Chiffre inexact : c'est la scène viu
tuum, tardas ut sis^, il ne fauldroit pas entendre morem, mais ingenium (car institutum ne semble pas convenir bien ici) ; sinon qu'on voulsist* prendre antiquum en forme de substantif, au lieu de antiquum morem, comme quand Ju vénal a dict :
Antiquum et vêtus est alienum , Posthume, lectum Concutere * , etc. ;
il a pris antiquum est pour mos antiquus est.
Or , à propos de ce que j*ay dict , que .quand nous parlons ainsi , Habillé à la françoise , nous omettons ce nom façon y ou mode , ou coustum£, il fault noter que pareillement quand nous disons : Habillé de noir, ou, Vestu de noir , Vestu de gris , Vestu de verd , nous omettons un nom substantif qui se doibt joindre avec ces adjectifs ; car il est certain que nous voulons dire : Vestu d'habillement noir, d'habillement gris, d'habillement verd. Ainsi en est-il quand nous disons : Vestu de dueil. Or, ne fault-il doubter que telle omission ne soit venue de rimitation des Grecs , lesquels ont coustume d'omettre ainsi îfAbtTiov ou î(jt.àTta. Lucian , au dialogue intitulé Timon , TcpoçwTreTov TreptGéjxevoç epaajjLiwTaTOv , Sict/puaov xal ^lôoxoXXrjTov , xat TtoixiXa IvSù;, IvTuyyavw aOTOÎ;. Il se
trouve aussi d'autres telles omissions en ces deux langages , asçavoir omissions d'un nom substantif ayant convenance avec le verbe, et estant comme de sa parenté, comme îfxttTia ha convenance avec Ivâu;, et habillement avec vestu. Et mesmes on peult joindre au verbe un nom verbal ou ayant forme de verbal , et dire :
1. Mostellaria^ act. III , se. ii. Le Xe,\.\/d porte : Antiquum hoc obtinestuumyete.
2, Ancienne forme de conditionnel du verbe vouloir, Z.Sat. \l^2i.
( 64) Habillé d'habillement , Yestu de vestement, comme ea
grec y lv$u{AaTa IvSuç*.
Ne plus ne moins aussi que quand nous disons : C'est vostre plus court , ou , G*est vostre plus long , ou , Menezmoy par le plus court, nous omettons ce mot chemin, comme aisé à entendre ; aussi les Grecs ont accoustomé, en ceste façon de parler, d'omettre 6Soç, qui signifie chemin. Lucian , en son opuscule qu'il a intitulé Scytha,
xifài iTTiTopi^v Tivflt xauTYjv IÇeupov aÙT^, Smoçy etc. Et
fault noter tout d'un train que comme nous usons de ceste façon de parler : Un plus court chemin , par métaphore ou translation , au lieu de dire : Un moyen plus aisé; aussi disent les Grecs lirtToucorepav 6Sov (qui signifie proprement , Plus court chemin) en ceste signification. Et mesmes sans aller plus loing , en ce passage que je vien d'alléguer , Lucian prend liriTotxov ôSov (car il fault entendre 6$ov comme j'ay dict) pour un moyen aisé. Et quant à ceste signification métaphorique, les Latins sont de la partie avec les Grecs et nous (car ils usent iiinsi de leur via) ; mais ils n'en sont pas quant à l'omission , car ce n'est pas leur coustume de dire cornpendiariam ou brevem mihi indicato, au lieu de cmpendiariam viam, ainsi que j'ay monstre que les Grecs omettent leur 6Sov et nous nostre mot chemin, quand nous disons : M onstrez-moy le plus court.
Ce mot de court me raraentoit^ ce que j'ay tantost dict, que les Grecs omettoyent souvent devant un verbe un nom substantif qui estoit de sa parenté , c'est-à-dire
1 . Le goût des pléonasmes , particulier aux Grecs et aux Latios, ne devait pas subsister dans notre langue : néanmoins on eD trouve quelques-uns dans Péloquence ef la poésie au xvii* siècle.
2. Du verbe ramentevoir ^ rappeler : il a duré jusqu^au milieo (lu XVII* siècle. Ramenteury c^était celui qui faisait ressouvenir, qni donnait des avis.
(66) accordant ou correspondant à sa signiflcation et estant ien à propos d'icelle; lequel nom substantif se joind vec l'adjectif qu'ils mettent. Exemple : 'ûç pa6l»v Ixot-
TiiOriç, (0 T6XV0V. Item , ''^H jia tcoXuv tiv* lîctveç &c' etç eùvàv
rreêaXXeu*; car avec lxot{Ai^Ô7]ç il fault entendre ce nom abstantif Sicvov^qui se joigne avec pa6uv; et avec emvec oibt estre entendu oTvov pour joindre avec ttoXuv. Or, je i que ce mot de court me fait souvenir de ceci, pour s qu'en certaines manières de parler nous usons de Turt et de lonçj esquelles semblabiement nous omettons \ nom substantif accordant au propos que nous tenons. Ixemple : Je vous prie, escoutez-moy ; je vous le feray ourt; ou , Si vous avez à me dire quelque chose, ne 18 le laictes pas long. Item : Comment? n'avez-vous pas ncores disné? vrayement vous le faictes bien long. Il est )at évident qu'en ces façons de parler nous omettons n mot, mais lequel s'entend aiseement. Car quand je arle ainsi : Si vous avez à me dire quelque chose, ne ]e faites pas long, c'est autant que si je disois : ^e me lites pas long propos. U est vray que quand on use de i locution entière, on dit plustost : Ne me tenez pas )ng propos. On pourroit bien aussi entendre dire, et ue ce fust autant que si on parloit ainsi : Ne faites pas otre dire long. Car nous usons souvent de cest infinitif ire (ainsi que les Grecs usent souvent de leurs infinies) au lieu d'un nom; comme, Je trouve vostre dire lisonnable. Ainsi est-il de l'autre exemple, N'avez- >us pas encores disné? vrayement vous le faites bien Dg. Car c'est-à-dire, Vous faites votre disné bien Qg. Item quand nous disons : Je ne la feray pas longue [, c'est autant que si nous disions : Je ne feray pas
1 . Le premier de ces passages se trouve dans les Dialogues des eux marins de Lucien (le ii');le second est un vers d'une file de Théocrîte, Épithalame d'Hélène.
longue demeure ici. Et fault noter en ces façons de parler que les articles le et la tiennent comme la pla^e du nom omis. Mais il ne fault pas penser que nous facions ces omissions semblables aux grecques que j'ay amenées cidessus, en telles locutions seulement esquelies nous usons de ces mots court et long , ou courte et longue. Car si on y prend garde , on trouvera plusieurs autres exemples en diverses façons de parler. Etmesmes ceste-cî , qui est ordinaire, est du tout * semblable à celle de Theocrite, que j*ay alléguée cidessus ; c'est quand nous disons : Je boy plus volontiers du clairet ^ que dn blanc. Car il est évident que nous omettons ici ce mot vin, ainsi que Theocrite omet oTvov. Mais Tomission de ce mesme mot se pourra trouver en quelques autres locutions , esquelies elle ne s'appercevra si aiseement ; comme en ceste locution, qui est de la nature des précédentes, et où on use de l'article en mesme sorte : O qu'il est saoul I il en a bien avalé le galand ^ ou , Il s*en est bien donné ; il n'y a point de double que nous n'entendions, Il a bien avalé du vin. Tellement que ce passage de Theocrite se pourroit traduire ainsi par une mesme façon d'omission , ^H ^a iroXuv tiv' imvB^Sx* zU euvàv xaTEêotXXw, Vous en avalastes bien quand vous alastes coucher, ou. Vous vous en donnastes tout vostre saoul.
Les Grecs ont quelques autres sortes d'omission , lesquelles nous ensuivons; et ceste-ci entre autres, quand ils omettent le nom verbal qui devroit estre joinct au verbe. Comme quand Lucian dit au dialogue appelé Ni-
1. Entièrement y tout à fait : k ex omni parte. » Cette Iocbtion , qui n^est plus usitée maintenant que jointe aux formes Dé;^atives, s'employait encore avec les phrases affirmatives au milieu du xvn* siècle. Bossuet a dit dans Pun de ses premiers sermons : t Certes , il faut Tavouer , mes très-chères sœurs , cela est du tout admirable. » Yoy. t. XX, p. 394 de Pédit. de Versailles, 1816.