Ici il faut sous-entendre celle
3. Ce fut ce discours qui , si Ton en croit Élien , HisL var. , XIII, ii, inspira à ce prince et à son fils Alexandre la pensée d'envahir l'empire des Perses.
( 137 ) oiutouç IÇetv, ^v Ipyy tauta 7fpà£iflç ; or, après avoir trouvé cest accord de feou avec nostre oit, j'ay cerché un moi latin qui voulsist estre de la partie, et ay tant faict que j'en ay trouvé un : car Aulus Cecinna, en une sienne epistre qui est parmi celles de Ciceron appelées Epistolœ ad familiares, escrit ainsi, Ubi hoc omnium patronus facis y quid me veterem tuum, nunc omnium clientem , sentire oportet ?
Obs. 6. Comme le où s'accorde avec 06 ou &wu, es significations que nous avons veues cidessus, aussi s'accorde en un certain usage extraordinaire , .qu'il ha quand il est mis par interrogation , avec le woïï des Grecs , que j'ay dict estre interrogatif. Exemple, nous avons souvent ces façons de parler en la bouche : Et où trouvezvous cela raisonnable? ou, Et où trouvez- vous que cela soit raisonnable? Quelquesfois aussi nous disons , En quel pays cela est-il raisonnable? Lucian a parlé ainsi quand il a introduict Neptune disant à Mercure, xat irou
touto , Si e Epf/.7) , Sixatov, tov xuvoîrpôVamov toutov TtpoxaÔiÇctv pou tov AiYuirrtov, xa\ rauTa Iloffetotoivoç ovcoç ; c'est-à-dire , Et où trouvez-vous, Mercure, qu'il soit raisonnable que, etc.
Obs. 7. Telle conformité, que j'ay monstre estre entre ces adverbes dicts localia ou loci, se trouvera estre aussi entre aucuns de ceux qu'on nomme adverbia temporis , adverbes ayans signification du temps. Je commenceray par ô-rcoxe, duquel je di que la mesme signification qu'il emprunte, laissant la sienne propre, nostre quand l'emprunte aussi. Platon , en son I er livre de la Politie*, ôttoVe yàp to Si'xottov pJj oTSa S !<m, <*xoXîj ciffOfjiai être dcpex^ tiç ouaa Tuy^àvei , etxs xa\ ou. Je main-
1. Nous appelons ordinairement cet ouvrage la République on du Juste: il est composé de 10 livres.
( 138 ) tien que ce Wt* correspond à un tel quand qtfet' cestuy-ci, A grand peine se fiera-il de moy , quand il m se fie pas de son propre frère : au lieu de dire , Veu que, ou, Puisqu'il ne se fle pas, etc. Que si quelqu'un ne se contente de cest exemple d'ôno-ce , il en pourra veoir ui autre en Xenophon, au VI e livre des Helléniques, en h page 357 de mon édition.
Obs. 8. Je trouve aussi un mesme emprunt de signification en nostre adverbe puis ou et puis, qu'ha le grec cTtoc (auquel il est correspondant), ou lirerra. Car nous dirons : Voila comment il s'efforce par tous moyens de me ruiner, et puis on me veult persuader de luy faire du bien; ou, Vous m'avez souvent décelé, et puis vous voulez que je vous die mon secret. En parlant ainsi il est certain que par cest adverbe nous demonstrons un despit ou indignation. Le semblable se trouve en ce grec cTra mis par interrogation, comme on peult veoir es passages suivans. Demosthene , en l'oraison Pro coro-
na , glxa où cpOe^YTl > XG ^ f^ireiv elç t& toutovI irpcfcuira
ToX[i.a<; ; Aristophane , en sa comœdie dicte Plutus, ...w
|Aiapo>TaT£ dcvôptov ct7ravTcov , tw laiyoiq IIXoutoç <Sv; or
tant en ces deux passages , comme aussi ordinairement es autres des bons auteurs, cest averbe est appliqué par forme d'interrogation , ainsi que j'ay dict : toutesfois il y a un passage, en Xenophon, auquel eraixa, qui vaut autant que sTra, n'emporte point d'interrogation , selon le jugement d'aucuns; et si ainsi est, d'autant mieulx convient-il avec nostre et puis. Qui le vouldra veoir, il le trouvera au I er livre des 'A7ro(ÀV7)[/.ov6U[AaTocy en la page 423 de mon édition , et commence , * Etcit' oùx oïei
cppovclÇeiv.
Obs. 9. J'ay aussi quelque chose à dire touchant les adverbes qui sont appelez adverbia similitudinis , comme, ou, ainsi comme, et comment : c'est asçavoir
^qu'ils ne correspondent pas à w; et ™<; en leur propre «signification seulement, mais aussi en celle qu'ils ont depuis empruntée. Je commenceray par comme, qui -; correspond à &<;. Je di que combien que ce comme de sa :? nature soit adverbium similitudinis , toutesfois nous ï nous en servons en quelques endroicts au lieu d'un adverbium temporis. Exemple : Gomme la maison torai boit, il se rencontra devant la porte; ou, Ainsi que la maison tomboit. Item, Comme il rendoit l'esprit, je survin; ou, Ainsi qu'il rendoit l'esprit. Il est aisé à veoir que, Comme la maison tomboit, ou , Comme il rendoit l'esprit, ne signifie pas , En la sorte qu'elle tomboit, ou , En la sorte qu'il rendoit l'esprit; mais, Sur Pheure mesme, ou, A l'heure mesme, ou, A l'heure justement que, etc. Je di que l'usage de w; est tel en ce passage de Xenophon , au V e livre de YAnabasis, éSoutCwic yàp ivéXajjuf'èv otxia twv Iv SeÇta , ôtouS^j evdtyavxoç • wç S' aùx^ auvéïrnrcev , ecpEuyov of àiA twv iv 8e^tS otxttov. Que si quelqu'un vient à dire que ce changement de signification ne convient pas moins à l'adverbe latin ut qu'à nostre comme, je le prieray de me trouver un bon auteur de la langue latine qui ait ainsi parlé, Ut autem cadebat Ma domus, aufugerunt qui, etc. ; et me l'ayant trouvé, je m'accorderay à son dire. Mais il pourra bien prendre bon terme.
Obs. 10. Je vien à l'autre adverbe, qui est aussi appelé similitudinis, mais emporte interrogation, asçavoir comment , en grec too<; , et di que comme les Grecs (et nommeement Lucian ) disent souvent tk5ç Xéyei;; au lieu de x( Xsyetç ; ainsi disons-nous , Comment dites-vous? au lieu de, Que dites- vous ? Item , Regardez bien comment vous parlez, au lieu de, Regardez bien que vous dites.
Item, comme nous usons de nostre adverbe comment,
tn ce propos: J'ay parlé à luy, mais sçavez-vous comment? ou , Je vous l'ay estrillé, mais sçavez-vous comment? ou, Il en a esté joyeux, mais sçavez-vous comment? on dit aussi quelquefois, Mais comment pensez-vous? laquelle dernière locution respond totalement à la grecque , en laquelle SoxeTç ou otei se met après ttZç en mesme signification. Aristophane, en son Plutus, Ot $' lyxataxsi-
fxevot irap' auTw , wwç 8oxe?ç , ïbv IIXoïïtov ifaitaÇovTo , xott , etc. Synesius, en quelque epistre 1 i^ffôrjv, èXkk ttwç oîei; iravu jxèv ouv dbro paÔefaç tyjç fvtofxr;; tJœÔTjV , (xaôwv , etc. C'est-
à-dire, J'en ay esté joyeux, mais comment pensezvous? Et en une autre : irporjxTai f/iv yàp cbç lia toutou; aÙTOÙç touç ofycovooç xa\ jtarcavouc * ttcoç otei {jl£t' euirpercoïïç toû <ry^{jLaToç ;
Obs. il. Il ne fault pas oublier F adverbe négatif , asçavoir non ou ne, lequel je trouve estre spécialement conforme à l'adverbe négatif des Grecs en deux poincts. Et croy qu'on pourra trouver encores plus grande conformité, si on y regarde de près.
Le premier poinct est que, comme l'adverbe négatif grec, estant doublé, augmente la négation (au lieu qu'en latin il equipolle une affirmation ) , ainsi fait nostre adverbe. Et ne plus ne moins que ceci se fait en trois sortes au langage grec, aussi se fait-il au nostre. Car en grec, ou l'adverbe ou se répète (et quelquesfois au lieu du second où se met pq ) , ou on use de ou avec où§sv , ou on use de où avec un verbe qui emporte négation, comme âirayopsucD , âpyoupat , âmcro» , et autres. Desquels usages il me semble qu'il n'est ja besoin d'amener exemples , veu qu'ils sont aisez à trouver : joinct que je crain de
1. C'est la xxii 6 des Lettres, dans l'édition de Paris, in-f\ Morel, 1612, p. 175. Le fragment suivant appartient à la cuir, p. 291.
rendre les lecteurs trop paresseux. Mais j'ameneray des exemples de ces trois sortes en nostre langage , ausquels je sçay que peu de gens prennent garde. Quant à la première donc, fault noter que nous parlons souvent ainsi ; Je ne l'ay point faict, ni ne le veulx faire. Exemple de la seconde façon : Je ne trouveray nul qui vueille entreprendre cela. Exemple de la troisième : Je ne vous nie pas qu'ainsi ne soit. Item , Je vous ay défendu de n'y aller point. J'amenerois aussi pour exemple ceste façon de parler, Vous ne m'en avez rien dict, si rien signifioit nihil, comme plusieurs pensent (car alors ceste locution-la respondroit à ceste grecque-ci , oùx sïirsç (xot rapt toutou ou$£v); mais ceux qui estiment que rien signifie nihil, s'ils en considèrent bien l'usage, trouveront qu'au contraire c'est le res des Latins, et ce que nous disons chose 1 . Qu'ainsi soit, quand je di , S'il y a rien que je puisse, je suis à vostre commandement; et quand je di, S'il y a chose que je puisse, n'est-ce pas unmesme propos ? Item , Il n'y a rien qui me fasche tant que cela ; ou , Il n'y a chose qui me fasche tant que cela. Item, Il n'y a rien du monde que je craigne plus, ou, 11 n'y a chose du monde. Et puisque ainsi est, nous ne devons pas nous tant mocquer de ceux qui disent, Quelque rien , au lieu de Quelque chose.
Or , comme je ne preten confermer mon dire par les exemples des locutions où nous usons de ce rien
1 . Sur cette acception de rien on peut revoir la Pfecellençe citée du langage françois, p. 341. Noos avons eu d'ailleurs occasion de montrer, dans un autre travail , que nos meilleurs écrivains n'avaient pas abdiqué entièrement cette tradition du langage. Témoin La Bruyère, au chap. des Biens de la fortune: « Les chambres, a-t-il dit, assemblées pour une affaire capitale, n'offrent point aux yeux rien de si grave qu'une table de gens qui jouent un grand jeu. »
(pour les raisons que je vien d'alléguer), aussi ne le veulx-je confermer par exemples de ce mot personne; car ayant considéré de près quel en est l'usage , je trome qu'il n'emporte point négation (non plus que rien), et ne signifie pas nul, mais aucun 1 . Et ce qui nous donnera ceci à entendre bien aiseement, c'est qu'autant est de dire , Je ne trouve personne qui y vueille aller , que si nous disions, Je ne trouve aucun qui y vueille aller. Mais ce qui fait abuser plusieurs à la signification de ces deux mots rien et personne, est qu'ils sont joincts ordinairement à la particule négative.
Le second poinct, quant à l'usage de cest adverbe négatif, est que comme nous usons du nostre par manière d'interrogation, en exhortant quelqu'un à foire quelque chose, ainsi usent les Grecs de leur où. Car ainsi que nous disons, Ne ferez-vous point ce que je vous commande? ou, N'irez-vous point où je vous ay dict? ou, Ne vous hasterez-vous point? ainsi eux usent de leur où* avec l'infinitif ; comme on peult veoir évidemment en ce passage de Platon , qui est en la seconde page de son Symposium, où axs^, !<pi), irai, «pavai tov 'AydiOcDva, xal eiçàgeu; 2toxpàry); lequel usage de cest adverbe j'ay observé en plusieurs autres endroicts d'Homère aussi, mais avec l'optatif, comme Iliade, y 2 , v. 52 (ainsi qu'on trouvera les vers comptez en mon édition):
Oùx av $7) fxeiveiaç àpr,i:piXov M evéXaov ;
1. C.-à-d. quelqu'un (de aliquis). Encore aujourd'hui on dit : aucuns prétendent... ; ce qui signifie quelques-uns prétendent, etc.
2. On sait que les Grecs désignaient les livres de Y Iliade et de YOdyssée, au nombre de vingt-quatre les uns et les autres, par les noms des vingt-quatre lettres de leur alphabet : ce que les modernes ont fait souvent à leur exemple.
Item Iliade, e. y. 41 *,
Oùx 3cv 8r) Tpwaç [/iv £à<x<ratjxsv xa\ 'A^atou; MapvaaO' , Ô7rjroTipoicri îrar^p Zeix; xÏÏSoç ôpéçv; » Nwt Se yafrofxcaôa , Aïoç S' âXecofxeôa (xrjviv ;
Et au mesme livre, v. 451 ,
Oux àv M| tovS* avSpa {xayY)<; épvaaio jxefeXÔwv TuSsiS^v , 8ç vuv ye xai àv Ait irocxpi pà^otTO ;
Et Odyssée, Ç. v. 57 ,
lïàinra çtX', oux àv £q jxoi àpoiuXiaceia; âir^vv)v T\{rçX^v , euxuxXov , fva xXuxi etpax* â^pai ; .. .
Obs. 12. Geste observation est touchant l'usage de &rct>ç : c'est que comme les Grecs quelquesfois, usans de cest adverbe, omettent un impératif qui devroit estre mis devant, ainsi usons-nous de nostre que. Car comme Aristophane a dict en ses Nuées, "Orcwç Se touto ^ 5i- SàÇrjç fxyiSéva, omettant #pa devant foc*; , ou un autre tel impératif; ainsi faisons-nous quand nous disons, Mais qu'il n'y ait point de faulte ; au lieu de dire , Mais voyez qu'il n'y ait point de faulte; ou , Que je ne vous y trouve plus , au lieu de dire, Faites que, etc. , ou , Faites en sorte que, ou, Regardez que, Advisez que. Souvent aussi devant le que, tant en ceste façon de parler qu'en autres semblables, nous adjoustons ces mots, Mais sçavez-vous qu'il y a ?
1. Ce passage est dans l'édit. Barnes , Cambridge, 1711, in-4% au 32 e vers du livre cité; et le passage suivant, au 456 e .