages accomplis sur son vaste dos et parmi ses solitudes!
Ce que la pensée d'un navire, toutes voiles dehors sur l'azuret sous l'azur, ‘mé 'méttait en émoi! Encore aujourd'hui parfois je rève d'y être jeté, au large, quand viendra la mort, plutôt que de me dissoudre lugubrement et souterrainement dans un cimetière.
Je m'embarquai comme mousse ct, comme mousse, il me fallut vivre dans Île compagnonnage étroit et constant de ces ouvriers à vie rude et sacrifiée que sont Îles matelots; coucher, sous le pont, dans leur
« logis » misérable; les servir en apprenti