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le finet vous gaigne au pied. Item , Et aussitost mon homme vous empoigne (ou vous va empoigner) un gros baston, et commence à charger. Il est certain, di-je, que ce vous tient quasi le mesme lieu en ces deux derniers exemples que tient moy es deux premiers. Or, selon l'exigence du propos, on dit quelquesfois nous, et non pas moy, et au contraire te (valant autant que toy) au lieu de vous. Exemple de nous : Il fault que tu nous y mettes tel ordre que nous n'en ayons plus la teste rompue. Exemple de te : Je te l'ay bien accoustré , ou , Je te l'accoustreray bien. Item , Je te le doberay bien. Je preten donc monstrer que nostre langue ha conformité avec la grecque en ce qu'elle use ainsi de ces Pronoms , soit que les premiers auteurs de la nostre ayent ainsi parlé à l'imitation des Grecs, soit que par une mesme gayeté d'esprit ils se soyent entrerencontrez en ces mesmes façons de parler. Cependant je n'ignore point qu'es auteurs latins aussi il se trouve quelque traict de de cest usage des Pronoms; mais d'autant qu'il n'ha pas grand cours en la langue latine, et au contraire il se trouve l'avoir grand en la françoise ainsi qu'en la grecque, il me semble que j'ay grande raison de dire que nous ayons esté en ceci imitateurs des Grecs plustost que des Latins. Et de faict, si tel usage de ces pronoms eust esté aussi commun en la langue latine qu'il est es deux autres, je croy que Laurent Valle, traictant ce poinct,eust mieulx garni d'exemples le LII e chapitre de son troisième livre * : ainsi que je monstreray , après avoir produict quelque nombre d'exemples des bons auteurs grecs. Et pour commencer, nous trouvons au Toxaris
de Lucian ; Kor( [aoi-Itc' &p6aXfx£>v Xaêe t)p iTOtvdfcrcotaiv twv
1. Il s'agit de ses Elegantiarum (linguœ latinœ) libri VI : voy. lepass. cité, OEuvres de Valla , Bale^n-P, 1543, p. 107,
xufxaTwv; C'est-à-dire , Mets-moy devant tes yeux les vagues s'eslevans : qui est autant que s'il disoit, Faymoy ce plaisir de te mettre devant les yeux. Et toutesfois on pourrait aussi (selon mon jugement) resouldre autrement ceste manière de parler, comme si celuy qui raconte ici un cas estrange advenu sur la mer , disoit , Mets-moy cela devant tes yeux, au lieu de dire, En m'escoutant , mets cela devant tes yeux. Gomme aussi quand Xenophon dit, en la fin de la page 1 6 de mon édition, ToSe SI jxdtXiffTa 7ravTwv ptl|AVY)0'ô / jxoi (c'est-à-dire, Sur tout retien-moy bien cela), il semble que ce soit autant que s'il disoit , Retien bien ce que tu ois maintenant de moy , ou , Retien bien , ou , Souvienne-toy bien de cela pour l'amour de moy ; ou , Fay-moy ce plaisir de ne mettre en oubli ce que tu apprens maintenant de moy. Autre exemple de Lucian ; tOei o£ pot, S> e Ep^, xal to'oe; c'est-à-dire , Pose-raoy le cas qu'ainsi soit. Et le mesme auteur dit aussi en un autre lieu, éwoVov pot xo» toïïto 1 , pour dire, Coûsidere-moy cela; comme qui diroit, Je te laisse penser. Ainsi est-il de ce passage de Xenophon au II e livre de la Pœdie*, en la page 28 de mon édition ,
oStcoç , I<py) , 6yz Ipoç Xo^oç dxptêoî ffot iravra t& 7capà gov.
Car ce <jo( emporte ici autant que s'il disoit , Pour te gratifier, ou, Pour te complaire, ou, Pour monstrer l'obéissance qu'il te porte, ou , Par un désir qu'il ha de t' obéir , ou , Par une grande révérence qu'il porte à tes commandemens. Voila quelle efficace est cachée soubs
1. Ou plutôt NOv (loi èwafcoiTs : Tyrannicida, c. 20. Le premier exemple cité parait emprunté au c. 9 de Promet heus.
3. C'est la Cyropédie, ou Éducation de Cyrus, ouvrage de Xenophon , qui offre quelques traits de ressemblance avec notre Télémaque , et où l'auteur, comme le remarque Cicéron, a moins consulté la vérité historique , qu'il n'a eu en vue de tracer le modèle d'un prince accompli et d'un gouvernement parfait
un seul petit mot. Mais que dirons-nous de cest autre passage-ci qui est la mesmes en la fin de la page précédente , xotl 6 àv^p aoi 6 veavfa; exeïvoç itpoçeXôwv (ou npoeXôwv) TouXo^ayou^aTrpoaOsv, irpûTepoç iTropsusTO. Je ne doubte
point qu'il ne faille rapporter ce ao( à ce qui est dict au passage que je vien d'exposer , de sorte que ce soit comme s'il disoit , Et le galand, pour monstrer combien il estoit obéissant à ton commandement (c'est-à-dire au commandement que je luy avois faict , suivant la charge que tu m'avois baillée), s'est avancé, etc. Cependant je n'ignore pas que souvent en nostre langage nous disons, Vostre galand, Vostre homme, au lieu de dire , Ce galand que vous savez, ou, Ce galand avec lequel vous avez eu affaire, ou, Avec lequel vous avez eu quelque chose à desmesler. Et mesmes nous dirons, Voila vostre galand d'hier, et entendrons, Ce galand qui vous voulut affronter hier, ou, Auquel vous chantastes si bien sa leçon hier , ou , Lequel vous renvoyastes si bien , ou, Lequel vous frottastes si bien. Je n'ignore pas, di-je, que ceste façon de parler est en usage; mais elle ne peult convenir à ce passage de Xenophon, quand bien on accorderoit que aoi se deust prendre pour ao<.
Ainsi est-il aussi du datif pluriel j)p.lv r comme on peult veoir par ce passage de Lucian, au dialogue appelé Jupiter tragœdus, ti 8* bOv, w Zeu , &xp(axaç *jfjûv; c'està-dire , Mais dont vient , Jupiter , que tu nous est palli (ou pallis) ainsi? au lieu de dire, Mais dont vient, Jupiter, que tu es ainsi palli en nostre présence? ou, Mais qu'y a-il que nous te voyons aia*i palli r? Voila quant à cest exemple. J'en adjousteray encores deux du mesme auteur , esquels la signification de ce Tjfxtv n'est point plus cachée, mais est toutesfois plus malaisée à resouldre en une autre façon de parler. L'un est en son dialogue intitulé Hermotimus, A S' ôrcèp tov Ào-pci*.
(84) jjjj.iv ScSopxa;; c'est- à-dire, Mais toy , ta nous has une veue qui passe celle de Lynceus. Ainsi fauldroit-il traduire ce passage en rendant mot pour mot; et ici, ce Tu nous has , ne signifie pas, Tu has pour nous : ains c'est comme si on disoit , Mais nous ayons iei un homme qui passe Lynceus, ou, Mais quel homme avons-nous trouvé ici, qui passe, etc. L'autre exemple du mesme auteur, que je di estre semblablement fascheux à resouldre, est en un des dialogues hetxriques, irwç j)[aTv IftpaÇotTe ; c'est- à-dire mot à mot , Gomment nous se sont portées vos affaires? Mais ce datif jjpîv emporte une déclaration de bonne affection envers cehiy ou ceux qu'on interroge ainsi ; comme qui diroit , Vos affaires, ainsi qu'elles se sont portées, nous donnent-elles occasion de joye? ou , Ainsi que vos affaires se sont portées, aurons-nous matière de joye ou de tristesse ? ou , Et bien, nous apportez-vous bonnes nouvelles touchant vos affaires? Par ces exemples nous voyons comment quelquesfois un petit mot , selon la propriété qu'il ha en sa langue, emporte autant tout seul que plusieurs en une autre.
Je vien aux auteurs de la langue latine , en laquelle j'ay dict que tel usage de ces pronoms n'avoit si grand cours qu'es deux autres. Laurent Valle ne met que deux exemples , dont le premier est pris du commencement de l'oraison de Ciceron contre Pison , où il dit : Is miki etiam gloriabitur se omnes magistratus sine repuisa assequutum. Le second est du mesme auteur, en une epistre qu'il es«rit à Brutus , Ecce tibi Pompeius. Quant au premier , il ne semble pas estre fort propre ; et mesmes je penserois que mihi en ce lieu la se pourroit aussitost exposer apud me qu'autrement. Toutesfois pource qu'il y a apparence de quelque default de parolles devant ce propos , je laisse cela en doubte pour le pre-
sent. Quant au second, il est plus recevable; mais encores ne respond-il droictement aux exemples tant grecs que françois que nous avons amenez cidessus. Et à dire vray, il n'est pas aisé d'accompagner ces exemples-la avec des Latins : toutesfois j'ay tant faict que j'ay trouvé un compagnon pour le dernier : je l'ay trouvé dedans l'auteur qui entre tous les Latins s'est le plus et le mieulx aidé des façons de parler grecques 1 ; et par lequel aussi de bon-heur 2 (ayant esté auparavant iustruict es lettres grecques) je commençay à apprendre ce peu que je sçay de la langue latine. Et me fut premièrement faicte leçon de ses epistres , lesquelles on me faisoit apprendre par cueur; et depuis ne les ay tellement oubliées, qu'elles ne soyent beaucoup plus familières à ma mémoire qu'un autre livre. En ces epistres donc , en la troisième du 1er livre, ayant dict,
Quid Titius , Romana , etc.
Ut valet ? ut meminit nostri ? fidibusne latinîs Thebanos aptare modos studet, auspice Musa ?
An tragica desœvit et ampullatur in arte H
il adjouste ,
Quid mihi Celsusagit? monitus , multumque monendus Privatas ut quserat opes , et tangere , etc.
Quidoubte que quand il dit, Quid mihi Celsus agit, ce mihi ne soit le cousin germain de fyuv, que nous avons
1 . A ce détail non moins qu'aux suivants on reconnaît Horace , dont il sera question encore un peu plus loin.
2. Ces deux mots , fréquemment rapprochés et souvent même à cette époque joints par un trait d'union , devaient finir par se confondre entièrement en un seul : de bon-heur je commençay , voulait dire : j'ai eu la bonne fortune, l'heureuse chance de cornmencer, etc. Heur , dans Nicot, est traduit par fortuna ; de là ban heur et mal heur.
(86) tantost veu en Lucian , où il dit , toSç ^{xtv lirpaÇate ; je ne di pas toutesfois (afin qu'on n'estende point mon dire plus avant) qu'aussi le verbe agere en ce passage corresponde au verbe irparreiv : car le précèdent et le subséquent nous monstrent que quid agit se prend en sa signification ordinaire. Joinct que ceux qui sont versez en ce poète doivent sçavoir qu'il a accoustumé d'user d'autres mots pour exprimer le irpa-raiv des Grecs (en telle signification qu'il est en ce lieu de Lucian) , et leur e3 irpa'rretv aussi. Et mesmes en quelque endroict il a voulu nous donner en latin leur /atpsiv et leur eu repatxeiv ensemble : asçavoir où il a dict gaudere et bene rem gerere. Je ne di donc sinon que ce mihi et ce %!v de Lucian sont compagnons, voire cousins germains. Or 9 de trouver semblablement des mihi et Ubi qui ayent telle accointance avec les (xo( et coi que nous avons veus cidessus, je ne m'en asseure pas : toutesfois, par manière de provision, je foumiray deux exemples de Terence, tels qu'ils sont, dont voici l'un, qui est pris de la comédie dicte Phormion :
An quicquam hodie est factum indignius ?
Qui mihi, ubi ad uxores ventum est, tum fîunt senes.
Voici l'autre, pris de celle qui s'appelle Heautontimo^ rumenos :
Is mihi ubi adbibit plus paulo , sua quœ narrât facinora !
Et toutesfois, en ce passage, il y a danger qjue quelqu'un ne veuille plustost joindre le mihi avec narrât
Au demeurant en ce passage d'Ovide, Hinc mihi mater abi (qui est en Tepistre de Medee à Jason) , ce mihi pourrait sembler cstre de la nature du po( duquel j'ay parlé cidessus ; mais il s'accorde plustost au y.o( qui
est es exemples suivants. Et premièrement en ce passage d'Homère * :
"Ex-TOp, f/.TQ fxot fx(fxve, cpiXov têxo;, avépa toutov , OToç àveu3' àXXtov...
Car je fay mon compte que ce pot soit ainsi mis eomme si on disoit , Ne ita mihi sis audax , fUi, au lieu de Ne ita sis audax , mi fili ; ne plus ne moins qu'en ce passage d'Ovide, Hinc mihi mater abi, je ne trouverois point mauvais de resouldre le pronom primitif mihi en celuy qui est possessif, asçavoir mea. Mais je confesse que le primitif ha quelque énergie plus grande. Autant en est-il de ce passage de Lucian en un dialogue 2 , auquel Cyclops, parlant à son père Neptune, dit : xal an ixstvou tuçXoç û\l\ <rot , w Ilo'ffei&ov. Auquel passage est pareil cestuy-ci qui se trouve (si j'ay bonne mémoire) dedans le mesme auteur, ot/opai aot, 5 rca-cep: comme qui diroit Ego, tuus ille filins, pereo, ou Tuus ille tam eharus filins pereo. Vray est que quand on resouldroit ainsi ceste façon de parler grecque, ce vocatif pater demeurerait inutile.
Encore avons-nous un autre usage de ce datif y eomme quand on dit , Gest homme-la ne m'ha point bonne physionomie , ou , Cest homme-fa ne me porte point bonne mine ; car c'est autant que si on disoit , Gest homme ne me semble point avoir bonne physionomie, ou, Gest homme, à mon jugement, n'ha point bonne physionomie. Item , quand nous parlons ainsi : Ayez-moy tousjours cela pour résolu, ou, Ostez-moy cela de vostre phantasie ; car c'est autant que si on disoit, Si vous me voulez croire, vous osterez, etc., ou,.