Bulletin du Bibliophile , février
(ex) de mire des autres contrées ; elle leur avait donné réveil et le ton pour l'activité intellectuelle 1 . De là leur empressement à imiter ses chefs-d'œuvre, comme aussi à s'approprier quelque chose de son vocabulaire et de ses usages. L'influence de l'Italie sur l'esprit français, en particulier, datait de loin : tour à tour, par les alliances et les guerres , Valentine de Milan , Charles VIII, Louis XII, François I er , nous l'avaient fait ressentir ; enfin l'union de Catherine de Médicis avec Henri II la rendit plus continue et plus immédiate. Du commerce journalier d'affaires et d'idées qui s'établit entre les deux pays, résultèrent de fréquents emprunts de mots , qui ne tardèrent pas de notre côté à devenir trop peu circonspects. Déjà Estienne les avait déplorés dans la préface de la Conformité et dans Y Apologie d'Hérodote ; déjà il s'était indigné que par un engouement servile de contrefaçon étrangère nous fissions abandon a de ce que le vieux français avait de meilleur 2 . » Mais ce fut alors surtout qu'il remplit son rôle national de défenseur et d'apologiste de notre langue. Comme Pasquier, comme Montaigne et quelques autres esprits sensés de cette époque , il avait compris ce que ce débordement de l'italianisme, qui pensa nous submerger, avait de pernicieux pour nos mœurs autant que pour
1. Montaigne, Ess. , I, 51 : « Les Italiens se vantent, et avec raison , d'avoir communément l'esprit plus éveillé et le discours plus sain que les autres nations de leur temps. » Il semblait aussi à M Ue de Gournay , comme à son père adoptif , que « l'air d'Italie, avait je ne sais quoi de plus subtil et de plus propre à aiguiser les esprits que l'air d'Angleterre et de France, » p. 454 de son Ombre, édit. de 1626; cf. ibid., p. 638. 'Fidèle encore à cette ancienne idée, Voltaire a répété cinq ou six fois que les Italiens ont été nos maîtres en tout : assertion que M. Génin a entrepris de réfuter; voy. Y Introduction à la chanson de Roland , cb. VU.