‹ Conformité du langage français avec le grecChapitre 212 sur 256 · En d'autres termes , qui se sws-entendent · texte numérisé non relu

En d'autres termes , qui se sws-entendent

( 129 ) Mais ce n'est pas faict : car il me fault respondre à ceux qui vouldront dire qu'ils confessent bien que ces quatre parolles, Ceux de la campagne, respondent justement à ces quatre grecques oî ex toïï raStou ; mais qu'ils nient que ce soit mot pour mot : c'est-à-dire que ce soit les mesmes quatre parties d'oraison qui sont au grec : d'autant que je fay mon compte que ceux soit article, comme est le oî , et comme est aussi la qui respond au tou : en quoy je me mescompte. A cela je respon , qu'il ne s'ensuit pas que si ordinairement ce ceux sert de pronom , il ne puisse aussi quelquesfois servir d'article ; et qu'on ne doibt trouver non plus estrange en nostre langage qu'un pronom tienne le lieu d'un article, qu on trouve estrange au grec que l'article face office de pronom. Je di d'avantage , que si on prend bien garde à l'usage de ceste particule , on trouvera que quand nous la voulons faire servir de pronom , nous adjoustons au bout un petit mot d'une syllabe, asçavoir ci, disans, Ceux-ci. Comme si je demande, Lesquels voulez-vous? on ne respondra pas simplement, Ceux, mais, Ceux-ci. Semblablement on dira , Demandez-vous ceux-ci? Parlez à ceux-ci. Autant en est-il de Cestuy-ci, Ceste-ci, et Ce-ci. Et mesmes tout ainsi qu'on adjouste ci après ceux 9 quand il sert de pronom, aussi le populaire (lequel je n'avoue pas toutesfois) adjouste souvent ceste particule les audevant de ceux, tenant le lieu d'article ; et use de les ceux au lieu de ceux. Comme , Les ceux de la maison , ou , Tous les ceux de la maison l'ont veu. Et combien que (comme j'ay dict) je n'avoue pas tels parleurs, si est-ce toutesfois que j'allègue ceste façon de parler comme faisant pour moy '.

t. C.-à-d. favorisant mon opinion. Nous avons déjà, dans

Je passeray plus oultre , c'est qu'il y a apparence que quand nous disons. Ceux de la maison ont le vouloir de vous aider, ce ceux corresponde à l'article prépositif des Grecs; et quand on dit, Ceux de la maison qui ont le vouloir, n'ont pas le pouvoir, ce ceux avec qui se rapporte à l'article postpositif.

Or, quand bien à faulte de raisons peremptoires je ne pourrois prouver mon dire, tout au pis aller je perdrois seulement cest incident, et ne laisserais de gai* gner ma cause quant au principal , veu que j'ay suffisamment prouvé et vérifié la conformité que je pretendois estre entre ces deux langages en ceste façon de parler, oi U T?jc oixt'aç ou oi àîro ttjc otxiaç, et autres semblables, quelque partie d'oraison que soit ce mot ceux.

J'ay encores un petit mot à dire, c'est qu'on ne se doibt esbaliir si quand pour oi <£ito tîjç oUiaç , on dit Ceux de la maison, on voit quatre mots correspondans d'ordre aux grecs ; et quand pour oi âito tô5v oîxtSSv , on dit Ceux des maisons , on n'en voit que trois au lieu des quatre. Car quand nous disons Ceux des maisons, l'article est enclos dedans ce des ; et vault autant Ceux des maisons , comme Ceux de les maisons.

Obs. 5. Comme les Grecs, mettons leur article devant les infinitifs des verbes , s'en servent au lieu de noms, aussi faisons-nous : car ainsi qu'ils disent to irparreiv et to )iyeiv , au lieu de *j irpagtç et 6 Xo'yoç, ainsi dirons-nous, Le faire et Le dire , pour Le faict et Le dict ; et plusieurs autres semblables.

Obs. 6. Comme aussi ils mettent leurs articles au devant de leurs adverbes , disans to êvoqv, to !£« , ainsi usons-nous des nostres quand nous disons, Le dedans,

notre édition de la Prccellence du langage françois, p. 323, relevé ce tour piquant, dont ne s'est point privé Molière.

( 131 ) Le dehors. Item, comme ils disent t& àvw et to xàtw, nous, Le dessus, Le dessoubs, et plusieurs autres semblables.

Obs. 7. J'ay tantost parlé de l'application des articles en une locution grecque , en laquelle se trouvoyent bien empeschez ceux qui traduisoyent en latin , ou au contraire elle se pouvoit rendre clairement en françois mot pour mot ; maintenant j'en pourrois autant dire de ceste-ci, 'ES Sv oT&x, 'ES 5v aîaôavouuxi , s'il est question de la traduire mot à mot (car au demeurant il n'y a pas telle ambiguïté qu'en l'autre) en bon langage latin. Mais en nostre langue il n'y a nulle difficulté : car nous parlons tout ainsi quand nous disons, De ce que j'en puis veoir , ou, A ce que j'en puis veoir. Item , A ce que j'en puis cognoistre. Item, A ce que j'en puis juger.

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