‹ Conformité du langage français avec le grecChapitre 229 sur 256 · On trouvera ce tour dans Racine, Britann., III · texte numérisé non relu

On trouvera ce tour dans Racine, Britann., III

Tant d'horreurs n'avalent point épuisé son courra» , Madame ; il me restait d'être oublié de tous.

2. Budé : c'est une allusion à l'opinion qu'il a exprimée, p. 841 de ses Commentaires de la langue grecque (i r * édit.) , et contre laquelle H. Estienne nous semble avoir effectivement raison. On remarquera toutefois que le dernier sens donné parBudé n'est que fort peu éloigné de celui que met en avant H. Estienne.

toioÏÏTov otov. Laquelle subaudition (j'use du mot des grammairiens) est si accoustumee, que quiconque la trouvera estrange, monstrera qu'il est bien nouveau apprenti. Mais pour venir aux exemples , Demosthene , en l'oraison contre Midias, âvdtYvcoôt S' auxov (xotXaéwv

tov tîj; Bêpctoç vô'f/.ov • ouSlv yfcp oîov àxousiv aÙTOU too

v(/{xou. Ici, suivant l'opinion de ce bon personnage, ouSèv oîov signifie Bien n'empesche : et moy je pense que c'est-à-dire , Il n'est rien tel que, etc. Et s'il est besoin d'exemple pour nous remettre en mémoire l'usage de ceste locution françoise, souvienne-nous que souvent nous parlons ainsi, On a beau y envoyer des serviteurs, il n'est rien tel que d'y aller soy-mesme ; ou (comme disoit un jour un certain personnage 1 ), On a beau dire qu'il fault sçavoir du latin pour parvenir, il n'est rien tel que de sçavoir du passelatin 2 . Ainsi est-il de l'exemple de Demosthene que je vien d'alléguer. Car ayant commencé à déclarer l'intention de la loy , se tourne vers le greffier, et luy dit , Mais lisez-moy la loy , car il n'est rien tel que de l'ouir : comme s'il disoit, Quelque explication que je vous sçache donner de la loy , encores n'est-il rien tel que d'ouir ses propres parolles ; ou (comme aucuns parlent) , ses parolles formelles. Or, si cette in-

1 . La première édition porte ici , au lieu de ces trois derniers mots : un vénérable evesque.

2. En d'autres termes, c'est de savoir quelque chose de mieux que du latin (un passe-Cicéron , voit-on dans le Dictionnaire de Trévoux , signifie un orateur plus éloquent que Cicéron ; La Fontaine a usé de ce mot, Fabl., VI, 19) : on dirait aujourd'hui , dans le même sens, il n'y a rien de tel que d'ajouter au savoir, le savoir-faire , ou, si l'on aime mieux, de faire valoir son mérite par cette science de l'entregent que recommande Montaigne. Déjà l'intrigue, à cette époque, valait mieux sans doute , pour parvenir, que l'instruction.

terpretation de oMèv oTov confient fort bien à ce passage de Demosthene, aussi fait-elle à cestuy-ci d'Aristophane 1 , i\X o&ttv oTjv Sot' âxouetv tcov éirôv : et ne convient pas moins aussi à cestuy-ci de Platon , à rentrée du Gorgias, ouSiv oTov to aurov IpwTïv , 2 ScoxpaxEc Car c'est autant que s'il disoit, Il n'est rien tel que de l'interroger luymesme , sans en parler d'avantage. Que s'il se trouve quelque passage auquel ceste signification de oùSèv oTov semble estre aucunement diverse, il ne s'ensuit pas que ceste-ci ne soit la vraye et naturelle.

Ayant parlé de ou$iv oTov, il ne viendra pas mal à propos de traicter d'une façon de parler par toioutov, qui est fort familière à Thucydide ; sçavoir est ?jv U ti x«l toioutov : laquelle je trouve dedans Lucian aussi, vers la fin du dialogue intitulé Zsoç éXeYX°V 6V °C) où il dit,

'Eyw $è, ci jjiv ti xott toioutov Iotiv , eïuofxai to aaçèç ineiSkv

jiroOava). Je di donc que ?v M ti xai toioutov respond mot pour mot à ce que nous disons , Il estoit quelque chose de tel. Il est vray que nous en usons autant ou plus souvent avec la négation , disans, Il n'estoit rien de tel , ou, Il n'est rien de tel: comme, On m'avoit fait entendre que, etc., mais j'ai cogneu par expérience qu'il n'estoit rien de tel; c'est-à-dire, Que de ce qu'on disoit , il n'en estoit rien : car il fault entendre , Rien de tel qu'on disoit, ou, qu'on a dict. Au contraire si je parle ainsi , Le bruit a esté qu'il a voit assemblé grands deniers en intention de faire guerre; et à dire la vérité, il estoit quelque chose de tel : c'est autant que si je disois, Gela estoit vray en partie , Cela n'estoit pas du tout faulx.

1. Dans les Oiseaux, v. 967 (édit. Didot). On y lit ; otév £<?t' àxoyffs»... Cf. sur cette locution le Trésor grec, nouv> édit. , t. V, col. 1829.

Ce qu'on dit autrement, Il en estoit quelque chose, ou , Il y avoit quelque chose de tel. Ainsi use souvent Thu* cydide de ^v U ti xal toioutov : à quoy il semble que ses interprètes n'ayent bien pris garde.

Tout d'un train j'advertiray de ceste manière de parler ou /eïpov, qui se joind aussi à un infinitif, et se prend ainsi qu'en françois , Il n'y a point de mal : comme, Mais il n'y a point de mal de parler à luy , au lieu de dire , Ce sera bien faict de parler à luy; ou par interrogation, Quel mal y aura-il de parler à luy? Mais il fault noter qu'en la locution grecque, x*?pov se met pour xaxov, comme aussi nous mettons pire pour mauvais, quand nous disons en parlant par ironie, Vrayement voila qui n'est pas pire.

Ce mot ici pire, duquel j'ay dict que nous Usions quelquesfôis par ironie, me ramentoit ceste façon de parler grecque 5' yaOé, et 5 PêXtkttê. Car nous disons ainsi aucunesfois par ironie , l'homme de bien 1 l'honneste homme ! Et comme Lucian dit i\ pùxtavn irevfa, et ^ fkXt(<ttv) TtoBdy poL 1 , et autres tels, ainsi disons-nous souvent, La bonne dame. Il me semble aussi que , quand nous disons , Vous estes un merveilleux homme , ce merveilleux convient fort bien à ce que les Grecs disent ordinairement, 5 5<xu(AtK<Tie ; et principalement quand il se prend en la façon que Xenophon a pris en un passage de son Ânabase V 2 S-au^aaTOTaTou

Je trouve que nostre langage ha conformité avec le grec en plusieurs autres idiotismes, comme quand nous adjoustous sans qu'il soit besoin, Afin que vous le sça-

1. Voy. Timon , c. 36; et le traité des Gens de lettres qui se mettent aux gages des grands , c. 39.

2. C'est dans le V chapitre du VII* livre : cf. ibid., III, 1.

chiez , Afin que vous ne vous abusiez. Theocrite , en son xv c idyllie ,

îlaactaevo^ iictraafft" Svpaxoffiaiç iTCitaffaeiç;

'Qç elSîjç xa\ touto, KopMhai elpèç dfvwOsv, *£!<; xal, etc.

Et ce que nous disons ordinairement, Sçachez que , etc., Je vous ad vise que , c'est le e3 faOi des Grecs.

Quant à ceste autre façon de parler , Afin que vous ne vous abusiez, nous l'exprimons aussi par l'impératif, non tant par forme de commandement toutesfois comme d'advertissement , quand nous disons, Ne vous abusez pas, ou, Ne vous y abusez pas. Laquelle façon de parler se trouve en saint Paul mot pour mot, et ayant un mesme usage , ou je suis grandement deceu : premièrement au vi e chapitre de la I re epistre aux Corinthiens, Mjj icXavSaOe, ouTeiropvoi, etc. Et puis au chapitre vi de r epistre aux Galates, w 7tXav5<rôs, 0eo« où |ÀuxT7)p(ÇsTat. Et afin qu'on ne pense que saint Paul ait usé de ceste locution sans exemple (suivant ce que j'ay dict cidessus, qu'aucuns à tort et sans cause trouvent estrange le langage du Nouveau Testament en plusieurs endroicts), j'allegueray un passage qui nous servira d'un tesmoignage authentique. Ce passage est de Philemon, comicque ancien, contenant une fort belle doctrine , pour estre sortie de la bouche d'un homme payen * :

Et fàp ô Si'xaioç xal tifcsâ^ç IÇooffiv êv , ^AptcaÇ' (SitsXôwv, xX&rt 9 , diçoorcépet , xuxa. Myjààv wXavTjÔr); • 2<m x£v $$ou xpfotç,

xivTCp 7TOt^(J£l 06OÇ Ô TTOtVTWV $earTTOT7)ç ,

OS xouvofxa (poêepov , où8' âv èvo\tM<soa^ èfû.

1 . Ce passage , cité au nombre de ceux qui nous restent de Philemon, n'est pas toutefois considéré comme authentique : voy., à

En lisant aussi ce passage d'Aristophane, en ses Gre*

nouilles, El (jd) xataôifaeis Suo Spa^f/A;, \tà\ ^taXeyou , il me souvient de ceste façon de parler que nous avons , Si vous ne m'en voulez payer autant , ne m'en parlez plus. Pareillement en Usant cestuy-ci de Theocrite 1 :

M^J [j,va<T7)ç, ropyo?' itXsov dtpyupui) xa6apw fxvav, *H Suo.. . Il me souvient de la locution de laquelle on use quand on parle de quelque chose qui ne va pas ainsi qu'on vouldroit : comme, Ne m'en parlez point, vous avez faict un fol achept 2 ; ou, Ne m'en parlez point, j'en ay trop payé ; ou , Ne m'en parlez point , c'est un mauvais homme. Il est vray qu'au contraire aussi , quelquesfois , on use de ceste locution en parlant d'une chose de laquelle on reçoit contentement.

Au mesme idyllie de Theocrite, duquel je vien d'à* mener un passage, je trouve plusieurs autres idiotismes correspondans aux nostres : et premièrement ceste fin du vers qui précède celuy que j'ay allégué, woVoko xattôotToi dcp'îdrw; s'accorde fort bien avec ce que nous disons, A combien vous revient ceste toile?

Item, un peu après, Sdtxpu' ôWâ&ctç, Crie tant que tu voudras, Crie tout ton saoul.

Item , «fcpuyfa , tov fxixx&v icaïçSe Xaêoîca , et en la page précédente , tw jjuxxw napeovToç , en omettant itoûSa et -nraiSd; : ainsi que nous disons, Le petit, omettant le substantif enfant.

Item, o> £eo\ , &t<jo; fyXoç * Mon Dieu, que de gens ! ou , O mon Dieu , que de gens ! Et comme aussi les Grecs

la suite de l'Aristophane de Didot, les Fragments de Méoandre et de Philémon, p. 132.

1. Ce vers est dans la XV e idylle, précédemment indiquée, et qui va fournir encore plusieurs citations à H. Estienne.

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