Conciones ex historicis grœcis et latinis
3. On remarquera qu'il avait donné place, dans cette compilation, à une satire de L'Hôpital, intitulée Lis (elle se trouve, dans les poésies de celui-ci, au commencement du II" livre de ses Épttres), comme à l'œuvre d'un ancien. On ne sera pas trop étonné de cette erreur : la couleur antique était assez naturelle aux hommes du xvi* siècle , pour rendre concevables ces sortes d'illusions, dont il y a eu plus d'un exemple.
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ches d'idées et de verve , qui sont souvent d'importants morceaux de critique et où de gros livres ont trouvé leur germe, annoncent l'heureuse fécondité d'un esprit original, très-capable de compositions plus étendues. Qu'il suffise de mentionner, au nombre de ces morceaux rédigés en latin, un discours très-attachant, joint au Xénophonde 1561, a sur l'art d'unir, à l'exemple de ce guerrier philosophe , le goût des exercices de Mars ceux des Muses; » un autre, qui précède les œuvres de Virgile (1575), a sur le choix qu'il faut faire des diverses leçons de ce poète; » la préface du Nouveau Testament grec (in-12 , 1576), qui roule a sur le style du Nouveau Testament » et que Niceron déclare excellente ; ua passage fort instructif, en tète des Lettres familières de Gicéron (1577) , « sur les variétés de genre et de style qu'elles renferment ; » une discussion» ingénieuse, placée dans le Pline le jeune de 1581 et celui de 1591 , <( sur l'utilité et l'agrément des lettres, » etc. Remarquons, de plus, que ces travaux littéraires si distingués ne sont pas moins précieux, comme on l'a déjà dit, par. les détails intimes qu'ils nous communiquent sur Henri Estienne ; on peut ajouter par les renseignements qu'ils contiennent sur l'histoire et les hommes illustres de cette époque. C'est ainsi qu'il avertit, au début de son Isocrate, que l'étude de cet écrivain peut être très-profitable aux rois, surtout dans les circonstances critiques qui, de son temps, agitaient leurs États. Il en prend occasion de déplorer le sort de Henri IV, qu'il appelle l'Alexandre français, et qui, né sur les marches du trône, devait vivre, dit-il, plus en soldat qu'en monarque. A la faveur des ouvrages qu'il présente aux princes, il ne leur épargne pas du reste les sages conseils ; et il ennoblit les rapports familiers qu'il eut avec eux, en leur parlant toujours le lan-
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gage de la vérité. Adresse -t-il, par exemple, sa deuxième édition de Thucydide au comte palatin du Rhin Frédéric : il Pinvite dans une épître préliminaire, empreinte de dignité et de franchise, à relire cet historien autant de fois que Démosthène l'avait transcrit de sa main : car il y trouvera tout ce qu'il lui sied de savoir pour bien gouverner, c'est-à-dire pour justifier l'autorité suprême en faisant le bonheur des hommes. Dans ces dédicaces se montre aussi l'amour de Henri Estienne pour sa patrie. En offrant, au fort de nos guerres civiles (1589), son Dicéarque au célèbre magistrat Brulart qui devint plus tard chancelier, il exprime l'espoir que ce sera pour lui une diversion aux chagrins dont les affaires publiques remplissent son coeur, et que ses yeux fatigués de l'aispect du pays dé- 4 chiré se reposeront un moment sur cette lecture.
Le mérite d'une latinité parfaite relève, dans ces pièces , modèles de genre épistolaire et de discussion savante , la variété des matières : le style en est simple et clair, plein de rapidité, d'élégance et de finesse. Leur réunion formerait encore aujourd'hui un volume de choix , d'un grand prix pour les latinistes * : c'est un des titres les plus réels de notre auteur et l'un de ceux qui ont le moins vieilli. Mais, indépendamment de ces préfaces, combien d'autres livres de Henri Estienne, dont nous n'avons pas eu l'occasion déparier, méritent d'autant plus de nous occuper un instant, qu'ils sont en général devenus très -rares? Distinguons entre eux,. pour les examiner tour à tour, ceux qui intéressent quelque point de notre littérature et de notre idiome,
1. En y joignant, si l'on voulait, la fleur des traités latins de Henri Estienne, il y aurait là un fort bon recueil à donner, et qni , nous le croyons trouverait encore son public.