I. — LA PATRIE Fr
n'est pas nous mais le fortuit des événements qui règle tout et tout décide.
À l'Université de Bruxelles où j'étudiai pour la puérile conquête des diplômes, mes idées sur la place que j'occupais parmi mes semblables prirent rapidement une autre direction.
Je devins humanitaire et cosmopolite!
C'était l'esprit de l'enseignement libéral philosophique de l'époque. La Fraternité universelle était sentimentalement prèchée.
Onrertait : Plus-de”frontière | comme-on criait ingénument, sans se douter de l’affreux et cruel égoïsme de la formule: Laissez faire, Laissez passer! Je crus, avec les autres, que notre espèce était une, que tous les hommes étaient fongibles, que l'uniformitéde croyances et de tendances n'était qu'affaire d'éducation et de législation avisée, que la Raison, la déesse, l'idole Raison pouvait tout approprier, et que l'âge d'or, l'âge messianique dépendait des bons syllogismes et d’une logique sévèrement et géométriquement pratiquée.
Et je devins un citoyen du Monde! Je fus un des innombrables Anacharsis Clootz, € représentant du genre humain », qui pullulaient en cet âge à peine écoulé ét déjà légendaire, et dont des échantillons attardés circulent encore parmi nous.
C'est avec cette conception d'une naïveté chevaleresque que j'entrai au Barreau vers vingt-cinq ans et que je commençai ma vie de « fonctionnaire social > dans le groupe national belge où le Sort m'avait définitivement enrôlé. Mais peu à peu la pression tantôt dure, tantôt douce, mais toujours insurmontable, des réalités, la vue, aussi, plus pénétrée, du milieu qui m'enserrait, facilitée par des études extra professionnelles qui, sans lassitude, me séduisirent et massèrent ma cérébralité, opérèrent un déplacement dans ces convictions d'apparences si magnanimes.
LaVie, la Vie puissante ér fénace se chargea d'une œuvre constante de rectifcation par laquelle la fragilité des combinaisons purement intellectuelles me fut insensi-