Préface du Lexicon
( LXTI )
montrait une critique sagement indépendante. Sans manquer au génie du prince des orateurs, objet d'un culte poussé jusqu'à la superstition , il croyait qu'il était permis et même convenable d'effacer les altérations que le temps lui avait fait subir 1 ; à la différence de ces cicéroniens peu intelligents, qui s'extasiaient jusque devant les fautes que l'ignorance d'un imprimeur avait pu prêter au dieu de la littérature latine. Il voulait , quant à lui , bien comprendre pour mieux admirer : le principal hommage qu'il estimât dû aux grands écrivains , était d'apporter à la restitution de leur texte un examen attentif et rigoureux ; de plus , il ne se faisait nul scrupule de relever leurs imperfections ou les erreurs qu'ils lui paraissaient avoir commises. Curieux au reste, en général, déjuger par lui-même, Henri n'acceptait pas sans révision les réputations le mieux établies; et le célèbre commentateur Eustathe, par exemple, n'avait à ses yeux qu'une faible autorité , parce qu'il lui était arrivé de. le convaincre d'importantes méprises.
Cette œuvre , dont nous venons de rendre compte et dont on n'a pas cessé d'estimer l'érudition sérieuse, lui fit, en tout cas, auprès des savants, uh honneur bien mérité ; car le loisir de la composer avait été prélevé sur son sommeil 1 . On apprend par là quelle fut l'origine de presque tous les livres dont Henri Estienne a été l'auteur. C'étaient, dans ces premiers temps du moins, comme des distractions à cet état d'imprimeur qu'il porta ou maintint si haut. Ses travaux personnels ne ralentissaient
1 . On remarquera toutefois , par la source à laquelle Henri Estienne rapporte lui-même ces corrections, qu'il faut se garder de leur attribuer trop d'autorité : sur le frontispice du livre , il les déclare tirées * partim ex ipsius ingenio , partim ex vetustissimo quodam et emendatissimo exemplari. »
2. « Ex somno libellum hune suffurabar : » Préface du Lexicon.