C'est le sixième des Dialogues des dieux
( 185) -rtjç £ tvoç IXxe<rô«i ôcp 5 lxa<rn*>v , ^ 3aXX5» Trpo§6i^6evTt axoXouôeîv, ôçirep xà 7tpo6aT«. Au dialogue appelé <ï>iXo<j/gu&fc * : K^Yjvôreç drcsvèç , irpoçefyov aÙTw ylpovTac avSpeç , êXxofxsvoi tîjç ftvtfc. Et l'invective qu'il a faicte contre un ignorant qui acheptoit force livres 2 , xal yàp oux oT$' oroaç £8f<rroç et t^ç f ivoç £Xx£<rôai , xai 7tiffreueiç aûxoîç &ravT«.
Il y a aussi le plus souvent de l'hyperbole en ces façons de parler qui sont aucunement proverbiales, Les cheveux me dressent à la teste de peur; Il clacque les dents de froid : comme aussi quand on dit , Il gelé à pierre fendant. Je ne di pas qu'il y ait tousjours de l'hyperbole; pource que ce sont choses qui peuvent, et mesmes qu'on veoit advenir quelquesfois , que les cheveux dressent à la teste de grande peur qu'on ha : et souvent aussi on clacque les dents de froid ; aussi on veoit la gelée fendre les pierres. Mais souventesfois pour exprimer une fort grande peur, on adjouste ce dressement de cheveux, encores qu'il n'en soit rien; et pour monstrer un froid extrême, on le defteind par ce clacquement de dents , encores qu'on ne les ait point clacquees ; et pour donner à entendre comme il gelé asprement , on adjouste ce fendement de pierres. Tant y a que je trouve que telles façons de parler ont esté paravant en usage entre les Grecs. Et premièrement , quant aux cheveux qui se dressent de peur, Lucian , en son
Philopseudes , 'Opaxe, 6<py], &rwç f<ppt£a , <o <p(Xoi, |jieTa£î> SiTjYoufxevoç ; xa\ âffxa Xéyojv , I8e(xvuev ô EùxpaTTjç xàç ciel
1 . Le Menteur ou l'incrédule ; ce dialogue est , du reste , bien moins dirigé contre les menteurs, que contre les philosophes du temps de Lucien , qui admettaient et propageaient volontiers les plus folles superstitions.
1 . Cette satire est dirigée contre un homme riche dont la manie eût dû trouver grâce aux yeux d'un homme de lettres : Lucien avait sans doute quelque motif d'être son ennemi.
tou it^-/eo<; Tp(/a< irSciv àpôfcç uiro tou <po'£ou. Et COmbtaJtet
est ancienne telle manière de parler, nous le pouvoalip cognoistre par Homère , qui en a usé ; comme ans» wtl ça les poètes latins après luy 4 . | £j
Quant au froid qui fait clacquer les dents (que nous disons quelquesfois Trembler à clacquedents) , nom trouvons ceste locution dedans ie mesme Lucian mot pour mot , en son KaTdfacXooç ^ Tupavvoç 2 , où le p<we
Micylle dit, Oùx fri ô *axo$ai|/.wv Iwôev eç éariripav aanoç ûia(A£vo), oûSè tou ^«ijAtovoç àvurcooVcoç xe xal ^{jLiyufiv^ 7cepivo9T^ob» y touç Ôôovra; ôrco tou xpuouç cuYxpoTtov. Or, si j'ay bonne mémoire, ce mesme auteur, en quelque endroict, dit aussi touç ooovTaç utto tou Séouç auyxpoTsïv, ou Otto tou çdêou 8 : c'est-à-dire , Clacquer les dents de peur.
Quant à ceste façon de parler , Il gelé à pierre fendant (en laquelle aussi nous devons observer une application estrange de ce participe fendant) , il ne me souvient pas bonnement en quel auteur grec je l'ay leue; mais j'ay bien mémoire d'un passage d'un comicque latin nommé Afranius 4 , Quis tu es, ventoso in locosoleatus, intempesta nocte sub divo, aperto capite, silicem quum findat gelus ?
Voici une autre sorte d'hyperbole plaisante. Nous disons d'une viande apprestee fort Mandement, Vous en mangeriez vos doigts ; Ils en ont cuidé manger
1. Voy. Homère, IL, XXIV, 359, et Virgile, En., II , 774; etc.
2. Le trajet ou le Tyran : espèce de dialogue des Morts , doublement recommandable et par la peinture des caractères qu'il renferme et par son but moral.
3. c'est uito xoO Tpd(iou , sens identique : voy. Jupit. trag. , c. 45.
4. H. Estienne a donné la même citation dans ses Fragmenta poelarum velerum lalinorum, 1564, p. 62.
leurs doigts. Qui penseroit que les Grecs nous eussent appris à parler ainsi? et toutesfois voici de quoy en ce passage d'un poète comicque nommé Alexis , au XII e livre des Deipnosophistes d'Athenee ,
— IïoXùv S* lyù 'E&v TcapaOco goi, 7rpoçxaTi$7) touç SocxtuXouç ,
2auTU> ye ^afpwv.
Et en ce passage aussi d'Aristophane , év nuGayopeioiç , allégué par le mesme Athenee au IV e livre ,
3 E7ce\ icapaôeç auToîaiv fyôûç ^ xpeaç , Kàv fxij xatecrôitoffi xal tobç oaxTuXouç , 'EÔé^w xps{xa(rOat Sexàxiç.
Il me souvient d'avoir leu en quelque autre endroict irpoçxaTsçotYov xal toùç SaxtuXouç. Or, ce qui a donné occasion àceste façon de parler, c'a esté qu'en quelques pays on lèche ses doigts quand on a touché à quelque friandise : mais au lieu de dire , Vous en lécherez vos doigts, tant vous le trouverez bon; on dit, Vous en mangerez vos doigts : asçavoir à force de les lécher 1 .
1 . On pourrait citer encore bien d'autres expressions figurées , communes au grec et à notre idiome. En voici une par exemple : ve<pé>Ti ôçpuwv , nuage de sourcils , de front , pour air refrogné. Nous disons un front nuageux, couvert de nuages, comme Racine a dit aussi : un front chargé d'ennuis. Plusieurs de ces locutions se trouveront dans un travail publié à Berlin en 1826, et qui porte sur le môme sujet que le traité de H. Estienne. C'est une thèse de M. le professeur Arlaud, divisée en deux parties, dont la première est latine et la seconde française: « De gallici sermonis cum graeco Convenientia, » 33 p. in-4°. Elle a paru dans un livret ayant pour titre : « Programme d'invitation à l'examen public du collège royal français, fixé au 17 mars 1876. » L'auteur a profité beaucoup de la lecture de Henri Estienne, comme il le montre en
A propos de viande bien apprestee , nous usons aussi d'une hyperbole qui est venue des Grecs , quand nous disons de quelque viande, laquelle n'ha besoin de demeurer long temps au feu , mais est incontinent rostie, Il ne fault que luy faire veoir le feu , ou , Il ne fault que la monstrer au feu. Or, que ceste locution aussi soit venue des Grecs, leur proverbe t£e mïp acpua 1 , en rend suffisamment tesmoignage.
Il y a aussi de l'hyperbole en ceste façon de parler, Il n'y daigneroit pas toucher du bout du doigt ; laquelle il me souvient avoir lue en quelque ancien auteur grec, et se trouve en saint Matthieu *.
Je vîen tout d'un train à des autres proverbes, qui ne sont point de ceste façon , c'est-à-dire desquels la grâce consiste en autre chose qu'en hyperbole.
Gomme nous disons à quelqu'un qui survient après qu'on a tenu quelque propos de luy , Les oreilles vous eornoyent-elles point (car nous usons en deux sortes de ceste façon de parler)? ainsi disent les Grées, oux iêofxSet (roi t& (otoc ; Lucian , en un de ses dialogues hetae-
riques s , rj irou, u> Ilappivcov , lêdfitêei t&Stoc ôfxtv; dUl yfy iftl(AV7)T0 il xexT7)fjisvif) [kszk Saxpucov.
Item , comme nous disons , Il m'a fermé la porte au
le citant à diverses reprises. Dans ce morceau, exclusivement grammatical , il n'y a même qu'un résumé des idées développées par notre écrivain ; mais les mots et tours semblables que présentent Tune et l'autre langue sont rapportés en assez grand nombre. C'est là l'objet d'une espèce de glossaire qui forme toute la deuxième partie.
1. Voy. le recueil des Proverbes grecs par Schott, Anvers, in-4°, 1612, p. 446. Cet adage répond à celui-ci des Français: aussitôt dit, aussitôt fait.