CXII
dépouillent à l'envi de ce qu'il y avait chez nos ancêtres de généreux et de viril. Non cependant qu'il' refuse de reconnaître l'heureuse influence que la portion saine de la cour avait exercée du vivant de François I er sur les destinées du langage et qu'elle devait ressaisir plus tard * ; mais il n'en condamne qu'avec plus de force cet esprit courtisanesque , ignorant et frivole, qui dominait de son temps. Alors, en effet, les jeunes seigneurs, pour plaire en haut lieu et faire croire qu'ils revenaient de ces campagnes d'au delà des monts où nous avions recueilli moins de profit que d'honneur, avaient donné vogue à ce jargon incompréhensible et absurde dont les Dialogues nous offrent un curieux spécimen 2 .
Henri Estienne, pour le discréditer, met face à face un homme raisonnable , demeuré fidèle à l'emploi de notre ancien idiome, et un partisan enthousiaste du néologisme emprunté à l'Italie. Celtophile, ainsi s'appelle le premier, rencontre son ami Philausone, dont le nom indique assez le travers , et lie avec lui conversation : mais son interlocuteur usant à tout moment de strade pour rue, past pour dîner, spaceger pour se promener, garbe pour gentillesse, goffe pour lourd, et de beaucoup de termes semblables, il s'avoue bientôt hors d'état de les entendre. Le second s'en étonne et déclare qu'à
t . On sait l'autorité attribuée par Vaugelas, en fait de langage, aux femmes et aux courtisans qui leur ressemblaient à plus d'un égard. Les femmes, en effet, et la cour eurent dans le progrès du siècle suivant une part incontestable.
2. De la conversation , les italianismes passaient dans les livres , et les auteurs les plus purs leur payaient leur tribut. P. L. Courier en a signalé plusieurs dans le traducteur de Longus et de Plutarque. Voy. , à ce sujet , le savant et ingénieux travail de M. de Blignières sur Amyot, p. 413 et suiv.