Orator , c
2. Déjà : toutefois, en 1607 , Malherbe, dans son Ck>mmenfa'K snr les poésies de Desportes, remarquait, au sujet déjà, que(« mot était vieux et ne s'employait plus que parmi les paysans.
Obs. 4. Nostre langage , à rimitation du grec, use de plusieurs autres façons de parler défectueuses ou imparfaictes (que les Grecs appellent elliptiques) , c'est-à-dire esquelles default quelque nom, mais duquel toutesfois elles se peuvent aiseement passer, d'autant qu'il y est entendu aussi bien que s'il y estoit. Et pour n'aller loing. cercher exemple, je di souvent en ce Traicté : le françois , au lieu de dire : le langage françois. Ainsi est-il quand nous disons : il a bien estudié au grec. Item : il parle du latin de cuisine, il parle du latin friand; desquelles deux locutions (je diray ce mot en passant) nous usons comme contraires, combien que la raison semble vouloir plustost qu'elles s'accordent, aussi bien que les frians s'accordent avec la cuisine. Les autres disent : gros latin , et au contraire du latin sublin, celuy qui est le plus fin ; comme aussi généralement on dit : il est sablin, pour dire, il est exquis. Il est vray que je demanderois volontiers à tels parleurs qu'ils^ eussent faict si les martres sublines^ n'eussent peu trouver le chemin de France. Mais pour retourner à nostre propos, les Grecs omettent en la mesme sorte le mot -f^cocca , qui signifie langue ou langage , comme on peult veoir en ce passage de Lucian, au dialogue intitulé Jupiter tragœdus * : Où-/ âfiçavxeç , u> Zeu, Tf,v 'EXXiqvwv duveSciiv : car il
1 . Ce est omis dans cette construction et Tétait très-fréquem^ iDent à cette époque.
2. Ce sont les martres zibelkies, martres de Sibérie, dont le Poil est particulièrement fin et recherché. C'est uniquement par corraption, comme le remarque Ménage dans son Dictionnaire étymologique fq\\*on les a appelées sublimes f sublines, ou comme l'^rit Nicot, soublines,
3. Ce dialogue de Jupiter tragédien t plusieurs fois cité, appartient comme celui de /ifpi^cr con/bwd«, qu'on trouvera mentionné plus loin, au genre des Dialogues des Dieux où a excellé Lucien, ^ulement, tandis que dans ceux-ci l'auteur, vif et enjoué, se
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fault entendre djv 'EXXi^vodv fXfûotrwé ; comme anssi ils disent tV *E>Xiivixi{v on t}|v 'EXXiqvC^a , omettans ce mesme mot. Et d'antant plus la manière de parler françoise doibt estre tenne ponr authentique, qu'elle est aatorizee par ceste grecque. Au contraire nous en avons une autre qui (à l'aveu seulement de quelques fripons] a trouvé plus grand crédit qu'il ne iuy appartenoit ; car on dit aujourdhuy : Gestuy-la est bon latin et bon grée, pour signifier : cestuy-la sçait bon latin et bon grec. Et toutesfois ceux mesmes qui parlent en ceste sorte, il esl certain qu'ordinairement quand ils diront : Gestny-Ia est bon François , ils vouldront qu'on l'entende autrement , et que ce soit autant que s'ils disoyent : H tient le parti des François, ou , Il maintient fort et ferme les François ; ce qu'on dit communeement : 11 est François pour la vie. Qui est aussi une autre façon de parler assez estrange , si on la regarde de près; car qui est celuy qni ne vouidroit maintenir le parti des François pour vivre? Et cependant on entend le contraire; car c'est autant que si on disoit : II est François pour mourir; de laquelle locution on* use aussi quelquesfois^ Mais un bon entendeur accordera aiseement ceci qui ha apparence de contrariété , et considérera que quand on dit : Il est François pour la vie^, on veult donner à entendre : il maintient le parti de France jusques à y vouloir employer sa vie, et (comme on dit autrement) jusques à la
borne à raiUer rapidement les fables Au paganisme, il attaque dans ceux-là, avec plus d^étcndue et d'audace, les principes mêmes de toute religion.
1 . On dit encore aujourd'hui , dans ce sens , en langage tuIgaire : Il est français à mort,
2 . Cela peut signifier tout simplement anssi , pour t<nU U temps de sa vie; c.-à-d. qu'il ne perdra qu'avec la vie l'amovr de la France.
dernière goutte de son sang. Voila comment quelquesfois diverses manières de parler , et mesmement ayans des mots contraires» reviennent tout en un, quant à la signification. Et ceci se peult veoir fort clairement par cest exemple familier : c'est que n'estant rien plus contraire que le feu et l'eau ytoutesfois quand une maison brasle , l'un crie : Au feu, et l'autre crie : A l'eau; et cependant tous deux ont une mesme intention. Or, cest advertissement pourra servir non-seulement pour quelques autres façons de parler que nous avons en nostre langue, mais aussi (et encores plus) pour la grecque, qui est merveilleuse en telles locutions, lesquelles, tenans chemin contraire , ne laissent toutesfois au bout de s'entrerencontrer. Mais pour retourner au propos de ceste belle locution , Il est bon latin , je pense qu'elle soit de la mesme forge qu'est ceste-ci : C'est une bonne espee, ou Une rude espee; au lieu de dire : 11 met bien la main à l'espee , ou plus brief vement , C'est un homme d'espee*.
Mais je laisse la ces parleurs hétéroclites , et vien à an autre exemple de ces locutions défectueuses. Nous disons ordinairement : Habillé à la françoise, à l'angloise, à l'italienne , à l'espagnole , à l'allemande , à la grecque, à la turqnesque; au lieu de dire : Habillé à la façon françoise, ou, à la mode françoise, ou, à la coustume françoise, et ainsi des autres. Et non-seulement en ceste manière de parler, mais en plusieurs autres nous omettons ce mesme mot; comme quand nous disons : Je vous traicteray à la françoise , Il ha le
i . Le xYii* siècle a montré pour ces sortes de métonymies un goût tout particulier. Qu^mt à la dernière locution citée, elle désignerait seulement , aujourd'hui , un homme engagé dans la carrière des armes.
ventre à ^espagnole^ Aussi quand nous disons : Cela e^t faict à Fantique. Or , comme telle omission du mot façon ou mode est ordinaire en telles locutions , aussi est ordinaire en grec l'omission de lôoc (qui signifie le mesme), en semblables manières de parler; comme on peult veoir par les exemples suivans. Thucydide , eu son livre VU, en la page 252 de mon édition , xaTJc Se xh vrjŒidDTixoy, fiSXXov xaTsipYO!A6voc. Et luy-mesme (si j*ay bonne mémoire) en quelqu'autre endroict , ItrtaXfiievoi; !<; to papêaptxov^. Lucian, en la fin de l'opuscule intitulé Dionysm\
Trpoc TO dp/alov àvatpg^^ouci. Et je ne doubte point que Menandre n'eust usé de ce mesme mot (Spx«îov ( omettant ainsi lôoç) au passage auquel Terence a dict , Antiquum obtineSfAndr., act. IV, scen. v* : Optime hospes! Pol, Crito, antiquum obtines; etm'esbahi comment Donat y fait quelque difiiculté, amenant encores une autre exposition. Il est vray qu'ici on peult bien aussi entendre quelqu'autre mot que morem , asçavoir ingenium, ou animum, ou institutum , comme advertit le mesme commentateur , n'oubliant morem entre les autres. Et de faict, en ce passage de Plante, — Aniiquum obtines hoc
1. C'est, sans doute, avoir peu de ventre, le ventre peu saillant : allusion à la sobriété renommée des Espagnols. Traiter, dans la proposition précédente , parait vouloir dire faire manger.
2. Je ne crois pas que cette locution , fort grecque d'ailleurs, se trouve dans Thucydide. J^ajouterai qu'elle n'est pas indiquée d^ns'le Lexique de cet auteur par Bétant, P' vol. , 1S43, Genève, in- 8". On rencontre du moins une forme analogue à celle-ci dans le xxvii* dialogue des Morts de Lucien : èç t6 pap6apixov ^-/fiin.
3. C'est un morceau qui parait avoir servi d'introduction à des lectures publiques. Il est intitulé IlpotXaXià î| Ai6vu<ro; , Prologue ( préface , petit discours ) ou Bacchus.