‹ Conformité du langage français avec le grecChapitre 92 sur 256 · CXXIII · texte numérisé non relu

CXXIII

une saveur indigène et comme un goût de terroir gaulois [qui n'est pas sans charme. Beaucoup de sel y assaisonne et relève une érudition forte , abondante et variée.

Un juste tribut d'estime demeure donc acquis à ce monument de la lutte soutenue par Henri Estienne, pour préserver, en philologie comme dans Tordre social, l'esprit français de tout funeste mélange, pour combattre, sous ses diverses faces, ce goût de la nouveauté qui a toujours été le faihle de notre nation : aussi lui semblet-il que dans ces questions Y honneur et le bien du pays sont engagés; et il ne s'agit de rien moins, en effet, que de sortir des voies obliques où la dynastie des Valois avait trouvé la honte et la ruine , pour entrer dans celles qui devaient aboutir, par le règne réparateur de Henri IV, au règne glorieux de Louis XIV; de sauver des atteintes d'un jargon bizarre le parler plein d'avenir d'Amyot et de Montaigne, pour procurer au génie de nos grands écrivains un instrument digne de lui. Ce patriotisme littéraire, dont tout le xvi e siècle est animé , ne sera pas étranger au mouvement des esprits, d'où sortira bientôt, avec l'âge le plus brillant de nos annales , une langue perfectionnée et illustrée par des chefs-d'œuvre. Henri Estienne aspire tout à la fois , pour la France, à la suprématie politique et à celle des lettres : encore quelque temps, et ce double vœu sera réalisé.

Le livre de Henri Estienne, où se peignait un si vif dévouement à son ancienne patrie, déplut à Genève. L'auteur venait de rentrer dans cette ville après une assez longue absence : les préventions fâcheuses que Y Apologie d'Hérodote avait jadis excitées se réveillèrent contre lui. Dans les Dialogues se montre, à la vérité, un tour d'esprit trop libre; ils offrent, çà et là, des récits inconvenants et des détails graveleux : c'était le ea-

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