Dialogue des dieux marins : c'est le II e
Je suis d'advis que vous ostiez , etc., ou , Selon mou jugement, vous devez oster, etc. Or, fault-il noter qu'en cest usage, pareillement, nostre langue est conforme à la grecque ; tesmoin ce passage de Lucian au dialogue intitulé Pseudologistes : xâtv Ixjxâôr,; auxo , itav *)|/.tv eiSwç
ïari. Auquel fault adjouster cestuy-ci de luy-mesme', toioutoç ouv (xoi 6 ouYYpacpebç eotcx). C'est-à-dire , mot pour mot, Qu'il me soit tel : au lieu de dire , Qu'il soit tel, s'il m'en veult croire, ou, Qu'il soit tel, s'il m'en demande mon advis, ou, mon opinion. Mais les Latins, en ceste façon de parler , ont esté imitateurs des Grecs aussi bien que nous , comme on peult veoir par ce passage de Terence, es Adelphes,
Nam is mihi est profecto semis spectatus satîs Cui dominus cura est.
Et par cestuy-ci d'Horace, en son de Artepoetica,
Sic mihi , qui multum cessât, fit Choerilus ille , Quem bis terve bonum , etc.
Obs. 2. En parlant à une seule personne nous usons souvent du pronom pluriel. Je n'enten pas quand nous mettons vous au lieu de toy; mais quand en la personne de celuy ou celle à qui nous parlons, nous taxons 2 ou louons les autres aussi à qui attouche le faict duquel nous parlons. Exemple , Si je parle à un jeune homme desbauché , je diray : Vous jeunes gens n'avez autre pensement que de cercher vos plaisirs. Ceste mesme
1. Au XLl* chapitre de ce curieux traité « Sur la manière dont il faut écrire l'histoire , » que Racine a traduit en partie.
2. Ce verbe, entre autres acceptions, avait celle de critiquer , blâmer ; de là encore : taxer d'avarice. Vaugelas a regretté cet ancien sens, à peu près perdu..
façon est en usage en la langue grecque , comme il appert par ce passage de Lucian au dialogue intitulé Dearum judicium* : ^ xoc\ crol TotuTa , 5 Suyorcep, cuvSoxeî ; Tt cpVjç ; àîroarpecpr) xat Ipu8pt3ç ; èVct plv fôtov xb aïSewôaC ye ta xoiauTa, ufxoav twv Ttapôévtov * l7tivEuetç Sstffjwoç, etc. U
est vray que le plus souvent nous adjoustons ce mot entre devant le pronom , et disons, Entre vous jeunes gens, ou, Entre nous jeunes gens; car ce que j'ai dict du pronom de la seconde personne doibt estre entendu pareillement du pronom de la première.
Il vient fort bien à propos ici de parler d'une autre locution , de laquelle nous usons quand nous adressons tellement nostre parolle à un seul , que nous entendons de comprendre aussi ses compagnons ; et revient à ceste autre de laquelle je vien de traicter , asçavoir où nous mettons ce mot entre : car alors nous disons, Vous autres, ou, Entre vous. Item, Nous autres, ou, Entre nous. Mais quant à ce Entre vous , le grec n'ha rien de tel : quant à Vous autres, si ha bien. Car je trouve que Thucydide a dlct jjfxSç toùç dfXXouç , ainsi que nous disons , Nous autres; et mesmes (s'il est besoin d'adjouster à un tel tesmoin le tesmoignage d'un auteur beaucoup plus récent ) Dionysius Halicarnasseus en aucuns lieux de son Histoire a usé de ceste façon de parler. Laquelle (à dire la vérité) sert beaucoup pour abbreger ; et cela se peult cognoistre par la peine qu'on ha quand il fault dire en latin une telle chose, d'autant que ce langage n'use point de ceste locution : car qui diroit, Quantum ad nos altos attinet, pour cela que nous disons , Quant à nous autres , il feroit rire ceux mesmes qui n'en auroyent point d'envie. Et toutesfois semble estre aucunement excusable ceste manière de parler, Vos aliœ aves , ainsi