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de caractéristique nous engage à la raconter. Henri III joignait volontiers, à l'estime dont il honorait les gens de lettres, des preuves de sa munificence pour eux 1 . Desportes eut à se louer, en plus d'une occasion, de sa libéralité. On cite un présent de douze mille livres fait par le même monarque à Ronsard et à Baïf , en argent comptant cette fois : ce qui importait fort, dans ces jours de comptabilité irrégulière et difficile. Malheur à qui avait affaire aux trésoriers pillards d'un roi malaisé et mal obéi 2 . Henri Ëstienne réprouva à ses dépens, lorsque, muni de son mandat, il se présenta à Molan, grand larron, selon le langage des Mémoires du temps 1 . Celui-ci ne consentit à lui délivrer que six cents écus en échange de son brevet; et, sur ce que l'autre repoussait en se récriant cette onéreuse proposition : « Vous reviendrez à l'offre , lui dit-il , et vous ne la retrouverez pas. » Le financier eut raison. Les coffres se vidant de plus en plus, Ëstienne montra en vain des dispositions accommodantes : on ne lui offrit plus rien; et, après bien des instances inutiles , il retourna finalement à Genève, le parchemin en poche , mais les mains vides 4 . Pour la pension qui, à cette époque égale-
1. Voy. dans Sainte-Marthe, liv. V de ses Éloges, celui de Thiard.
2. Jamais notre vieux dicton n'eut plus de cours et plus de raison d'exister : « Les trésoriers sont les éponges, du roi. » Voy. les Illustres proverbes (par Fleury de Bellingen) , in-12, 1665, t. II, p. 247.
3. Voy. L'Étoile, Journal de Henri IV \ édit. de 1741, La Haye, t. II, p. 358.
4. Journal de Henri III, édit. cit. de 1744, t. I er , p. 459 : seulement L'Étoile reporte à Tan 1585 cette aventure, antérieure de plusieurs années. — La Caille veut que la gratification ait été soldée par Molan : mais quoiqu'il assigne une date à ce payement prétendu , on jugera sans doute Ëstienne mieux informé, et on le croira de préférence, lorsqu'il affirme n'avoir rien reçu.
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fiient ,• lui avait été accordée , en vue de l'encourager dans les recherches qu'il faisait, à l'étranger, des manuscrits et des livres rares S il est probable qu'il fut payé à peu près de la même manière 2 .
On constatera , du reste , à l'honneur d'Estienne, que sa reconnaissance envers Henri III se mesnra sur les intentions de ce prince à son égard plutôt que sur les effets qui les suivirent s : il ne cessa de lui témoigner im dévouement fidèle; et, tant qu'il jouit de sa familiarité, il n'abusa jamais, comme plusieurs, de son caractère facile. Un jour cependant celui-ci le soupçonna d'avoir trahi un secret qu'il lut avait communiqué. Ce secret ne pouvait avoir été divulgué que par sa faute , prétendait le roi , puisqu'il s'en était ouvert à lui seul. Frappé de suspicion , menacé de la colère du maître , Estienne, qui avait tenté sans succès de se disculper, réfléchit alors tristement sur ce proverbe ancien qu'il a rappelé dans un vers de ses poèmes :
Simque a Jove procul, simque procul a fulmine 4 ! Il eût voulu être bien loin d'un palais indiscret et dé-
1. Cette pension de trois cents livres, et dont le brevet est daté du 12 août 1579; avait, outre cet objet particulier, celui de récompenser en général « les services que lui et ses prédécesseursavaient ci-devant faits, comme le roi espérait qu'il continuerait à l'avenir : » voy. les Registres de la chambre syndicale de la librairie de Paris (à Tannée 1579); manuscrits conservés à la Bibliothèque nationale.
2. Voy. , à ce sujet, la XXII e des Dissertations chrétiennes et morales de Balzac.
3. Voy. Dialog. Philocelt. et Coron.., p. 331, où Estienne rappelle le bien que Henri IH avait voulu lui faire ; « Si mandatis ejus obsequi ministri voluissent, prseclare mecum actum fuisset, Sed audivisti fartasse, dum in Gallia nostra esses, quam res sit incerta pendere ab iis qui thesaurarii vocantur. *