V. — L'ART
d'une âme en possession de la véritable entente du phénomène esthétique. Les critiques fondées sur elle me semblèrent des niaiseries négligeables et des faits de « pionisme ». Etre soi-même, se donner tel que l'on est, vaille que vaille, tout brûlant, tout vivant; être, en ce sens profond, «Original», me parut la seule discipline acceptable, et Je cherchai cette Vértu, que.je crus majeure, dans les autres hommes et dans les œuvres, comme je m'efforçai de la conquérir et de la réaliser pour moi.
Depuis des années, avocat, politicien, littérateur, causeur, humain, je pense et jagis ainsi. Cest lesecret: de ce que plus d'une fois on a considéré comme les excentricités de mes actes esthétiques (bizarre effet d’une sincérité absolue, d’un abandon confiant et non prémédité). Le plus souvent cest alors que je semblai un calculateur d'extravagances, combinant des effets de scène pour conquérir l'attention. Sortir des rangs a toujours soulevé les clameurs des
caporaux. À quel point l'existence m'a enseigné que la commune habitude entre les hommes est de se prêter des intentions qu'on n'a Jamais eues, aussi bien que des actions quon na Jamais commises, des paroles qu’on na jamais dites, des mobiles auxquels on na Jamais obéi.
Oui, depuis des années je pense que dans l'Art, l'Originalité résume le devoir, fonde le mérite, justifie l'admiration, crée la grande saveur. C’est elle qui explique l'impossibilité des recommencements esthétiques, le choix lent et sûr que fait la postérité, l'inépuisable production d'œuvres différentes non seulement par les générations successives d'une mème race humaine projetant au dehors ses inspirations psychiques, mais encore par chacune des races elles-mèmes subissant la poussée de son génie dont elle ne saurait s'évader. L'Originalité, fière, indocile, dédaigneuse des critiques lui reprochant son indépendance, me paraît résumer toute la saine
activité et tout l'enseignement salutaire.
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L'éveiller en chacun, en surexciter la ferveur par la vue des chefs-d'œuvre, c'est toute la Doctrine et tout le bienfait possible, comme la détruire ou l'amoindrir en y substituant l'ésprit-de-système ét'dimiationm etre le crois, «la. malfaisanceret presque te-crime.-Et c'est dans la paix de cette vision qui, mieux que toute autre, rend compte à mes inquiétudes des innombrables péripéties du mervetlleux phénomène esthétique à travers les âces, toujours en mouvement et toujours innovant, que maintenant Je me repose.
L'Amour
Devais-je, dans cette narration « au Confessionnal public > des transformations qu'a subies ma cérébralité, dans cette « biographie philosophique > embrassant bientôt treize lustres de vie agitée et vibrante, parler de ce confidentiel suprème : l'Amour ?
Non pas au point de vue anecdotique des compagnes humaines sur lesquelles se fixa pour moi cette grande et ténébreuse attirance. Qu'importent, pour d'autres que moi-même, ces incidents et ces secrets mélancoliques, charmants ou, parfois, si près du tragique, faisant toujours voisiner la douleur avéc fa joie?
Qu'autour de moi on n'en sache que ce qu’on a pu supposer ! avec cet avis ironique que rarement Îles suppositions, jugements téméraires attestant l'infirmité de notre pénétration, sont en accord avec les réalités qu'ils tentent de dévoiler. Dans les aventures d'amour (cette permanence d'au moins quelques jours) ou de volupté (cette fuyance d'au moins quelques instants), si l'âme de l'acteur est discrète, si par une naturelle propension elle se plait à ne rien dire, fût-ce aux plus intimes et aux plus proches, des bienveillances du Sort dans ce tendre et émouvant domaine, n'arrive-t-1l pas le plus souvent qu'au dehors, on croit deviner ce qui ne fut Jamais, ét Qu'on résté ignorer ce.qui fut puissamment.
51 quelques festons de légende s'enguirlandent à ce sujet autour de ma personnalité, je ne veux rien en confirmer ici, rien en rectifier, faire n1 ajoute, nt émondage, Que ce fragile édifice demeure en sa fragilité et en la grâce de son incertitude.