CCIX
velles, sur l'exercice du pouvoir, introduites en France par l'école de Machiavel , pour qui il éprouve la plus vive antipathie. Florence, que la nature s'était plu à embellir, avait presque cessé d'être belle à ses yeux, pour avoir produit l'auteur du Prince. Il le nomme l'opprobre de sa patrie 1 et un autre Photin ; il eût voulu que son ouvrage pestilentiel fût brûlé par la main du bourreau. Cette politique de fourberie et de scélératesse , dont le code complet se trouve dans ce livre trop fameux, est flétrie par lui avec une généreuse colère : il attribue au crédit que ces doctrines ont obtenu près de nos rois toutes leurs fautes et tous nos malheurs 2 . La probité, laloyauté , telles seront, d'après Henri Estienne, les premières vertus des monarques, celles dont ils doivent avant tout l'exemple à leurs sujets. Qu'ils songent, d'ailleurs, que l'usage tyrannique de leur puissance se retournerait contre eux : car, au-dessus du trône d'où ils dominent les autres hommes, il y a un arbitre suprême qui peut les réduire en poudre; il le leur rappelle par ces beaux vers de Sénèque le tragique :
Quidquid a vobis minor expavescit, Major hoc vobis dominus minatur.
Beaucoup de détails, dans ce poème, sont, en outre, propres à jeter du jour sur l'état de la société et de l'administration. Parmi les abus que Henri Estienne y réprouve, figure la vénalité des charges, cette plaie de notre
i . Magnum est at ipsi dedecus Florentiae.
». Cur haec librorum pestis haud sa Item suis
Non clansa roansit ternirais ? cur exteras Petlvlt oras? Gallla o tu nunc mca Esses beala , pestis haec si non tuse Menti ingruisset ! tu beata nunc fores:
Ego ex beatis forsitan tecura forera , Hausisset istud toxicum ni mens tua.
On sent, dans ces accents émus, les regrets de l'exilé.
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vieille monarchie, si envenimée sous les Valois : à ces charges payées on ne saurait plus, selon lui, donner l'ancien nom d'honneurs ; mais de combien d'autres excès ses yeux ne sont-ils pas affligés ! La description des calamités qui ravageaient le pays fait pour nous l'un des principaux intérêts de cet ouvrage. C'est avec une profonde émotion que l'auteur montre la France dévastée par ses propres enfants, et l'étranger couvant d'un œil avide la proie que nos fureurs semblaient près de lui livrer. Ses conseils aux princes ont surtout pour objet de conjurer la perte de l'État penchant vers sa ruine. Il se flatte, dans son patriotisme naïf, d'opposer avec succès les accents de la raison aux passions et aux vices des hommes ; mais, dussent ses efforts ne pas obtenir le résultat qu'il en espère, ils auront du moins pour lui, observe-t-il *, un heureux effet, celui de le faire échapper à une réalité douloureuse»
Dans ce poème, écrit en ïambes, Estienne parait avoir modelé son style sur celui de Sénèque le tragique. En lui empruntant la véhémence, la force et l'éclat qui le distinguent, il n'évite pas entièrement les défauts qui le déparent, la contrainte, la dureté et la sécheresse. Mais, si sa versification est ici comme ailleurs peu polie et peu châtiée, la conviction sincère qui respire dans son ouvrage lui communique de l'élévation et de la chaleur : ces qualités valent bien l'élégante facilité qui caractérise les productions de quelques-uns de ses contemporains. Le latin , sauf certains mots capricieusement formés , tels que celui de machiavelista, pour désigner des idées modernes, est généralement soutenu et correct. L'auteur, en terminant, s'adresse à Henri de Navarre, que la mort de Henri III venait de faire roi de