‹ Conformité du langage français avec le grecChapitre 107 sur 256 · CXLIV · texte numérisé non relu

CXLIV

Contre ces afflictions il chercha un refuge dans le travail. L'année même où ces maux l'accablent et la suivante sont marquées par une reprise efficace de ses opérations typographiques. Mais beaucoup d'obstacles tendaient à paralyser les effets de sa volonté 1 . Elle se ralentit après un assez court espace de temps. De nouveaux motifs éloignent Henri de son domicile; et , redevenue un instant prospère sous l'œil du mattre , son imprimerie retombe dans sa langueur. On le retrouve, en 1590, à Bâle, publiant des poèmes latins de sa composition. Dans ce besoin d'activité intellectuelle qui ne peut rester sans aliment, si le typographe s'est effacé, c'est pour faire place à l'homme de lettres.

Les avis , épi très ou préfaces de ses livres , datés d'une infinité de lieux divers, suffiraient seuls alors pour attester combien sa vie est vagabonde. On a peine à le suivre courant sans cesse d'une ville à l'autre. Au milieu de ses déplacements presque journaliers, ses ateliers de Genève , foyer jadis si brillant, ne pouvaient plus jeter que des lueurs momentanées. L'une d'elles éclaire surtout les années 1591 et 1592. De ses presses, ranimées par sa présence, sortent , entre autres produits importants, l'Hérodote, l'Appien, le Dion Gassius : soudaine clarté à laquelle succèdent de profondes ténèbres. Henri Estienne n'est plus à Genève en 1593 ; on ne l'y revoit qu'à la fin de 1594. En ce moment, les préoccupations littéraires ont semblé faire place dans son esprit à des préoccupations d'un autre genre. Il est tout entier à la haine des Turcs. Passionné contre eux , il veut que l'Europe s'alarme de leurs progrès ; il ' demande qu'elle rassemble ses forces pour arrêter

i . Voy. , dans le recueil des lettres de Joseph Scaliger , une lettre de l'imprimeur Jean Détournes à celui-ci, du 4 mai 1587.

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