LA PATRIE
maritime, de même que mon goût insensiblement devenu si passionné pour les champs et les bois ne fut peut-être que l'écho des sensations de mes ancêtres paternels, presque tous cultivateurs et paysans, bücheurs et bècheurs, dans les solitudes sauvages du Luxembourg.
J'avais dix-sept ans quand je connus la Mer. Je partis, en oiseau décagéqui s échappe, sans aucun regret de ce pays qui ne m'avait pas encore résorbé dans son amour, Mon premier voyage fut aux Etats-Unis. Une maladie me retintlongtemps à New-York, etalors, dans mon cœur sans patrie mais où insensiblement montait et devenait fort le besoin instinctif d'en avoir une, de me sentir partie intégrante d’un organisme social se développant à travers le Temps en emportant avec lui les molécules humaines participant à sa vie totale et à ses énergies, un engouement me prit pour cette puissante nation américaine dont on espérait encore qu'elle saurait utiliser son sol nouveau et sa liberté inégalée pour
se détacher des traditions du vieux monde et organiser un idéal rajeuni, noble et grandiose, d'association humaine. Illusion désormais dissipée! l'événement à démontré que l'éloignement, l'exil et la longitude ne suffisent pas à dégager les hommes des fatalités qui régissent l'enchainement évolutif des races et qu'ils peuvent tout au plus opérer quelques glissements qui n'ont dans l'ensemble que la valeur de simples nuances.
Je pensai à me faire citoyen américain!
Ce nouvel avatar du sentiment patrial qui me travaillait sans que jen eusse une claire conscience, s’effaça à son tour quand le Hasard, toujours latent, toujours présent, toujours dérouteur, me ramena à la destinée première qu'avait pour moichoisie mon Pere:
le Barreau. Car :1l est inquiétant de penser à quel point dérisoire notre liberté a peu de part dans les événements qui forment Îles grandes étapes de la vie : la naissance et son milieu, le sexe, le choix d’une profession, Île mariage, la mort, et combien chaque fois ce