‹ Conformité du langage français avec le grecChapitre 106 sur 256 · CXL1II · texte numérisé non relu

CXL1II

tremblement de terre venait de bouleverser sa propriété de Grières. On le louera d'avoir conservé au milieu de ces traverses un esprit ferme et résolu. Tous les accidents qui ne le frappaient que dans ses biens n'arrivaient pas jusqu'à son âme. « Motus quidem repente fui , at non permotus, » répond-il à son ûls; et il lui reproche doucement d'avoir été lui-même affecté outre mesure de ee malheur ; il lui recommande d'imiter sa constance , et d'opposer , comme lui, une résignation stoïque aux coups du sort.

Ce courage dans les revers ne devait point se démentir. Un peu après , atteint par de nouvelles pertes, il écrivait en effet 1 : a Si rationes me» turbatœ sunt, mens, beneflcio Dei, imperturbata mansit. » Il eut surtout besoin de toute son énergie morale, lorsqu'en 1587 des calamités plus terribles l'assaillirent dans ses foyers. La peste qui, cette année, ravagea Genève, s'appesantit sur sa famille et y fit plusieurs victimes presque à la fois. Un contemporain, François Hotman, en peignant l'aspect désolé de cette cité en proie à la famine et à la contagion, nous montre Henri Estienne, confiné par le fléau dans sa maison et creusant la terre de son petit jardin pour y ensevelir sa tante, sa nièce et l'une de ses filles, expirées entre ses bras, tandis qu'il tremble encore pour la vie menacée d'une autre de ses enfants 2 .

i. Voy. la préface de Musa monitrix.

2. Francisco et Joannis Hotomanorum... Epistolœ, édit. cit. d'Amsterdam; voy. la lettre 147 adressée de Genève, en mai 1587, à Daniel Tossan , p. 195 : « Pars hominum maxima famé et inedia interiit ; nunc pestilentia reliquam partem invadit. Henricus Stepbanus, domi inclusus, filiam ami si t, et ex sorore neptem et amitam ; nunc alteram filiolam videt eodem morbo oppressant : coactus superiora cadavera in hortulo suo defodere. »

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