CXXII
Dans cette partie de son livre, où Henri Estienne, réagissant contre des tendances préjudiciables, se livre à son humeur satirique pour peindre l'époque où il a vécu , s'offrent en foule les renseignements piquants et les traits malins : seulement la finesse n'en semblera pas toujours attique , lorsque l'auteur, par exemple , compare les gentilshommes aux pourceaux , ce parce que les uns et les autres , dit-il , sont vêtus de soie. » C'est que le goût et la langue n'avaient pas été suffisamment aiguisés et formés par cet exercice de la conversation dont l'hôtel de Rambouillet donna peu après en France le premier modèle. Le règne de la bonne compagnie devait précéder la naissance de cet esprit moderne qui est l'art de savoir tout dire avec convenance et avec grâce. Il fallait traverser l'affectation des précieuses pour arriver, en rejetant la rouille du passé, au simple et au délicat. Ainsi s'explique l'inconvenance de quelques plaisanteries de Henri Estienne, et parfois même la grossièreté de son langage. On désirerait encore dans son ouvrage plus de cette brièveté dont il connaissait tout le prix et dont il a fait ailleurs l'éloge 1 . Mais, à défaut de ces qualités, on y sentira
en. xlik du liv. 1", où il parle de la façon de se vêtir : « Notre changement e6t si subit et si prompt en cela , que l'invention de tous les tailleurs du monde ne saurait fournir assez de nouvel letés...» — M. Eusèbe Castaigne, bibliothécaire d'Angoulême, a réimprimé récemment un très-curieux petit poème de 1613, intitulé « Discours nouveau sur la mode , » et que Ton peut avec intérêt rapprocher de plusieurs détails fournis par Henri Estienne.
1 . Voy. la préface de la Con foi-mité. — Henri Estienne ava^t même écrit, « sur la brièveté du style » , un traité spécial qu'il cite dans une autre de ses préfaces (Dionys. Alex, et Pomp. Melœ siltu Orbis Descriptio..., 1577; Proleg. ad Melam et Solinum, p. 5) : il n'a pas été publié.