‹ Conformité du langage français avec le grecChapitre 203 sur 256 · Élégies, U · texte numérisé non relu

Élégies, U

thode que je tien en ce Traicté, de confronter les façons de parler de ces deux langages. Je mettray ses mots , pour ceux qui entendent le grec; et puis les exposeray pour ceux qui ne l'entendent point : Iléfjurcoç ocutoç, àv-

t\ tou {jl8t' dfXXwv teffffCKpwv • afaoç Si , àvr\ toû irpwroç • to)Ç yip twv àXXwv p^ oW>v iTTia^fjLWV, t9j tou Ivoç ^pxédhfj ovo(i.a<jia, ^ Sti «otm ^xoXou6ouv ol àXXot , àç fxe t£ov te xat (TocptoTepov pouXeueaOat Suva^vw. C'est-à-dire, Luy cinquième 1 , au lieu de dire, Avec quatre autres : or, ce pronom luy signifie premier ; car il s'est contenté d'en nommer un , à cause que les autres n'estoyent personnes de marque , ou bien pource que les autres le suivoyent, comme estant homme de plus grand conseil qu'eux. Ce povre scholiaste s'arrestant en si beau chemin , selon le proverbe latin , nodum in scirpo quœrit, et selon le proverbe françois y Cerche cinq pieds de mouton où il n'y en a que quatre. Car puisqu'il y avoit lors deux manières d'envoyer capitaines (comme aussi ambassadeurs) , ou un en chef, ayant quelques adjoincts, ou de les envoyer tous également autorisez , comment peulton juger, quand l'historien n'adjouste autre chose que Luy cinquième (après avoir mis son nom ), s'il a nommé cestuy-ci plustost qu'un des autres quatre , pource qu'il estoit de plus grande autorité , ou bien pource qu'il ne sçavoit pas les noms des autres, ou pource que ce fut le premier qui luy vint en mémoire, ou à l'occasion qu'il cognoissoit mieulx cestuy-ci que les autres? Mais il n'y a nulle doubte 2 que si ceste manière de parler eust esté

1. Les deux éditions de la Conformité portent ici troisième : ce qui est une méprise évidente.

2. « Nos doutes seront éclaircies , » disait pareillement Malherbe. Ce substantif a conservé le genre féminin jusque dans Balzac et Voiture; mais l'Académie naissante et Vaugelas, se prononçant pour le masculin , Pont emporté. Ces changements de

aussi familière à ce scholiaste qu'elle nous est (d'autant que nous l'avons en nostre langage), il n'eust pas rempli le papier de telles curieuses et frivoles questions, mais se fust contenté de la simple exposition.

J'ay encores un mot à dire, c'est que le poète latin , auquel j'ay cidevant porté ce tesmoiguage, que sur tous les autres il s'estoit le plus et le mieulx aidé des façons de parler grecques , n'a point voulu quitter sa part de cest hellénisme (lequel aussi au regard de nous se peult appeler gallicisme) , mais pour couvrir aucunement son larrecin, il a usé de quelque desguisement , quand il a dict,

Tu quotas esse relis rescribe 1 ...

Ce qui a donné la hardiesse à Martial aussi de dire , Die guotus et quanti cupias cœnare *, etc. Et est une chose bien à noter ici que, combien que eeste locution par guotus revienne à la grecque , et mesmes se puisse resouldre en icelle (car quotus esse velis, signifie an quintus, an sextus, an septimus velis esse, et ainsi consequemment) , toutesfois il n'est pas permis de dire, Ille profectus est tertius , ou quartus , pour Ille profectus est cum duobus ou tribus.

Obs. 8. J'ay aussi pris garde que nous ensuivons de plus près les Grecs en l'usage du pronom composé que ne font les Latins ; car le latin dira bien , usant du pronom simple, cogita apud te, mais le françois ne dira pas, Pense en toy, non plus que le grec n'oseroit dire ivvoTjaov Tuxpât <7o( ; ains fault qu'il die (soubs peine de parler mal), En toy-mesme, comme le grec dit itapà

genre, on pourra le voir encore par la suite , se sont étendus à plusieurs autres noms.

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