CLXXV
hasards du caprice individuel ; car, suivant sa remarque, les lettres que la voix ne fait point entendre n'en ont pas moins leur utilité, en ce qu'elles conservent la trace de l'origine des mots : c'est un cachet étymologique qui prévient la confusion des sens* Sur ce côté de son sujet, Henri Estienne s'arrête avec complaisance, et il arrive ainsi à parler des sources anciennes d'où est dérivé notre idiome. Là encore ses observations un peu minutieuses, ce que comportait et réclamait même l'époque où il écrivait, sont toutefois loin d'être dénuées d'intérêt. Il fait voir de combien de manières les termes se sont modifiés en nous venant des Grecs et des Latins , et il en déduit les différences caractéristiques qui séparent le génie de ces trois langues. Fidèle à son rôle de gardien du bon langage, il signale, en outre, et s'attache à corriger les fautes qui résultent des habitudes vicieuses : sa vigilance ne néglige aucun détail; elle s'étend jusqu'aux altérations qu'une fausse quantité donnée aux syllabes pourrait introduire.
La préface de ce petit livre est surtout un excellent morceau de philologie, plein d'idées justes et même d'aperçus nouveaux. Elle roule en grande partie sur les variétés de l'ancien parler français , propres à chaque province 1 et qu'il compare aux dialectes de la Grèce. Symbole et lien de l'unité nationale, l'unité de notre idiome ne devait exister qu'au siècle suivant, grâce à la juridiction de l'Académie, et plus encore aux chefsd'œuvre du règne de Louis XIV. Mais dès ce moment , avec tous les écrivains qui pressentaient et préparaient
1 . Le comte de Maistre , dans les Soirées de Saint-Pétersbourg , V entret. , signale encore ces dialectes a comme étant des mines presque intactes et dont il est possible de tirer de grandes richesses historiques et philosophiques. &