VIII. = LE LIBRE ARBITRE
atmosphère des âmes qui se croient libres, mais qui, peut-être, ce transitoire maladif traversé, récupéreront la sérénité dans la paix de l'abandon confiant à l'impulsion de P'Univers. Peut-être -que l'état de’nos cerveaux parvenus à la phase contemporaine de leur évolution ne comporte pas encore la possibilité d'agir sans être convaincu qu'il faut un acte « personnel > et que parmi tous les ‘actes à accomplir, « un libre choix » est possible. Ce mirage ne serait-il pas la ruse de la Nature, jusqu'au temps où la transformation cérébrale aura amené l'homme a ne plus avoir besoin de ce malicieux détour, de cette consolante ou réconfortante chimère, de ce moëlleux tampon, et à agir avec la même énergie sous la seule action des forces panthéistiques le pénétrant et le poussant à ses destinées. Quoique pris des inquiétudes que je viens d'esquisser, je ne sens pas, dans l'action, faiblir mon énergie quand l'effort est nécessaire, et jamais je ne murmure le triste: À quoi bon? il suffit de laisser faire. —
À l'impulsion qui peut venir de la conscience erronée que l'on est libre et responsable, se substitue l'impulsion aussi vive qui procède du sentiment que l’universel organisme agit par notre intermédiaire 1irrésistiblement et quelle que soit notre conception des énigmes du Monde. Et alors, songeant que parfois on ma nommé un semeur d'idées, je me dépouille de toute tendance à l'orgueil pour l'accomplissement de cette mission, et je ne vois en moi qu'un instrument, qu'un son, dont la seule chance aura été d'être frappé plus ferme et plus souvent sur l'immense clavier de la Nature par les forces inconnues.
L'Homme: ne-sèra «plus -alors «que le spectateur regardant avec un intérêt inlassable les phénomènes s'accomplissant en lui et autour de lui; Ou-plutôt pour reprendre cette image, 1l sera l'acteur séduit par l'intérèt puissant du rôle « imposé > qu’il joue dans l'incomparable tragédie du Monde, se contentant de l'exprimer et ne songeant pas à le créer. A l'inatteignable Joie de vivre,