‹ Conformité du langage français avec le grecChapitre 164 sur 256 · CCXII · texte numérisé non relu

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temps qu'il les engage encore une fois à ouvrir les yeux sur le fer que des mains criminelles aiguisent pour leur perte.

Ces œuvres réunies honorent surtout le caractère de Henri Estienne : pleines d'accents libres et fiers , elles attestent que la vie des cours, en l'affinant, ne l'avait nullement amolli. On y reconnaît un esprit formé dans le commerce des penseurs les plus hardis du siècle; et, l'on ne l'oubliera pas, ces fermes et nobles paroles adressées aux souverains, ces protestations contre la tyrannie ont eu leur influence utile. À une époque critique pour nos libertés , où les menaçaient également des excès contraires, ces opuscules oubliés, dont la publicité était alors considérable, nourrissaient au fond des cœurs les germes de notre ancienne franchise, maintenaient les institutions qu'elle avait créées, et protégeaient en quelque sorte notre avenir.

Dans son amour de la poésie , dont il avait été , nous dit-il , passionnément épris dès sa plus tendre enfance , Henri n'eut garde d'oublier la poésie française : il est vrai qu'il lui rendit un culte plus empressé qu'heureux. Malgré beaucoup de vers, qu'il ne composait au reste , comme on l'a vu, que loin de ses livres d'étude et sur les routes, un critique éminent a eu raison d'écrire a que Henri Estienne n'était pas poète français *• » Doué d'une imagination vive et capricieuse, il lui manquait, pour mériter ce titre, le culte de la forme et le goût de l'idéal : il avait l'esprit morose et préoccupé bien plus que rêveur. À l'exemple de tant d'autres érudits, qui rimaient dans notre langue et qu'encourageait l'indulgente facilité d'un public complice de ces erreurs, il n'en prit pas moins son goût de versifier pour une vocation poétique.

l. M. Sainte-Beuve : Anacréon au xvr siècle.

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Très-souvent il s'est plu, d'après l'usage du jour, à placer au commencement de ses livres des distiques français, des sonnets ou même des pièces de plus d'étendue. Nous avons encore de lui un fragment assez long sur la calomnie ft , a cette grande bête de la cour,» ainsi que l'appelait L'Hôpital *. C'est le préambule d'un poème français qu'il avait l'intention d'offrir à Henri III, et dont il n'a été publié que ce début 1 . Mais, on ne craindra nullement de le répéter, tous ces morceaux semblent 9 en somme , peu dignes du temps où florissaient Desportes et Bertaut, où commençaient à poindre Régnier et Malherbe.

Aussi la lecture de ces vers, qui retardent, pour l'élégance et la correction, sur ceux de plusieurs contemporains, nous rendra-t-elle moins sensibles à la perte d'une forte partie de ces œuvres d'Estienne. En effet, nous n'en connaissons un grand nombre que par les titres qui sont conservés dans la Bibliothèque de La Croix du Maine. Celui-ci est un peu confus, à la vérité , dans l'énumération qu'il fait des poésies françaises, latines et grecques de notre auteur ; toutefois, il a nettement indiqué, parmi les premières, une « épitre au roi, » sur la richesse que notre idiome pouvait puiser dans son commerce avec le grec : elle accompagnait l'envoi du Trésor à Charles IX; des a adieux et contr'adieux à une damoiselle; » une série de poèmes « contre le babil et

1. On peut le voir au commencement du volume de Musa monitrix. — La Croix du Maine mentionne ainsi cet ouvrage : «.Poème contre la calomnie et les calomniateurs, dédié au roi (Henri III). » Henri Estienne lui donne le titre suivant : « L'ennemi mortel des Calomniateurs. »

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