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V. = LART

que les milieux d'où elles ont jailli sont à jamais disparus. Et bêtement, stérilement, s'épanouissait la lamentable doctrine du pastiche, envahissant le corps social entier parérile- à une épidémie. Ce-fut là période dérisoire des règles et de la discipline, de l'étouffement des instincts esthétiques, de la guerre impitoyable et sotte faite à quiconque tentait de sortir des alignements, des nivellements, des symétries académiques et de marcher à son pas suivant son individuel organisme.

Mais si le don le plus vrai et le plus savoureux de l'art était l'écho, frissonnant dans l’œuvre, des émotions de l’artiste telle que l’éveillait sa native essence, l’abandon pieux à ce quelle fait lever d'inspiration, toute cette méthode disciplinaire n'était-elle pas la fausseté même, une fausseté misérable ét dévastatricé? JE me ‘mis à le croire. à le sentir, à le prêcher avec frénésie. Je déchirai pour moi-mème les vêtements étriqués dans lesquels 1l m'apparut enfin que mon origi-

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nalité était comprimée et ligottée. Je m'efforçai de m'épancher suivant les forces instinctives que peu à peu je découvris en moi et auxquelles ma préoccupation constante fut désormais de donner l'essor. Ma manière d'être changea complètement et rapidement.

Je m'abstins de soumettre mes actes au contrôle permanent d'une Raison qui alimentait ses maximes et ses axiomes au convenu des réglementations ordonnancées par les préjugés. Dans les deux formes artistiques que je pratiquais, la Parole et l'Écriture, jJintroduisis cette méthode dont m'avait détourné une éducation dont je discernais maintenant lartificialité étrange. Et le Beäu, ce perpétuel désir, cétté perpétuelle réchérche ét cé, mystère, cette “Substance ductile et fuyante qui doit remplir l'Art, comme le Juste devrait toujours remplir le Droit, le Bien la Môrale: le var Divin là Religion, amphores au contenu si souvent frelaté, le Beau ne fut plus pour moi un résultat que l’on conquiert par l'observation

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servile de préceptes réglés par des théoriciens aux Babéliques querelles, mais l'effet de la chance heureuse d'une âme douée tombant par hasard sur une trouvaille harmonieuse qui donne à elle-même et aux autres «le frisson artistique », la vibration d'un sixième sens que tous possèdent mais qui nest encore en plein ‘éveil que:chez quelques-uns, au hasard.

Ah! quelle liberté me donna cette respiration élargie, et quelle sérénité, tandis que fuyaient les scrupules qui jusqu'alors me harassaient incessamment! Je meinis à parler et à écrire non plus avec le souci de me rendre « conforme » à des rhétoriques et à des éloquences, mais avec l'unique désir de me manifester tel que j'étais au moment où Jagissais, et J'assistai avec une curiosité charmeuse à cet épanchement de ce qui, si longtemps, était resté prisonnier. Ma vie entière prit une autre allure qui me sembla aisée et harmonieuse. Lart de lorateur, celui de l'écrivain, ne furent plus une sorte de devoir

s’accomplissant avec la manie rongeuse d'observer des « principes >, mais un écoulement très doux, abondant en surprises, en découvertes, en hardiesses, tel que le sang Jjaillissant vivant et chaud d'une saignée. J'entamais une plaidoirie ou un discours, je commençais un écrit, sans souci de « la forme » à leur donner, armé seulement de l'acquit d'une méditation prolongée, facilitée par la connaissance du métier, enrichie par l'étude opimitre des faits, c'est-à-dire des réalités. Un plan très sommaire me servait de guide et encore subissait-il à l'improviste les modifications que m'inspiraient l'occurrence et la féconde chaleur du travail agité de la langue ou de la plume.

Je devins absolument dédaigneux des règles dès que je les sentais contrariantes pour mes tendances intérieures et j'eus une sorte d'inclination à les violer comme si un devoir de sincérité me l'imposait. Je tins la « correction », au sens pédagogique et cuistreux du terme, pour une faiblesse indigne

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