VI. — L'AMOUR
Comment en l'être que je suis, momentanément promené par le Temps au cours de cette chose si courte et pourtant parfois si pleine : une Vie ! s'est manifestée en sa changeante nature, l'Amour, force incessamment planante sur le monde, incessamment pénétrante dans l'Humanité, comme un délice ou un malheur, utilisant des séductions passagères pour l’accomplissement d'un but éternel? Voilà ce que je ne saurais taire sans mutiler ét dépréciér le récit Sincère d'une existence. Voilà ce qui intéressera peut-être le féminin et le masculin qui lisent ce Confiteor, presque à son terme maintenant, œuvre que je sens triste et grave parce qu'elle raconte un rôle triste et grave, celui qu'à moi chétif imposa le Destin dans la gravitation psychique universelle, en me gratifiant de ce don que je nose affirmer enviable : la conscience de ce qui mest advenu et l'aptitude à le dire.
AD'T 'que-mieux vaut: peut-être la. calme inexistence mentale, la paisible ignorance du végétal poussant, suivant son espèce, sa tige,
ses feuilles, ses fleurs et ses germes, sans rien savoir de l'étrange phénomène qu'il réalise dans l'infini spectacle de la Nature! Et pourquoi celle-ci a-t-elle gratifié quelques êtres de cette faculté redoutable, dont la superfluité semble attestée par sa rareté même dans l'ensemble, de sentir et de pouvoir mesurer sur eux-mêmes les allégresses et les souffrances?
À peine je distingue aujourd'hui l'année où pour la première fois je sentis en moi l'entrée et la présence de cette grande émotrice » la: Femme. Unsihgulièr souvenir pourtant, léger comme la course fugitive d'une mouche sur la joue. Un jour (je cheminais vers mes sept ans) Jétais sous le bureau demon Père, me révant houilleur dans un antre sombre. Lui travaillait. Entre un ami : — Tu pars pour Paris demain?
— Oui. — Rends-moi un service. Tu sais (ici un nom de femme), l'actrice, la chanteuse. Éllée te plaisait aussi. — Ahl certes ! Mais à moi surtout, tu t'en souviens. Porte-lui de ma part un bouquet. — Et il ajouta ces