Lucius ou l'Ane, c
3. Cette expression se trouve dans la belle ode dirigée contre les mœurs corrompues des Romains : III, 6.
avons raison de dire qu'eux ont esté en ceci imitateurs du langage grec comme nous : veu que tel usage de ceste préposition nous est plus familier qu'à eux. Et Horace nommeement, disant de tenero ungui > il n'y a point de doubte que selon sa hardiesse accoustumee (de laquelle j'ay parlé cidessus), il n'ait voulu exprimer mot pour mot, l\ àitotXtov ôvu^wv. Toutesfois quand je di que les Latins ont emprunté l'usage de U en leur de nocte, il me souvient bien que Donat est d'autre opinion, disant que abundat prœpositio de; ce qui est vray, si nous considérons qu'il pouvoit dire simplement nocte pour le mesme; mais à mon jugement (sauf l'honneur de ce personnage , prince des grammairiens latins), il y a plus d'apparence que ce de respond à ix , veu qu'il se trouve mis ainsi en quelques locutions esquelles on ne pourroit aucunement dire qu'il fust superflu.
Obs. 4. J'ay aussi pris garde à un autre usage de éx ou I; , fort beau , en une certaine manière de parler, qui est autant aisée à rendre en françois qu'elle est malaisée à rendre en latin : c'est où ceste préposition se jorod au génitif cas de l'article postpositif : comme i£ 5v ocfoOavopat. Mais je renvoyeray te lecteur au chapitre de l'article; adjoustant seulement cest exemple deLucian, au dialogue de Parasito , ofy frepov ti , £Ç <*>v cptjatv , ^ to iccepaciTeiv, edôaifjLov vofxiÇwv. Car je ne doubte que é£ Sv <p7]atv , ne se puisse et doibve interpréter mot pour mot en françois, A ce qu'il dit, qui vault autant que, Selon son dire : comme en ces autres locutions, À ce que j'en ten, A ce que j'en ay ouy , A ce que j'en puis veoir.
Obs. 5. Encores ne fault-il pas oublier cest accord de lx avec nostre de : c'est que nous disons Henri Estienne de Paris, pour Parisien ; comme on dit en grec MiXcov 6 ix KpoTMvoç , au lieu de MiXcov 6 KpoTwvtàr^ç , et une infinité d'autres semblables.
Obs. 6. De il je viendray à 1*1, qui est aussi une préposition qui ha grand cours ( respondant à nostre sur), et mesmes en significations diverses : l'une desquelles est quand lui dénote charge, comme ô èic\ twv «tto^^twv,
b iiti tcov l^totoXcov , 6 liti twv âiroxpifjiaTCdv, 6 £ir\ twv Çev(u>v (que nous appelons aujourdhuy mareschai des logis). Je di que nous donnons à nostre sur ceste mesme signification en quelques façons de parler : comme quand nous disons, Il est sur toute la maison ; ou, Il est sur toute l'armée; ou , il est sur les finances : au lieu de dire , Superintendant des finances.
Les Latins se sont aidez d'une autre préposition pour signifier telles choses, asçavoir a ou ab : comme ab epistolis, a secretis, a pedibus. Toutesfois Q. Curce s'est monstre plus hardi que les autres (comme aussi en quelques autres endroicts) à imiter la façon de parler grecque, usant ainsi de super somnum*.
Obs. 7. Geste préposition èni 2 est encores en deux autres usages conforme particulièrement à nostre langage. Le premier est celuy que nous voyons en ce passage de Lucian: en la fin du dialogue 1 où Amour prie Jupiter de luy pardonner , iit\ toutou; ciutoïç à<pi\ui <re : item en cest autre qui est vers la fin de son Symposium, hA toutou; SisXuôyj to (iu{X7coaiov ; car on peult veoir que èizi se prend en ces deux passages comme nous prenons nostre sur, quand nous disons , Sur cela il prit congé de luy. Ce qu'on dit autrement en vieil françois, Et à tant il prit congé de luy.
i. Je ne trouve pas cette expression dans Q. Curce; mais j'y rencontre en effet plusieurs acceptions notables de super, particulièrement , YI , 1 1 , et VIII , 4 , à la fin ( édit. Lemaire).
2. Les deux éditions de la Conformité portent ici 1% : mais c'est une méprise évidente.
l . C'est le deuxième des Dialogue* des dieux.
Le second usage de ceste préposition est tel qu'en ce passage de Xenophon ln\ icavri S' aùxÔS X^e ft ; comme eu françois , Et sur tout dites-luy bien , ou , Et sur tout advertissez-le bien que , etc.
Obs. 8. Je toucheray aussi un mot de perd, c'est qu'il me semble qu'ainsi que nous usons de nostre après (qui luy respond en sa signification ordinaire) quand nous disons. Il est après pour en sçavoir des nouvelles, ainsi a dict Homère , Odyssée , S. : ÔS' 2&) (aet& 7caTpb; dxou^jv 'Eç IïuXov fya&irflj •$* Iç AaxfiSatfxova Sîav.
Obs. 9. Ce ne sera point mal faict d'advertir aussi touchant la préposition avec : asçavoir qu'elle ha un usage conforme au grec, en ceste façon de parler, Avec demain (qui est usitée en quelques confins de la France) , au lieu de dire, Demain estant venu, ou simplement, Demain. Car nous trouvons en Thucydide , Xenophon, et les autres bons auteurs ordinairement, 5|/.a tyj jjuipa, et £pa xv£pa, et £pa tt£w (comme qui diroit mot pour mot, Avec l'aube du jour) pour Dès l'aube du jour, ou , Dès le poinct du jour. Et mesmes le bon homme Homère a monstre le chemin aux autres quant à ceste locution , usant ainsi de <V faï en adjoustant <paivofxév7)<pi , en ce passage qui est au dernier livre de Y Iliade, — âffx' faï (fatvofxévrjcpi 'Ctyeoti auxoç ofycov. Au lieu de ce qu'il dit ici , #fi.' fat <patvojAe'vY)cpi , il avoit dict en un autre endroict du mesme livre, ktifa ©avet'r,. Semblablement a-il dict, â[{Aa o' faXtio xotTaSuvTi. Jliadis t.
J'ay aussi observé un mesme usage , et en mesmes
1. J'ai cherché vainement cette locution dans l'auteur cité; les Index ne la donnent pas non plus. Je lis seulement vers le commencement du liv. VI de la Cyropédie : èiz\ toutoiç kôUti KvpoçeiTtev..... 'Etù rcavxi se trouve d'ailleurs chez Thucydide, employé dans le sens de surtout, que signale H. Estienne ; voy. le discours de Diodote , III, 45 (édit. Gail),
locutions , de la préposition <ruv : à laquelle aussi respond nostre avec ( car nous exprimons nostre avec quelquesfois par cum, et mesmes le plus souvent ; autresfois par una cum; aucunesfois par una seul); et qu'ainsi soit, Theocrite commence ainsi un sien idyllie 1 ,
"HXuÔsç , a> îpiXe xoupe , xpiry] ciùv vux-rt xott àoî...
Les Latins ont usé semblablement de leur cum avec cest ablatif luce 9 adjoustans toutesfois prima: car Terence et Ciceron ont dict cum prima luce en ceste signification 2 .
Obs. 10. Ceste observation ha le dernier lieu par oubliance : car si elle me fust venue en mémoire , je l'eusse mise la première ; mais il n'y a plus de remède, la copie du précèdent n'estant plus entre mes mains , pource que ceci s'imprime faict à faict que je l'escri.
Mais pour l'ordre , il n'y a pas grand mal. Ce dont je veulx advertir, c'est que comme les Grecs laissent souvent à entendre des prépositions, et entre autres xaxà , &ià, et quelquesfois aussi (astoc, si j'ay bonne souvenance : ainsi nostre langage omet en certaines façons de parler les prépositions ; et principalement ha coustume d'omettre son après, quand elle dit , Estre venu, Avoir disné, pour Apres estre venu, Apres avoir disné.
1. C'est le début de l'idylle, placée la xn e dans quelques éditions et la xxix 6 dans d'autres , notamment dans YAnalecta de Brunck, in-8°, 1772-1776, t. 1 er , p. 367.
2. Voy. Cicéron , Epist. ad AU. , IV, 3 ; et Térence , Adelph. , V, 3.