CXIV
de Philalèthe , que l'on ne trouve qu'avec peine : ce qui permet de prolonger encore la conversation. Elle se poursuit en effet sur les nouveaux termes de guerre comparés avec les anciens 1 . Mais l'heure s'est avancée pendant ces propos fort divers, et la visite projetée est renvoyée au lendemain.
Ainsi se termine le premier dialogue, rempli de digressions que leur intérêt fera pardonner. On l'a justement remarqué , il ne faut pas demander aux auteurs du xvi e siècle une composition régulière et suivie. Ils écrivaient sans plan bien arrêté , sans distinction nette de matières : Henri Estienne plus qu'aucun autre; le caprice et l'imprévu ont toujours une grande part à ses productions hâtées. Avec le second dialogue la discussion recommence. On reprend le chemin du logis de Philalèthe : mais le voyage ne laisse pas d'être assez long ; les deux amis ne s'épargnent point les détours. Oubliant un peu leur sujet et leur route, ils causent du goût des somptuosités que chaque jour introduisait alors dans la société, française, et de nombre d'usages qui tendaient à en changer la face : quelques-uns ont survécu ; beaucoup ont été très-sagement abandonnés. Viennent ensuite , avec un désordre voisin de la confusion, l'examen de plusieurs étymologies douteuses, un récit, d'après Froissart, de l'amour du roi Edouard
1. Dans ce genre surtout nos emprunts ont été nombreux et ont duré , ces mots étant comme des trophées de nos victoires. « L'usage, a dit Baillet, s'est trouvé plus fort que la raison de Henri Estienne, et a autorisé quantité de termes de stratégie et de milice, à cause du cours qu'on leur a donné pendant les guerres d'Italie , et parce qu'il les a jugés agréables et utiles : » Jugements des savants, t. II, p. 653 ; cf. Bayle, Nouvelles de la république des lettres, au passage cité, et Sorel, Bibliothèque françoise , p. 4.
( cxv ) l'Angleterre pour la comtesse de Salisbury, une déclanation contre les buses, qui y ont résisté, et d'autres livagations encore moins graves. C'est après tant de ircuits que l'on arrive à la demeure du personnage nvoqué comme juge du débat. Une double question lui »t posée : des deux langues italienne et française, juelle est celle qui mérite l'avantage? Y a-t-il profit pour la dernière à se pénétrer des formes de l'autre? La réponse est facile à deviner : en accordant la préférence à notre idiome, Philalèthe veut qu'on le maintienne exempt d'un alliage étranger qui aurait pour effet de le corrompre ; surtout il décline , dans de tels procès, la compétence des gens de cour. C'est aux hommes de lettres seuls, et principalement à ceux qui possèdent une connaissance approfondie du latin et du grec, qu'il appartient de les décider. Philausone n'a aucune objection à élever contre cette sentence. Déjà Philocelte avait réussi en partie à le désabuser des fausses opinions dont il s'était laissé prévenir. Entièrement ramené à l'amour du vrai et naïf français, il ne songe plus qu'à oublier, pour le parler purement, ses idiotismes ultramontains.
Le plan de l'œuvre ainsi esquissé, entrons plus avant dans quelques détails pour vérifier jusqu'à quel point l'auteur a justifié l'épigraphe de son livre, exprimée par ces deux vers :
De moi auras profit sitôt que me liras ;
Grand profit , grand plaisir, quand tu me reliras.
Constatons d'abord que Henri ne pousse pas la rigueur de ses scrupules jusqu'à interdire toute communication , par voie d'emprunt , entre notre langue et les autres. Loin de lui la pensée de déclarer notre idiome à jamais fixé et de fermer absolument la porte