‹ Conformité du langage français avec le grecChapitre 89 sur 256 · CXV11I · texte numérisé non relu

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représentent des ridicules ou des vices propres à l'Italie. Par exemple, poltronnerie et forfanterie lui semblent des acquisitions légitimes : car ces qualités n'étant pas françaises, il a fallu en demander le nom au pays dont elles sont, dit-il, une production naturelle. Pour intrigant, baladin, charlatan et bouffon, force a bien été aussi de chercher les mots là où se trouvaient les personnages auxquels ils s'appliquent. 11 en est de même à l'égard de spadassin, de sicaire, etc. , vu que ces métiers avaient longtemps fleuri chez les Italiens, avant d'être connus de nos ancêtres. C'était , observet-il, a depuis que la France avait pris, en matière de tuerie , le style de ses voisins , » que des méchancetés jusqu'alors inouïes avaient créé parmi nous le besoin de ces locutions *.

Aucun livre n'est plus propre que les Dialogues, ces détails suffisent pour l'attester, à faire apprécier la part qui revient justement à l'italien entre les éléments dont s'est grossi, du xvi e au xvn e siècle, le patrimoine de notre idiome. On excusera sans peine ce que les répulsions de Henri Estienne ont pu avoir, sur certains points, d'exagéré et de systématique ; on ne se souviendra que de la reconnaissance que lui doit notre langage , pour en avoir sauvé, dans des circonstances critiques, le génie propre et la physionomie native. Grâce à sa bonne garde, l'italianisme ne nous a pas conquis 2 ; la

1. «Qui a inventé, disait encore François Hotman, qui a conduit et exécuté les massacres et les boucheries ? les Français- Italiens. » Et par une suite d'interrogations semblables , il faisait retomber la responsabilité des maux du pays , des crimes et du sang versé , sur les Français-Italiens : voy. Malagon. , pass. cité. Cf. Strigilis Papirii Massoni, par le même, p. 14.

2. Si le français-italien eut encore cours, ce ne fut plus guère qu'à Rome : voy. , à ce sujet , une lettre de Balzac (1,9), adressée

( eux ) masse de l'armée envahissante a été arrêtée : il n'est passé dans notre camp que d'heureux aventuriers qui, en prenant le costume national , se sont fait pardonner leur naissance étrangère.

Un autre intérêt particulier à l'ouvrage de H. Estienne consiste à montrer quelle action est susceptible d'exercer la conversation sur la langue écrite d'un peuple. Chez une nation aussi communicative que la nôtre, cette action ne pouvait manquer d'être très-réelle. Elle fut considérable surtout au règne de Henri III , ce qu'on a entrepris de constater dans un travail curieux , où quelques observations vraies se mêlent à plusieurs paradoxes 1 . Suivant M; Rœderer, la conversation n'a pas moins contribué que les livres à fixer notre langage 2 : assertion qu'il confirme en s'autorisant des Dialogues du nouveau françois italianisé, où il voit, pour notre histoire philologique et littéraire , un témoignage des plus dignes d'étude. Cet écrivain s'arrête principalement sur un ordre de changements que nous avons indiqué plus haut. Non content des modifications qu'il avait introduites dans la nomenclature, l'italianisme avait altéré en. effet la prononciation de la manière la plus sensible. Aux articulations fortes et aux diphthongues éclatantes , aimées de nos rudes ancêtres ,

en 1622 à l'évêque d'Aire, et en tête de laquelle on lit cet avertissement : « Pour entendre bien cette lettre, il faut avoir ouï le jargon que parlent les Français habitués à Rome, qui se font une langue particulière , toute composée de mots italiens , dont U n'y a que la seule terminaison française. »

1 . Mémoires pour servir à une histoire de la société polie en France, Paris, Didot, in-8°, 1835.

2. Voy. p. 149 de l'ouvr. cité. Vers cette époque, a remarqué pareillement M. le duc de Noailles, Histoire de madame de Mainlenon, t. I er , p. 86, « Ce fut sur l'esprit de société que se fonda la littérature. »

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il avait substitué des sons brisés, la mollesse des élisions et la brièveté des voyelles simples. Les courtisans, comme s'ils eussent craint la fatigue d'ouvrir la bouche , remplaçaient le plein et beau son de Voi par l'è ouvert : moi, foi, roi, loi étaient pour eux mé 9 fé, ré, lé, au grand détriment des mots que la diphthongue ennoblissait en les rendant sonores. De là cette plainte de Henri, ennemi juré de l'affectation et de l'ignorance,, que l'on enlevait au langage français ses robustes et virils accents pour l'amignarder et l'amollir. Sa résistance heureuse a maintenu du moins plusieurs de ces intonations si propres à donner de la vigueur et de la dignité à notre idiome : quelques-unes ont cédé sans doute, mais non pas, à vrai dire, sans avantage pour la variété de l'harmonie 1 . Gardien scrupuleux de l'étymologie dans les mots, Henri Estienne a combattu de plus ces vices de prononciation qui, en effaçant la trace de leur origine, menaçaient de corrompre leur sens. Cette indécision de formes que Ton a souvent reprochée à l'italien, il la redoutait pour notre idiome, et c'était dans ses vieux monuments , le plus près de ses sources, qu'il allait en chercher le génie et les règles primitives. Guidé par cette lumière, il a signalé et réformé beaucoup d'inconséquences et d'anomalies accréditées par la mode 2 : rôle dont on appréciera l'efficacité , si l'on se rappelle quelles conséquences fâcheuses entraînait le

1 . En somme la prononciation du français , sauvée des altérations les plus graves, est demeurée à peu près la même qu'elle était il y a trois siècles : voy. , à ce sujet, de francicœ linguœ recta pronuntiatione Tractatus, par de Bèze, in-8°, 1584.

2. On prononçait massime pour maxime, écellent pour excellent. On disait en outre palefournier pour palefrenier, merancholie pour melancholie , philosomie pour physionomie , excès de fièvre pour accès (accessus); on confondait les participes recouvert et recouvré, etc.

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