Les éditions plus modernes portent ici ACvava xoiavTa
Aussi font-elles aujourdhuy la mesme peur à leurs enfans (quand elles ne les veulent mener avec elles) que
nous voyons ici, — oôxa£tOTu,Tè'xvov • {AOpfxà>* Sàxvetfonçoç.
Il sera bon (ce me semble) d'adjouster à ce recueil des locutions de Theocrite , un recueil de quelques locutions d'Homère, semblablement conformes aux nostres: et puis je viendray aux autres qui sont communes à tous , ou pour le moins à plusieurs auteurs grecs. Nous disons ordinairement , Qu'on me couppe la teste , ou , Je veulx avoir la teste coupée si , ou , au cas que , etc. Ainsi dit Pandarus en Homère * ,
AùtiV IratT' an ipeto xdpvj Tapioi aXXoTpioç cpà>ç , El [/.^ iyà) tàSe ToÇa cpaetvto Iv icupl Seirjv.. .
Et Ulysses, parlant à ce vilain Thersite ,
Mrp&T' liçeiT' 'O&ucrîjï xaprj wfxotaiv Iiretr,,
M^S' ht Ti)Xe[A<xj(oio , etc., El fi.*)) sfw <re Xottfwv, etc.
Item , Xeïpaç àvaa^ofxcvot yikto *Ex9avov : comme nous disons, Il me fait mourir de rire.
Item, aXXo Si toi Ipéca, se trouve souvent en ce poète , en la mesme façon que nous disons , en changeant de propos, ou proposant quelque nouveau advisou conseil, Mais je vous diray autre chose. Et mesmes comme il ha coustume d'adjouster, au S' Ivl <ppsal {tâXX&o <nj<rt, aussi adjoustons-nous ordinairement, Et pensez-y : tellement que "AXXo 3é toi ipea), <A S' éVt cppecrt pctXXeo cry,<ji 2 ,
1. Iliade, V, 214. La seconde citation est empruntée au II* chant du même poëme , v. 259 et suiv. ; la troisième à V Odyssée, XVIII, 99.
2. Voy. notamment ce vers Iliade , 1 , 297 , IV , 39 ; Odyssée, XI, 453.
respond à ce que nous disons souvent, Mais je vous diray autre chose , et pensez-y.
Item 9 *Oç toutou ftfXoç wxu xi^H-cvov iTpa-nev dfXXv) 1 , comme nous usons de nostre rencontrer. Car nous dirons d'un traict, d'une pierre, d'un boulet, Il a rencontré un tel.
Item, //., S, vers le commencement, Kal vuv IÇtaou- (jev ôïofMvov 5avica0ai. Gomme nous disons, 11 pensa mourir, ou , Il en pensa mourir : au lieu de dire , Il fut en danger de mourir, ou , d'en mourir. Et ce éïdfx£vov est bien plus aisé à entendre , en le rapportant ainsi à nostre verbe (qui signifie aussi proprement ce que signifie proprement le verbe grec), qu'en s'amusantaux expositions des grammairiens.
Item, II. j Ç , 'H (liv &)) irpOÇ T6Ï/OÇ l7C£lYOfjiv71 â(ptxàv£i,
Matvo(AevT} slxuîa : comme nous disons , Elle enrage de le veoir.
J'ay toutesfois observé quelque autre exemple grec de ceste locution, lequel est plus propre; mais il m'est eschapé de la mémoire.
Item, IL, x. Eiao'x* dêûT^ *Ev avffixsvi jxévy) , Tant que Tame me bâtera au corps. Ce que Virgile aussi a imité *.
Item , //., 5. 'Eitel ou sept Xiôoç XP**^ > ou ^ ffi^poç , Ils ne sont ni de fer ni d'acier, non plus que les autres.
Je sçay bien qu'autresfois, en lisant ce poète, j'ay pris garde à plusieurs autres façons de parler conformes aux nostres ; mais d'autant que lors je n'avois pensé à ceste entreprise, je n'en ay point faict de provision.
l. Iliade, V, 187.
i. On lit en effet dans l'Enéide, IV, 336
Dum spiritus hos reget artus.
Maintenant je me fie bien tant de la diligence des lecteurs studieux de ces deux langues, qu'ils ne se contenteront de ce petit recueil, mais l'augmenteront euxmesmes en lisant cest auteur.
A propos de ceste façon de parler de laquelle j'ay faict mention n'agueres , Mon Dieu , que de gens ! j'advertiray aussi de la conformité qu'ha nostre locution avec la grecque, quand nous disons, Pour Dieu, dites-moy , ou, Pour Dieu, respondez-moy ; ou, pour Dieu, faitesraoy ce plaisir d'aller la; au lieu de dire, Je vous prie pour Dieu. Lucian , en son Toxaris, ivvoY|<rov xoivuv, rcpôç 3ecov , ffvTtva av tiç àXXirçv eirtSetÇtv lirtSefÇaiTO eùvôfaç Pe€aioT£pav.. .
Thucydide use , plus souvent que nul autre, de ceste façon de parler veov ?i, en la mesme façon que nous disons, Quelque chose de nouveau; comme au V e livre,
t&cce tïoXXÇ 89) jjlSaXov iitecpofor)VTO itavTeç , xal ISôxet tt veov
eaeaôat, Ainsi que nous dirions, Et pensoit-on bien qu'il y auroit quelque chose de nouveau. C'est-à-dire, Quelque changement, ou, Quelque remuement de mesnage.
Comme ceste locution-la se trouve plus en Thucydide qu'es autres, aussi en voici une que j'ay trouvée plus souvent en Xenophon qu'en nul autre, si j'ay bonne mémoire; c'est eux Sv Sei-aCfjivjv suivant avtt: laquelle correspond mot pour mot à la nostre, Je n'en prendrais pas, ou , Je n'en vouldrois pas tenir. Xenophon, en son Symposium, Oùx £v 8s!;aio t& paffiXè'ojç ^p^ata dhrtt toïï utou. Le mesme auteur, au livre VIII de sa Pœdie,
Asyetou 6 Kupoç epeaOoci tov veavwxov si oe^atT* àv paaiXeiav àvxl tou frrwou. Ainsi disons-nous, Je n'en prendrais pas dix escus , ou, Je n'en vouldrois pas tenir dix escus. Item» Je n'en prendrais pas tout l'or du monde.
A propos des idiotismes desquels nous parlions n'a-
gueres, il y en a un merveilleux en Thucydide, où il use de wdtvTa en une signification extraordinaire , telle que nous donnons à nostre tout. Mais ayant que la déclarer, je veulx monstrer quelques autres usages de ce mot qui ne sont pas si estranges que cestuy-la , esquels nostre langue ha semblablement convenance ou communauté avec la grecque.
Comme les Grecs disent ordinairement ttSv toôvqcvxiov, ainsi disons-nous, Tout au contraire: ce que la langue latine ne pourroit aucunement porter ; car que seroit-ce à dire totum contrarium î
Item , comme eux usent souvent de ceste manière de parler xb irSv âtoupépet , ainsi usons-nous de ceste-ci , qui est correspondante mot pour mot, 11 s'en fault tout
Item, ainsi qu'eux usent de ce nom au nombre pluriel après les noms appelez numeralia, disans fort £ex<x iravxa , ou t& icàvTot , OU étal Séxa Tràvteç , OU ot itavTeç :
ainsi usons-nous de nostre tout, quand nous disons, Il y en a dix en tout. Or l'exemple que je donne de ce nombre-ci, doibt servir pour exemple de tout autre nombre. Et fault noter que quelquefois le nombre est mis en la lin : comme en ce passage de Thucydide 1
ôtcXi'tgcic Bk toïç £u|j.ira<Jiv ixorçov xot( 7tevxaxtoy tXfoiç , ToÇoraiç 5è toîç 7t3<jiv oySo^xovTa xa\ Tetpaxofftoiç.
Item fault prendre garde à ceci , c'est que souvent aussi ce mot toxvtsç ou &çavTeç , soit devant le nom numéral , soit après , ha un autre usage : lequel toutesfois se trouve aussi bien que l'autre en nostre langue. Platon , en uoe epistre *, Tauxïjv x^v liri<rcoM|v icavxaç byMç
1. VI, 43 (édit. de Gail). H. Estienne donne plusieurs autres exemples, également empruntés à Thucydide et analogues à celuilà , dans son Trésor grec , ancienne édit. , t. III , col. 48.
2. Cette lettre est la sixième du recueil des lettres de Platon. Il l'adresse à Ermias, à Eraste et à Corisque. Le texte donné ici
( 181 ) Tpcïç Atac âva^vcovai ^ , paXtcrra (jièv dSpoouç , d Se pri| , xati Suo , xotv9). Ainsi dirons-nous , Il fault que vous la lisiez tous trois ensemble. Xenophon , au livre II de la
Pœdie , IIs7rofo)X£ SI xa( toIiç SwSexa âfwavTaç toioutou; ,
comme nous dirions , Il les a faicts tels tous douze.
Item , oultre ce que j'ay dict au premier livre, au chapitre de la Préposition, que Xenophon usoit de 1*1 7ravT(, tout ainsi que nous disons sur tout (comme, Et sur tout remonstrez-luy bien cela) , il fault noter qu'il dit aussi en quelques lieux lv nSat et lv ftraai (comme en la page 50 et 63 de mon édition) en mesme signification (ce me semble) que lia wavrf.
Item , comme nous disons , C'est mon tout (pour signifier cela sur quoy nous mettons tout nostre appuy , ou dont nous attendons recevoir , ou mesmes recevons toute la commodité que nous pouvons espérer) , je trouve que semblablement Thucydide a dict au livre VIII , en la page 293 de mon édition , Euêota yàp aÙTotç, dhtox6xXetc{itëV7)ç rt\ç 'Arcix9ic, irav*c« 3jv.
Je vien à l'idiotisme que j'ay dict estre merveilleux en ce mesme auteur : c'est-à-dire, auquel idiotisme ce îcavTa se prend en une merveilleuse et estrange façon ; laquelle toutesfois se trouve toute telle en nostre langage. Voici le passage , tiré du VII e livre, en la page 263 de
mon édition , IlavTa Te ttoiouv-cwv aurwv Sii arevo^coptav év tw auTw, xa( npoçeri xwv vexpcov Ôjjlou lit' àXXqXoiç ^uvvcvr,-
[xévwv , etc. Je di que ce ravxa est cousin germain du tout duquel nous usons en disant (sauf l'honneur des lecteurs), Il a faict tout dedans ses chausses; Il fait tout au lict. Et en parlant d'un petit enfant, Il fait encores tout soubs soy. Toutesfois si j'avois à traduire ce
par H. Estienne est conforme à celui de Bekker, mais s'écarte de quelques autres éditions, en particulier de celle de TauchniU.
passage-la en nostre langue , pour oster toute ambiguïté et parler plus généralement, je dirois, Faisans toutes leurs nécessitez en un mesme lieu.
En l'un des passages d'Homère que j'ay amenez cidevant, il y a une façon de parler hyperbolique (asçavoir fùtû fxôavov, comme nous disons Mourir de rire), laquelle m'a faict souvenir de quelques autres, qui s'ensuivent. Comme nous disons Mourir de peur, ainsi ont dict les Grecs devant nous , t£> <?6€<p , ou tw Uei àm>- XtoXlvott. Xenophon , au commencement du VI e livre de la Pœdie, y Evô<* 5^ 6 Kupo* YtYva><rxwv foi 6 TaWxaç rcdtXai âiroXcoXei tw çpc'&j> \k\ Xuôefo) i\ arrpaTia. Et au mesme livre , en la page 9 1 , xotTa8ueaôai 8' fcico Ttfc aîcr^uvTjç , dhroXo)- Xsvai Si tw ç<të<j> p^ xt xa\ Ttaôi) înrb Kupou. Demosthene aussi (si j'ay bonne mémoire) a usé de ceste façon de parler 1 . Lucian pareillement a dict à l'imitation des autres, en son Toxaris, 'Eyw & wpogTeOvifceiv Ifin tw Scsi.
Item quanta ceste façon-la de parler que nous voyons au second passage que je vien d'alléguer de Xenophon, asçavoir xocTotSusaOai & Otto tyjç cdayyvw , il fault noter qu'elle est du nombre de celles desquelles j'ay commencé de traicter, qu'on appelle Hyperboliques, et qui sont en usage en nostre langue semblablement. Or , devant qu'amener autres exemples, voyons cestuy-la qui est en ce passage du VI e livre, ôçte tov 'Apcxonrav woXXà jxlv
SotxpJttv ôito XuTnrjç, xataSusaôai S' ôico tyjç cd(r/yYir\ç , dÊ7ro-
XwXlvai 5è tw ^(o, etc. ; et un peu après, i^ï B\ fyr), xalot ofXXot av0po)7roi xataSuouai tw àyei. Lemesme auteur, au livre VII e de son Anabase, en la page 246, TE-po jxJv,
t. 11 a dit, en effet, têôvôUxï tû 8sei et teOv&ri tm ço6o> voy. le Démosthène de Reiske, p. 53 et 366.
àxoucov TatîTa. Item au mesme livre, en la page 232,
'Eyà filv totvuv eu^opai, irp\v tauta irciSsïv fcçp' j)pu«jv yevô'fAeva, puptaç éjxi y 8 xat& ^ y^k 6 p yu t àç ye v^<x6a t . Je di qu'en lisant ces passages , nous devons nous souvenir de ces façons de parler , Je vouldrois estre cent pieds soubs terre ; J'eusse voulu estre cent pieds soubs terre; Je me fusse volontiers caché cent pieds soubs terre. Car ces façons de parler sont conformes, premièrement en gênerai, à toutes les grecques que j'ay alléguées cidessus, quant au sens, et puis spécialement à la dernière, quant aux parolles.
Item je trouve en Homère une hyperbole semblable à celle que j'ay annotée cidessus du verbe à'itoicvfyetv. Je di semblable quant au sens : car comme les Grecs disent àiroTtv^eiv, et nous estrangler (quand nous disons, Il m'a pensé estrangler), au lieu de Tanser bien rudement, et avec grosses parolles et injures : ainsi ils parlent de wjàov xaTocpaysiv (comme nous disons, Manger tout cru) celuy qu'ils hayent 1 . Xenophon , au IV e livre de YAnabase, vers la fin , Toutou; , rjv itu>ç ouvwjxeôa , xat wfxoùç Bti xaracpaYEÎv. Mais il fault noter que ceste façon de parler est encores bien plus ancienne que depuis le temps de Xenophon : car Homère mesme en use , dont je ne doubte que luy ne l'ait prise. Le passage est au IV« livre de Y Iliade :
El Se (rf y', elçeXOooffa ïcuXaç xat Tefysa (xaxpà , 'Qixov peêpwôoiç npiafxov Ilpiotfxow te 7taîSaç , "AXXooç Te Tp&aç, Tore xev /oXov éijacxsaaio.
1. Cette forme, après avoir seule existé, avait encore cours à la fin du xvi" siècle, concurremment avec celle de haïssent. Alors , comme on le voit par le Grand Dictionnaire françois-latin, imprimé à Rouen en 1628, in-4°, on disait encore hayons , hayent , hayois , mais préférablement haïssons , haïssent , haïssois.
Je vien à des autres hyperboles, qui se disent aussi par forme de proverbe; et premièrement, ainsi que pour déclarer que les empeschemens ne nous laissent aucun loisir, nous disons, Je n'ay pas le loisir de me moucher, ou , de me gratter l'oreille, ainsi a dict Lucian au commencement de son A\< xctTTiYopoufxevoç : Oufê &ov xvifaaaOat too3ç (cpaal) ax°^i v iyw. 11 a dict aussi en un autre passage , o&& voaetv oxoXàÇouai * , Us n'ont pas mesmes le loisir d'estre malades.
Item, comme nous disons quand on nous ennuyé de quelque propos par nous le réitérer souvent, J'en ay les oreilles rompues , ainsi dit Lucian au mesrae endroict ,
éXfyou Ssîv t& (OTa éxxexcotpwrai icpoç tûv Ivo^Xouvtwv xatà /peCav ttjç (xavrixTic Et en l'epistre intitulée Of 7rXou<noi Kpovto yatpetv *, Ou-/t Se xai 6 Zsùç ^ovj exxexuKpcorat Trpoç aùrwv avaSocovrcov , xa( , etc.
Aussi y a-il de l'hyperbole en ceste façon de parler, Je le mené par le nez; au lieu de dire, Je fay de luy ce que je veulx , ou à mon plaisir ; je le fay renger à tout ce que bon me semble; Je le manie à ma poste 5 . Et que nous ayons pris des Grecs ceste manière de parler aussi, il appert par plusieurs passages de Lucian, et par ceux-ci entre autres. Au dialogue où sont introduits Juppiter et Juno*, aou [iiv x«\ irdlvu oStoç y 6 Seffwd-nfjç Ictti • xal dfyei <re xoti cpspce, t9jç {hv<fc (cpouriv) SXxwv. Au dialogue intitulé Hermotime, el 8k ^, e3 Ï<x8i wç où&v xtoXuœi <re
1. Voy. Nigrinus , c. 22 , à la fin. Quant à la citation suivante, elle est empruntée au dialogue, précédemment indiqué, la Double accusation , c. I .
2. Le titre latin de cette œuvre de Lucien est Epistolœ Saturnales : le passage cité appartient à la IV épttre.
3. C.-à-d. convenance. De là encore aposter des témoins, pout les faire parler suivant son intérêt ou sa passion.