CXLVI
le même temps deux pièces de vers, animées d'un belliqueux enthousiasme, par lesquelles, nouveau Tyrtée, il se proposait d'échauffer les soldats armés pour une si belle cause et de les convier à la victoire.
Les Turcs n'avaient pas cessé d'épouvanter l'Europe : on sait qu'ils l'inquiétèrent jusqu'au moment où le roi de Pologne Jean Sobieski leur infligea sous les murs de Vienne une défaite qui les dépouilla à jamais du rôle d'agresseurs. Cette composition ne manquait donc pas tout à fait d' à-propos. A la passion politique qui l'avait suggérée , se mêlait en outre la passion des lettres anciennes. Les savants et les littérateurs, dans cette époque, n'avaient point encore pardonné aux conquérants et aux oppresseurs d'une contrée qui avait été si fertile en chefs-d'œuvre. Parmi eux circulait un dernier reste de cet esprit qui avait produit les croisades *. Érasme avait lui aussi , mais avec la mesure et la prudence qui lui étaient propres, demandé la guerre contre les Turcs 2 : avant de les combattre , il invitait d'abord les chrétiens à se réformer eux-mêmes , pour mieux mériter que Dieu protégeât leurs armes. On rappellera enfin qu'au commencement du xvn e siècle , MJ ,e de Gournay , en célébrant la naissance du jeune Louis XIII, lui montrait dans l'avenir la défaite et l'expulsion des musulmans comme un devoir et une gloire réservés à son âge mûr',
1. Consult. à cet égard des poèmes , récemment édités par l'académie des Jeux Floraux et que nous fait connaître un article de ja Revue des Deux-Mondes , n°.du 1 er décembre 1850, p. 935 et suiv. , notamment p. 944 : on Terra combien le vieux levain des croisades fermentait encore vers ce temps , en particulier chez les poètes du midi de la France.
2. De bello Turcis inferendo consultatio : voy. t. V de redit, des OEuvres d'Érasme en 10 vol. in-f\
3. Les Avis ou les Présens de la demoiselle de Gournay, édij.