La Croix du Maine, dans sa Bibliothèque , mentionne es
Mais cependant y puisque nous sommes sur le propos de l'enrichissement de nostre langue, je ne me puis tenir de descouvrir mon cueur touchant certaines façons de parlpr y desquelles plusieurs aujourdhuy font parade , et toutesfoiSy selon mon Jugement, sont grandement à condamner : non pas pour estre empruntées des langues estrangeres , comme celles dont nous avons parlé cidevant , mais pour estre pleines d'affectation curieuse ; laquelle j'estime estre autant ou plus à fuir , et estre d'aussi mauvaise grâce en nostre parler qu'en aucun aatre. £t pense que généralement il en prend à tous langages comme aux femmes, lesquelles estant fardées, ne laisseront d'avoir une beauté attrayante, jusques à ce que le fard soit descouvert; mais aussitost qu'on l'aura apperceu , elles ne donneront plus tel plaisir ni contentement à l'œil. Aâisi le langage affecté pourra contenter l'oreille pour quelque peu de temps; mais incontinent qu'on y verra quelque appercevance d'affectation , on en sera degousté. Et c'est pourquoy les anciens ont dict que c'estoit un grand art, ou artifice, que pouvoir cacher son art; et que, où l'artifice d'un bon orateur s'appercevoit le moins, c'estoit la où il estoit le plus grand. Ce qui me semble estre fondé sur tresbonne raison : car il est certain que jamais perfection ne se trouve qu'où il y a une telle concurrence de la nature avec l'art, et une telle liaison, qu'il semble que les deux ne soient qu'un. Ainsi donc qu'une femme fardée se rend
effet plusieurs opuscules traduits du grec en français par Henri Estienne , mais qui ne nous sont point parvenus. II cite aussi de lui les deux ouvrages suivants qui semblent être ceux auxquels il est fait allusion en cet endroit , mais que nous n'avons pas davantage ; « Epistres laconiques ( c'est-à-dire ayans une gentille briefveté) de plusieurs Grecs, ensemble les epistres de Brutus, recueillies et traduites ; » et : « De la briefveté qu'admet le langage françois , non moins que le grec et le latin... »
comme coupable ou s'accuse d'estre laide de soymesme, et un qui ne va Jamais sans muscq fait souspeçonner de soy ce que disoit le poète mocqueur , Non bene semper olet, qui bene semper olet^ ; ainsi celuy qui use d'affectation , c'est-à-dire qui parle ou escrit avec apparat et artifice curieux , usant de parolles ou façons de parler ou de quelques rencontres tirées de loin, fait penser qu'il n'ha pas grande aide de la nature : ce qu'aussi l'expérience conferme souvent. £t toutesfoisne plosne moins qu'il se trouve des femmes si mal advisees (je continueray cest exemple , pour n'en trouver de plus propre] y que y combien que nature les ait pourveues d'uoe singulière beauté, elles seroyent bien marries de quitter leur part del rosso et délia bianca ; ainsi se trouve-il des personnes si inconsidérées que, ne tenans compte de l'éloquence de laquelle nature les a douées, la desguisent par tous moyens à eux possibles, sans oublier aucun traict d'affectation. Et voila dont vient qu'aucuns parlent trop mieulx estans pris au despourveu , qu'ayans prémédité.
Or, comme ainsi soit que ceste affectation consiste en deux choses, sçavoir est es sentences ou propos, étés mots estans pris à part, d'autant que Texamen des sentences requerroit bon loisir (duquel je suis mal gani pour le présent), je donneray seulement exemple de quelques mots, desquels ma mémoire me pourra fournir sur le champ. Et pour commencer , je di et déclare qw je veux grand mal à un mieulx qui ha grande vogue pour le jourdhuy ; comme quand on dit : Je prie à Dien