‹ ConfiteorChapitre 86 sur 105 · VII. + LES ÉCRITS · texte numérisé non relu

VII. + LES ÉCRITS

que ma production littéraire a suivi la production nuancée et remaniée de mon cerveau, — que celle-ci ait été saine ou maladive, rationnelle ou dévoyée, qu'en sais-je, qu'en sais-je, problème qui tinte en moi avec l'opiniâtreté d'un cornement d'oreille. — Ces deux activités, l'une du dedans, l’autre du dehors, se sont répondu avec la fatalité et la fidélité. de l'écho. répercutant le son, du miroir réfléchissant l'image.

C'est aussi parce que ce mécanisme de constante solidarité entre mes émotions et mes écrits Simposait à moi irrésistible que je publia l'histoire passionnée d'/mogène et, sous un pseudonyme, des sonnets amoureux dans une revue de cette époque, morte à da- fleur de sonexistence, Za Pasache. Et l’Amitré aussi:me solhcita,:l'amitré forte et admirative, résonnance habituelle dans notre coœur-dé sentiments ét de Croyances «pérsonnels aperçus chez un autre, quand Je racontait Léon Cladel en Belgique, mémorial ému et pieux de quelques semaines vécues

dans le voisinage d'un humain puissant et merveilleusement original, fécondant comme tous les grands maitres même en leurs plus passagers contacts. N'est-ce pas la fortune qui madvint aussi avec cet autre éducateur, cét autre séducteur, Julés Le Teune, mon patron professionnel d’abord, mon paternel ami en suite, dont je ne saurais taire en ce Confiteor l'harmonieuse influence sur tant des pensées qui pertluërent de moi? Acpartirodé 1809, 18 "Politique me reprit avec fureur ; ma plume suivit comme l'épée: l'ofhcrer, “1e HVré..Survit "comme le canot. à la-trainé .lé Vaisseau. C'était. là grande lutte pour le Suffrage Universel, cru une panacée, où la masse ouvrière belge voulait vaincre ou se faire écraser. Elle vainquit après des journées fameuses : l’une d'elles fut marquée par mon arrestation et mon emprisonteinént, TÔt termine, aux Petrts-Carmes maintenant démolis. Je fus un des derniers hôtes de ses cellules voûtées, .froides ‘et sombres, en tout conformes au vieux modèle

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classique des geôles. Je traduisis ce faitdivers, pittoresque et désagréable, alors non sans retentissement, dans Ouarante-luit heures de Pistole.

Et, presque 'mmédiatement après, j'écrivis le simple.

C'était l'aboutissement d'une lente évolution dans mes mœurs quotidiennes. Chez mes parents, les habitudes, on l'a vu plus haut, étaient patriarcales et ma mère .y mettait une économie rigoureuse attestée par des minuties. Le sucre n'était admis que dimanche Me Cimancne "men que 1e dimanche, on nous donnait un verre de vin :

blanc ou rouge, c'était la seule distinction, et le plaisir pour les enfants était de superposer le blanc plus liquoreux au rouge dans le mème verre sans les mélanger. Au déjeüner, les morceaux de fromage de Hollande, relevant la fadeur de nos « tartines > sobrement beurrées, étaient de très petits parallélogrammes. Les vètements passaient, transformés, des parents aux ainés et des aînés aux cadets. Tout

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cela avec bonté, mais avec une discipline sévère. Les meubles étaient ceux des ancêtres, solides et lourds. Pour toute nouveauté, dans le salon où des housses blanches, enlevées les rares Jours de gala, couvraient les sièges, un tapis rouge de Tournai à grandes rosaces et sur la cheminée une glace, alors objet de luxe, qu'une gaze Jaune préservait des souillures de mouche.

Et pourtant l'idéal qui nous était prèché etes espérançtes/Cétaitdla belle. clientèle, le riche mariage, la maison opulente, l'avenir politique glorieux, dessinés dans les perspectives de l'avenir en tableau vague où se profilait au fond un châtelet à la campagne, où les enfants grandis roulaient, élégants ct satisfaits, « en équipage ».

Mes actions s'étaient accordées d'abord avec ces rêves de niais positivisme bourgeois. Et le sort m'ayant favorisé, J'avais entouré ma vie d'une brillante mise en scène dans Bruxelles-capitale devenu mondain et fastueux. Si mes parents avaient survécu, ils

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auraient, à l'apogée de mon bel âge, vu réalisé l'avenir naïvement vulgaire qu'ils avaient souhaité pour leur fils.

Mais je sentis bientôt la lourde et soucieuse charge matérielle d'une telle existence absorbant par elle-même une part stérile et épuisante d'activité, et le poids plus lourd de sa contradiction avec les idées d'humanité fraternelle qui, paretlles à des pigeons entrant le soir au colombier, se logeaient en moi incessamment plus nombreuses. La secousse de mon arrestation coagula d'un seul coup ces aspirations éparses, comme, dans les mers polaires, un seul coup de foudre fait brusquement et sur un vaste espace prendre en glace les eaux arrivées au point de congélation.

J'eus le soulagement immense de mettre mieux en harmonie mes convictions et mes actes, j'eus le difficile courage de bouleverser le décor de mon existence, et 77e Simple en fut la proclamation à la fois attendrie, sincère ét OTAVE,

[Il me semble qu'alors mon intellectualité

devint plus spacieuse. C'est durant cette nouvelle phase que j'ai médité et écrit Ze Droit Pur, ce résumé de ma philosophie juridique dont jai parlé précédemment, et cette œuvre analogue, quoique dans un autre domaine, généralisatrice elle aussi, /s Permanences dans l'Evolufion de l'Art. Toutes deux marquent de hauts paliers dans mon ascension vers les grandes réalités du spectacle du Monde. De mon ancienne demeure à l'avenue de la Toison d'Or je fis une « Maison d'Art». J'en exposai le sens et le but dans une suite d'études. Hélas! ce fut peu compris. Les artistes surtout, qui l'eut cru ! furent sans bienveillance pour mon idée désintéressée, Après cinq ans je dus arrêter l'expérience et fermer le temple comme un prêtre dont la religion nouvelle n'est point goûtée.

Le Parti-Ouvrer m'avait élu au Sénat.

J'y fus longtemps seul de mon espèce. Un besoin de propagande familière, en dehors de la forêt vierge des grands problèmes, des

controverses et des édifications systématiques,

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m'inspira les dialogues : Comment on devient Socraliste. En mème temps je collaborais au journal Ze Peuple sur les sujets d'une variété incessamment transfigurée dont l'actualité suscitait En moi cette effervescence, signe peut-être d'une aptitude changeante et se renouvelant avec l'heure et l'instant, qui fut invariablement mon principal motif d'écrire.

Par dessus la frontière, à la /wsh#ce de Clémenceau, à l'ÆEvénement de Magnier, au Journal de Xau, à l Echo de Paris de Simond, je collaborai, mais Jamais longtemps, ne pouvant supporter la censure, discrète du reste, à laquelle on prétendait soumettre mes articles pour Îles accommoder «au goût français >, comme les fabricants de Champagne accommodent leurs vins au goût anglais ou russe.

Mosaïque d'œuvres, diaprure, bigarrure!

Oui, comme la Vie elle-même si prodigieusement bigarrée, diaprée, mosaïquée.

Nullus eventus sine linea! Moi-mème Je m'étonne des dimensions de ce bagage inces-

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samment augmenté. Surtout de la spontanéité de ces éclosions sous l'action des circonstances mettant en fonctionnement mon instinct, rien que mon instinct. Car tout cela fut vraiment semblable à la germination végétale, au bourgeonnement, à la pousse, à l'efflorescence, sous la chaleur du soleil et le rafraichissement des pluies.

Toujours je m'étais senti très près de la Nature, cette sublime inconsciente, cette irrésistible caresseuse. Mon Père je l'ai déjà dit, my avait constamment jeté comme à l'eau un jeune caniche, mon Père dont j'ai fait le Jardinier dans Mon Oncle le Jurisconsulte, et qui, au premier printemps quand montent les sèves, détachait des ŒuIËtS aux rosiers de son jardin ét'des écussonnaient sur les églantiers au bord des routes: au mois d'août, les paysans sébahissaient de voir fleurir quelque Gloire de Dijon, quelque Wa/maïson, quelque Géant des Batailles, sur les sauvageons des buissonnailles inopinément glorifñiées. Les paysages

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