Particulièrement celle du monument d'Ancyre
2. La reine Elisabeth l'appelait « le plus beau fleuron de la couronne d'Angleterre. » A douze ans il écrivait avec élégance en latin et en français; diplomate et guerrier, il fut en outre auteur du fameux roman VArcadia qni resta inachevé; il mourut à trentedeux ans : cons. Hallam, ffistoire 4e la littérature de V Europe aux xv% xvi # et xvn e siècles, t. II, p. 317. Voici sur lui quelques vers que Ton trouve dans les Comment ationes de Crenius, p. 23 :
O Sydnoce , suas Pallas Cul tradldit artes , Eloquiaraque Hermès , «niraos Mars , carratnis artem Cynthlos , et priram larglta est Suada mednllam Contplcaamque Venin formai, Ctaritesque leporem...
( CCXXIV )
défauts d'un autre Age commencent à percer en lui : l'impatience de l'état présent , une ardeur de réputation inquiète et qni s'alarme de toute rivalité , la prédominance démesurée du moi , en un mot cette personnalité dévorante qui bientôt corrompra parmi nous les plus nobles caractères et minera, dans leurs principes, les institutions par lesquelles vivent les peuples. En admirant dans Henri Estienne des ressources prodigieuses d'esprit, jointes à un savoir d'une variété et d'une étendue incroyables, on ne peut s'empêcher de gémir sur l'emploi incomplet ou fâcheux des hautes facultés dont il était doué ; on ne peut se défendre d'une émotion pénible , en voyant cette activité singulière se tourner contre lui pour son tourment, et une si belle intelligence, offusquée par de sombres nuages, devenir la proie de ces maux imaginaires que n'avait pas connus la sagesse de nos ancêtres. Leur vie réglée, leur ferme raison , ignoraient ces tristes affaissements de l'âme sur elle-même, plaie de notre civilisation raffinée.
Le ressort d'une forte et sincère croyance manqua , par-dessus tout, à Henri Estienne : il est, en effet, l'un des premiers qu'envahit, après la crédulité facile du moyen âge, ce scepticisme dissolvant des temps modernes, qui devait, en sapant successivement toutes les bases de la société, accumuler les ruines autour de nous. Ce fut un résultat funeste de la réforme, qui, si elle ranima chez quelques-uns les sentiments de la piété, la décrédita et l'anéantit chez beaucoup d'autres. Que d'âmes vides et désertes livrées dès lors à la merci des événements! C'est ce qui arriva en particulier pour Henri Estienne. Non que de graves accents et des mouvements chrétiens ne se rencontrent dans ses écrits 1 : il témoigne en gé-
1. On lit. ces lignes judicieuse* dans h Discours merveilleux:
ccxxv ) néral du respect pour les livres saints , principalement pour la Bible; il s'indigne contre ceux qui, dans un langage téméraire, abusaient du nom de Dieu ou de l'épithète de divin, et qui substituaient au mot de providence ceux de sort, de hasard, de nature; il montre la supériorité de la morale évangélique sur celle du paganisme '. Mais il serait aussi trop aisé de lui emprunter, en feuilletant ses ouvrages, la contre-partie de ces salutaires idées. Il avait perdu et ne retrouva point l'ancre solide de ces convictions religieuses, sans lesquelles il ne saurait y avoir rien d'assuré dans la vie ou dans la conscience humaine. Les tentatives de quelques-uns de ses amis pour le ramener à l'antique foi n'aboutirent qu'à des espérances passagères, finalement déçues 2 .
A la différence de son père, qui, zélé protestant, sut mieux rassembler ses forces et gouverner son existence, le rare génie <de Henri Estienne s'est trop énervé et comme dissipé dans une instabilité perpétuelle : en se concentrant,, il eût porté sans cloute, dans une calme et complète jouissance de lui-même, des fruits plus mûris et plus achevés. Ceux Çue nous lui devons ne laisseront pas néanmoins de paraître très-précieux. Malgré ses négligences , dont il s'est excusé 3 , le naïf et piquant écrivain, qui eut pour successeurs directs Gui Patin , Ga-
• Aussi ne vois-je que confusion en toutes actions humaines , si la foi, qui en est la seule liaison, vient en mépris, » p. 354 de Tédit. que renferme le Journal de Henri III , annoté par Le Ducbat.