V. — L'ART
aux progrès des aspirations qui dès lors, mais encore sourdement, tourmentaient Îles masses. J’aimais à parler d'un «Art national » s'attachant de préférence à exprimer nos mœæurs et notre pays que je sentais intéressants et beaux, dignes de préoccuper les cervelles humaines. J'aimais à parler d'un € Art original > par lequel les âmes, échappant à la triste imitation, au stérile renouvellement du passé et à l'insupportable unifor- Hisation dans. le fond et dans Ia [orme s'efforceraient de se manifester elles-mêmes, dans leur réalité incessamment différente et par des modes incessamment divers. Je polémiquais là-dessus, ou plutôt j'étais entrainé dans des polémiques querelleuses, où déjà le sentiment de l'inutilité et du mauvais goût des disputes avec des adversaires-nés et partant irréductibles, perçait la croûte de mes préjugés et bousculait ainsi l'éducation basée sur la prétendue vertu convaincante des raïsonnements et sur la soi-disant importance des argumentations habiles. Je n'étais qu'une
unité fongible dans le tumulte artistique lentement grandissant qui gagnait l’'Ame belge, l'éclairant peu à peu comme conquiert la campagne la lumière d'un soleil qui se démasque des nuages. Oui, rien qu'une unité et je ferraillais dans mon coin.
Chose étrange et qui, pourtant, demeure presque générale, Je ne me rendais pas compte de ce qu'était vraiment l'Art en soi et Je ne pensais pas: à 16 "pénéerer par ‘Une analyse attentive. Vaguement je flottais à son sujet en des conceptions embrumées et je me contentais de ces incertitudes qui, pour toutes choses et dans tous les temps, semblent avoir été, pour des milliers d'êtres, le régime cérébral de la psychologie humaine que fatiguent les recherches opiniâtres ou que décourage leur habituel insuccès. Sur les conditions du Beau, sur les règles qui pourraient fixer sa fluctuante essence, sagitaient de puériles controverses où l'étroitesse des esprits subordonnés à la maladie sectaire se révélait avec àpreté par des excommunications réci-