V. — L'ART At
Un événement, pourtant, marqua dans mon existence de petit bonhomme dirigé vers < le sérieux » de la-vie= Ee-révérend. Père Lacordaire donna une de ses célèbres conférences dans l'église des Sablons. J’avais une dizaine d'années. Excentriquement mon Père m'y conduisit. N'avait-1l pas déjà commis cette autre extravagance de me mener, à sept ans, à Paris, en diligence, pour me montrer la Grand'Ville! Il croyait à ma destinée « d'orateur > et m'appelait Mirabeau, ce que mes sœurs railleuses transformaient en Mirabelle quand J'avais encore des jupons de petite hlle.”Prisdune sorte d'éffroi- le cœur sautant, Je vis et j'entendis en chaire le grand Dominicain, drapé de blanc, la tète au crâne rasé “céinte d'une couronne de cheveux, les gestes larges, la voix harmonieusement retentissante. Et je ressentis, vague mais déjà vibrante, ce que jeconnus plus tard en pleine conscience : la volupté du frisson esthétique.
Mon Père aimait à raconter que son
frère défunt avait été choisi par David comme modèle de l'enfant de chœur qui tient l'encensoir dans le coin à droite du tableau du Sacre de l'Empereur qui est au Louvre, et il'cohsérvait une Lettre dé: l'artiste écrite à ce propos. Depuis égarée. Un croquis du peintre 1Îlustre, suspendu dans notre nourricerie, représentait le même garçonnet tenant dans ses bras un chien qu'on nommait Pitapouf. Depuis disparu. Mon Père se plaisait à lire tout haut des vers. Il faisait déclamer par mes sœurs des scènes de Racine et: dé Corneille, 1 étauit volontiers lyrique et grandiloquent et s'écoutait déployer « de sa belle voix ténorisante > la fanfare des phrases élégantes. Il éveilla ainsi, sans y penser, en moi, auditeur minuscule, le goût de la cadence, du rythme, de l'assonance, de l'image, de la musicalité verbale : je fis des versiculets, naïvement, pareils à des pépiements de moineaux.
Je rattache volontiers les événements à l'atavisme. À tort ou à raison je n'oublie