‹ Conformité du langage français avec le grecChapitre 88 sur 256 · CXV · texte numérisé non relu

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à tout mot prêté du dehors. Au contraire, il fait un accueil empressé aux termes nouveaux qui nous sont nécessaires , et n'exclut , des importations , que les inutiles ou les fâcheuses. Il ne nie même point qu'il y ait des occasions permises d'italianiser ' : seulement il veut que ce soit avec à-propos et mesure. L'engouement irréfléchi de ceux qu'il appelle des gaste- français, de ces hommes qui , dédaigneux de leurs propres richesses dont ils ne savent pas user, vont sans besoin en quêter d'étrangères, voilà ce qu'il attaque. Dans cette cause nationale , il s'autorise de l'exemple du roi François I er , qui tout en couvrant de sa haute protection l'enseignement des langues savantes, avait si fort à cœur l'intégrité de l'idiome indigène, qu'il menaçait de son indignation tous ceux qui y porteraient atteinte. Par une critique sage et une surveillance protectrice, il succède pour ainsi dire au rôle du souverain : nous lui devons d'avoir repoussé par sa vigilance bon nombre de locutions et de tours barbares dont l'ignorance voulait alors nous doter 2 .

Quelle qu'ait été , cependant, sa résistance au néologisme qui nous assiégeait, bien des mots , parmi ceux que condamnait Henri Estienne , sont arrivés jusqu'à nous, appuyés sur l'usage, plus fort que la

1. Dial. l« r , p. 40 de Tédit. citée. — Comme tous les auteurs du xvi* siècle il a conscience de ce qui manque à notre langue et il admet très-largement la nécessité, dont on a tant abusé dans cette époque, « de forger des vocables. »

2. On remarquera, par exemple, que les seigneurs de la cour des Valois considéraient comme élégante l'alliance d'un Terne au pluriel avec un pronom singulier. Ils se piquaient de dire : je venons, je savions: voy. p. 140 des Dial. C'est une preuve, entre beaucoup , qu'aucune faute grossière dans le langage n'est nouvelle ni dépourvue d'autorités.

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règle. A ce moment où la langue, indécise et flottante , encourageait par sa souple facilité la hardiesse des novateurs , où elle accueillait , chaque jour , des hôtes venus du latin, du grec ou des langues modernes, plusieurs termes, protégés de haut, n'ont eu qu'une existence passagère , tandis que d'autres , contestés des savants, mais agréés du peuple, ont été durables : il est curieux de voir , en s'arrêtant sur quelques-uns de ces derniers , comment leur mérite ou le caprice ont présidé à leur fortune. Malgré Henri Ëstienne , secrétaire d'État , négociateur, nonce, salve (d'artillerie), fantassin, escadron, drapeau, etc.,devaient être goûtés, une fois que l'habitude, achevant de les mûrir , aurait corrigé en eux , pour parler avec Balzac 1 , l'amertume de la nouveauté. Démonstration d'amitié, créature d'un seigneur, ont subsisté aussi en dépit de son opposition 2 . Cette dernière locution surtout, par sa concision expressive, méritait de prévaloir. Parmi les mots ou tours italiens qui se sont acclimatés chez nous , on remarquera encore martel en tête, mettre ou tenir quelqu'un en cervelle, à V improviste, disgracié et accort, récolte qui a remplacé le terme gracieux de cueillette, tailleur pour couturier, humoriste et bizarre , risque pour hasard , réussir au lieu & avoir bonne issue. Il est de plus toute une classe de termes empruntés au delà des monts que Henri Ëstienne ne fait aucune difficulté de recevoir : il s'agit de ceux qui

1. C'est ce qu'il a dit au sujet du mot urbanité dont il a risqué le premier l'emploi.

2. Dans un de ses traités latins, il revient à cette acception du mot créature pris pour favori , p. 204 du vol. de Musa monilrix : «Verumiila, credo, vox creatura haud tibi sat nota fuerit : Roma Gallis hanc dédit vocem, haud vêtus illa Roma, sed ûo Ta. •

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