‹ Conformité du langage français avec le grecChapitre 124 sur 256 · CLX · texte numérisé non relu

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grets au sujet de cette perte 1 , il déplora avec amertume le coup funeste qui frappait les études anciennes et les études grecques en particulier.

Henri Estienne achevait seulement sa soixantesixième année , et Ton a pu déjà admirer le nombre et l'importance des travaux qui avaient rempli sa carrière. Nous sommes cependant loin d'en avoir épuisé la liste : il nous reste à la compléter , en donnant ici un aperçu rapide de tous ceux de ses ouvrages que le mouvement du récit nous a forcé de délaisser sur notre route.

Pour étudier avec quelque ordre ces productions encore multipliées , nous les grouperons par genres , et nous montrerons tour à tour dans Estienne l'éditeur des textes anciens ; le grammairien et le critique , maniant avec une égale facilité le latin et le français; enfin le poëte, ou le versificateur qui prétend à ce nom, faisant aussi de Tune et de l'autre langue un usage non moins familier.

Sous le premier rapport, les titres de Henri Estienne à l'immortalité sont demeurés incontestables. Pour lui, la typographie n'a pas été une industrie, mais un art qu'il a élevé, d'après l'exemple de son père, à une singulière hauteur. Animé de la passion des lettres, il a contribué, plus qu'aucun autre peut-être, à renouer la chaîne rompue des âges, et à réaliser cette alliance du passé avec le présent, si vivifiante pour la pensée moderne. En s' efforçant , par cette vue, de rétablir dans leur intégrité première les monuments éternels de la raison et du génie antiques , il a tendu , il a presque atteint à la perfection. Aussi la plupart l'ont-ils mis à côté d'Aide

l. Epist. 46 ad Casaubonum. — Cf. Scaligerana II, p. 76: « C'est ignorance grande de médire de Henri Estienne, qui a tant servi aux lettres. »

( CLXI ) l'ancien : quelques-uns même n'ont pas craint de le placer au-dessus de cet homme illustre dont l'Italie est justement fière 1 .

Maittaire s'est attaché à déterminer les années où avaient paru les productions typographiques de Henri Estienne : ce travail qui avait ses difficultés, parce que celui-ci, à la différence de Robert, en avait souvent omis les dates , a été repris de nos jours et accompli avec un entier succès par M. Renouard. Il nous suffit, pour tous les renseignements bibliographiques désirables, de renvoyer le lecteur à leurs ouvrages 2 . Mais , hâtons-nous de le dire , ce qui recommande surtout Henri à notre attention , ce qui, dans ses livres, nous frappe plus encore que la beauté de leur exécution matérielle , c'est l'amélioration des textes. Il a excellé notamment dans cette critique conjecturale qui eut pour effet de dégager les chefs-d'œuvre classiques des souillures que l'ignorance leur avait fait contracter 5 .

!. M. À. Firmin Didot et M. Le Clerc, entre autres connaisseurs, ont contesté la vérité de cette assertion de M. Renouard, dans ses Annales de l'imprimerie des Aide, 1 825, t. III, p. 75 : « Aide l'ancien occupe le premier rang parmi tous les imprimeurs anciens ou modernes. »

2. Voy. particulièrement la ?/ édit. des Annales de l'imprimerie des Estienne, Paris, 1843, dont l'auteur, si compétent, adressé avec une exactitude inattaquable la nomenclature des éditions non-seulement de Henri , mais des autres typographes de cette famille.

3. Aucun, suivant H. Estienne (voy. sa lettre à Sigonius, en tète des Excerplœ historiée ex Ctesia..., in-8°, 1557), ne sut mieux corriger les textes anciens que P. Danès, dont il s'honore d'avoir été le disciple : « Qui vir quam felici ad eluendas abstrusissimas etiam librorum labes et maculas prœditus sit ingenio non Gallia solum nostra sed et tua Italia jam pridem novit. » 11 ajoute : « Ab eo autem quum discessi , nullos qui majori cum dexteritate et felicitate id proestent invenio, quam duos magni

( GLXII )

On a prétendu, il est vrai, que plusieurs de ses changements avaient été audacieux 1 ; mais, dans le moment où les débris exhumés de l'antiquité reparaissaient défigurés par le temps 2 , une timidité trop circonspecte n'aurait pas été sans périls. Pour reconstituer les monuments ruineux du passé , pour nous les rendre sous leur aspect véritable, il fallait plus que delà patience; il fallait la divination du génie : certains écarts , certaines hardiesses devront donc être pardonnes. Presque tous ceux qui se sont appliqués à épurer les textes ont été, dans ce siècle, plus ou moins en butte à l'accusation de témérité. Henri Estienne n'a pas épargné à Manuce et surtout à Lambin ces reproches dont il avait été l'objet lui-même *. Il s'est montré du reste , en divers endroits , préoccupé de contredire ces imputations assez peu fondées, lorsqu'il annonce par exemple, dans la préface de son Thucydide*, que, pour n'être pas traité de présomptueux , il s'est abstenu

apud nos nominis viros, Adrianum Turnebum et Joannem Auratum. »

1 . Voy. notamment Scaligerana I , an mot Erotianus , p. 81 ; cf. , ibid. , p. 69.

?.. François Hotman , dans la préface de ses Commentaires sur les Harangues de Cicéron , in-f°, 1554, se plaignait en ces termes de la diversité des leçons qui rendaient presque méconnaissable cet auteur : « Cognovi in impressis tantam repugnantiam ac dissensionem ut ipse , opinor, Tullius, si reviviscetet, sua haec | scripta vix agniturus esse videatur. »

3. Voy. Pseudo-Cicero , p. 59 : « In Manulio non tantam quantam in Lambino audaciam , sed valde tamen periculosam et citam... » Cf. laid., p. 14, et Maittaire, Vilce Stephanorum , p. 401 et 402. Beaucoup d'érudits passaient même alors pour consulter, en vue de fixer les textes, leurs lumières bien plus que les manuscrits : présomption très-justement blâmée par Henri Estienne.

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