CXLVII
Henri Estienne s'était , en qualité de chrétien et d'helléniste , déclaré depuis longtemps leur ennemi. Déjà, dans ses Dialogues du françois italianisé, en 1578, il s'indignait de la puissance que possédait leur souverain, trop véritablement digne, suivant lui, du nom de Grand Seigneur; il reprochait aux princes chrétiens de lui prêter l'appui de leur mollesse et de leur incurie* ; il préludait à ce cri d'alarme qu'il jeta alors dans l'assemblée de Ratisbonne. Un an après , il donna encore contre ces formidables voisins le signal d'une guerre d'extermination, et ces accents chevaleresques se retrouvent là où l'on ne s'attendrait guère à les rencontrer, dans un livre de critique littéraire sur le style de Juste Lipse 2 .
Joseph Scaliger , peu favorable à Henri Estienne et qui le blâme souvent à tort , est fondé cette fois dans sa critique , lorsqu'il lui reproche de perdre de vue son sujet pour s'égarer dans une digression illimitée : aussi propose-t-il plaisamment d'intituler l'oeuvre hybride du philologue au cœur martial : De Latinitate lipsiana adversus Turcam % .
Ce travail , considéré dans son but principal , devait susciter à Henri Estienne beaucoup d'ennuis, et fournir un argument à ceux qui ont accusé son humeur malveillante et agressive. On n'oubliera pas cependant que le style tourmenté de Juste Lipse avait fondé en Aile-
de Paris, 1641, in-4°, p. 30. — Ces idées devaient même subsister au delà de cette époque. Cf. Balzac, c. V du Prince, etc.