DU VERBE FRANÇOIS
En quoy particulièrement il est conforme au verbe
grec.
Obs. 1. Comme les Grecs ont accoustumé en quelques verbes de mettre en l'un des deux prétérits extraordinaires, nommez aoristes, une / simple, au lieu qu'elle estoit double au temps présent , ainsi fait nostre langue es prétérits de certains verbes. Exemple : le grec dit (xeTaêaXXw au présent, et (xexéëaXov en l'aoriste second; nous disons au présent, J'appelle, et au prétérit, J'ay appelé*. Car ceux qui escrivent, J'ay appelle, font long ce que la prononciation fait bref, ce qui est contre toute raison. Ainsi est-il du verbe aller : car on dit, Où allez-vous? avec // double; Je suis aie, avec / simple : combien que je sçache que l'orthographe commune garde ceste reigle encores moins en ce verbe qu'en l'autre 2 . Et à dire vray , la différence n'est si évidente en la prononciation de cestuy-ci , qu'elle est entre J'appelle et J'ay appelé. J'adjousteray encores
1. Ici encore Reiz, après avoir, dans son ouvrage cité, rapporté ce passage , prétend que ses compatriotes se rapprochent plus «les Grecs, sur ce point, que les Français.
2. Henri Estienne lui-même ne l'observe point, il écrit habituellement : Je suis allé.
ceci, c'est que (si mes oreilles rie sont 'décries y ceux-" # qui sont estimez bien prononcer, disent, J'eschappe, Je suis eschapé ; Je frappe, J'ay frapé; et es verbes semblables, semblablement
Obs. 2. Nos verbes françois ont leurs prétérits de deux pièces; en quoy de prime face nostre langue pourrait sembler n'estre pas d'accord avec la grecque : mais si nous prenons garde de près, nous trouverons qu'elle s'accorde tresbien. Car il est vray que de Ypofoo* (c'est-à-dire j'escri) se fait un prétérit d'une pièce, YSYpacpa, et une autre sorte de prétérit dict aoriste, £ypai{/a, qui est pareillement d'une pièce; en quoy je confesse que ces deux langages n'ont aucune convenance ensemble : mais si nous venons à revisiter les registres des vieux Grégeois, nous nous trouverons cousins germains en cest endroict. Car comme nous usons du verbe fay (c'est-à-dire habeo) pour faire nostre prétérit , ainsi eux ont usé de leur e^w, qui signifie le mesme ; tesmoin ce vers d'Hésiode 1 , Kpityavtsç yàp l^ouai 3-eoI j3i'ov àvôpa>7rot<ri : car il dit xpifyavTeç flouai , au lieu de £xpu<|/av, ne plus ne moins que nous disons, Ils ont caché. Ainsi est-il de ce passage de Sophocle 2 , irpôtyoç aaxoTiov ïyj.i 7îepava<;, au lieu de dire irepavs. Or, combien que j'aye parlé des vieux registres, je ne nie pas que les auteurs qui ont suivi n'ayent aussi quelquesfois imité en ceci leurs prédécesseurs. Nous formons quelques prétérits encores d'autre sorte quand nous disons , Je suis venu, Je suis allé. Item, Je suis tombé : ce que nous et les Latins avons commun avec les Grecs,