‹ Conformité du langage français avec le grecChapitre 18 sur 256 · Iliad.ylU · texte numérisé non relu

Iliad.ylU

( xix } lustre typographe ; et curieuse de connaître les procédés de Fart qu'il cultivait, cette savante princesse, dans son ardeur d'apprendre qui lui fit étudier jusqu'à l'hébreu , se plaisait , dit-on , à lui rendre visite. Encore cet appui de la cour , si dévouée à Robert , n'arrêtait-il qu'imparfaitement les attaques de ses ennemis. Deux déclarations ou ordonnances royales durent intervenir pour le soustraire aux poursuites de la faculté de théologie. Cette protection soutenue annonce de la part de François un penchant d'autant plus décidé en sa faveur , que le goût de ce souverain pour les lettres s'était , on ne l'ignore pas, considérablement refroidi vers la seconde moitié de son règne. À leur sujet, il était passé de l'enthousiasme à la défiance ; et , dans un accès d'humeur contre ces anciennes favorites dont l'indépendance r alarmait, il prêta même l'oreille aux vœux de la Sorbonne, qui, comme lui, avait bien changé de sentiment à l'égard de la typographie 1 . Malgré les efforts de Budé et de i'évêque de Paris , Jean du Bellay , pour calmer son zèle emporté, il fit provisoirement défense, en 1534, de rien imprimer dans son royaume, a sous peine de la corde 2 . » Mais cette ordonnance , grâce à la patriotique opposition du parlement, dont les remontrances sauvèrent tant de fautes à l'ancienne monarchie , ne reçut pas son exécution. D'autres lettres patentes qui , substituées aux premières , en atténuèrent peu

1. Jadis prompte à accueillir cette invention naissante, qu'elle espérait faire servir à la propagation du catholicisme, elle lui avait accordé une hospitalité dont elle se jugea mal payée : on sait que le premier atelier typographique fut ouvert dans la maison de Sorbonne.

2. Ces lettres patentes sont du 1 3 janvier (Tannée commençait encore à Pâques) : eUes ont été données par M. Crapelet, Études sur la Typographie, X. I, p. 34-37. Cf. l'abbé Labouderie, Notice stir la vie et les écrits du P. Colonia, p. xlvii.

( xx) après la sévérité insensée , ne furent pas appliquées da- . vantage. Toutefois elles étaient comme une menace constamment levée sur la tète des imprimeurs, qui pouvaient être privés à chaque instant , sinon de leur vie , au moins de leur liberté et de leur fortune.

A ce moment, sans doute, Robert jeta les yeux autour de son pays et conçut un projet d'éloignement qu'il n'accomplit qu'après la mort de François I er . Néanmoins Henri II semblait avoir hérité pour lui des sentiments de son père ; mais la haine vouée par ce prince à- la Réforme ne tarda pas à multiplier les rigueurs. Un édit porté dès la fin de 1547 prohiba, « sous peine de la confiscation du corps et des biens , » l'impression ou la vente de tout livre qui, relatif aux saintes Écritures , n'avait pas été précédemment examiné par la faculté de théologie de Paris. Plus d'une fois depuis, on ne se borna pas à brûler sur la place du parvis Notre-Dame, au son de la grosse cloche de Tantique église, les ouvrages condamnés, mais on brûla aussi leurs auteurs sur les places Maubert et de l'Estrapade 1 . Effrayé par le redoublement des supplices, Robert se défiait en outre de la faiblesse du souverain, quoique celui-ci lui eût accordé, avec des lettres de grâce et de rémission qui le défendaient contre ses accusateurs, de nouvelles lettres patentes pour le débit de ses Bibles. En face d'une haine obstinée qui ne consentait qu'à suspendre ses attaques 2 , une protection devenue plus molle et plus indécise lui parut insuffisante. Robert adopta alors définitivement le parti d'une retraite dont quelques personnages prudents lui avaient déjà donné

l.Déjà, même auparavant, sous François I er , ces déplorables exemples avaient commencé; la mort de Dolet est de 1546 : voy. à ce sujet le Journal des savants, avril 1836, p. 249.

2. V. de Thou , Hist. , 1. 1 , p. 10S de l'édition de Londres.

( mi ) l'exemple; mais ce dessein une fois arrêté, il devait mettre, à l'exécuter, d'extrêmes précautions, pour conserver autant que possible, en sauvant sa personne , la fortune honorable qu'il avait acquise par ses pénibles travaux. Des documents récemment découverts et publiés â montrent en effet quelle persévérance patiente et quelle habileté il sut déployer à cette occasion.

Ces documents ont pour nous un autre avantage. Nous y trouvons sur l'état de sa famille des renseignements précieux. Peu auparavant il avait perdu un de ses enfants : il lui en restait huit, tous mineurs, dont Henri Estienne, né en 1532 a , était l'aîné 5 . Chacun d'eux, à l'exception de celui-ci, dut, sans être dans le secret de son père, partir sous divers prétextes et dans différentes directions, afin de venir le rejoindre au lieu qu'il avait choisi pour sa résidence. C'était Genève, Tune des citadelles de la Réformation , où elle régnait depuis plus de vingt ans , et qui ouvrait ses portes à tous ceux que leurs croyances exposaient dans le reste de l'Europe aux persécutions religieuses. Cette cité de Calvin, comme on avait pu la nommer, regorgeait des exilés que l'intolérance des princes rendait plus nombreux de jour en jour. Robert lui-même, accompagné

j . V. un article de M. Jules Quicherat , Bibliothèque de l'École des Chartes, Juillet 1840 , t. I er , p. 565 et suiv.

2. M. Renouard, avec plusieurs autres, a voulu placer en 1528 (voy. ses Annales de l'Imprimerie des Estienne , p. 367 de la r édit. ) la naissance de Henri Estienne; mais M. Magnin (Journal des savants, 1841, p. 141) se fondant, pour établir la date de 1532, sur un acte officiel contenu dans les pièces que nous Tenons de citer, me parait avoir raison et mériter d'être suivi.

3. Plusieurs de ces enfants n'atteignirent pas l'âge mûr. Mais il y eut parmi les survivants trois hommes et imprimeurs distingués, d'une manière sans doute fort inégale, Robert et François , deuxièmes de leur nom, outre le grand Henri (ainsi qu'on l'a appelé de son temps), qui fut pareillement le deuxième de son nom.

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