CHAPITRE IL
Ayant amené qoelqucs exemples de façons de parier confonnes qui consistent en im seul mot, j'en ameneray de eelles qm sont de plusieurs, on de deux pour le moins. Or, si traictant nn tel argument , je saulte soavoit dn coq à Fasne (comme on dit]*, cela ne devra estre tronvé estnmge si on considère quel est mon subjeet : à qooy je prie les lecteurs d'avoir e^ard.
Pour commencer, je di que les Grecs ont beauooop de telles locutions , par leur verbe noci^oaaOac joinct à un accusatif y qu'ont les François par leur verbe faire (qui est de mesme signification), joinct au mesmecas. Exemple : ils disent «coxpiaiv icoiecoOai , ce qui n'est permis aux Latins de rendre mot pour mot , responsum facere; mais fault qu'ils usent ici de dare au lieu de faeere. Les François, au contraire, suivent totalement le grec , disans. Faire response. Il est vray que quand bon leur semble , ils disent aussi , à l'imitation des Latins , Donner response.
Ainsi est-il de a!-rr|9iv icotsîoQat, Faire une demande. Item, avayvfoaiv iroteïGOai-niçlirtoToX^c, Faire lecture des lettres. Item, Sh^yti^iv iroieTaOai, Faire le récit, ou, un récit. On dit aussi. Faire un compte : comme. Il m'a faict un plaisant compte; Je vous en feray le compte. Pareillement, où compte se prend pour estime, 11 se joind avec ce verbe faire, comme iroisîaOai avec Xofw. Car oôS^va XoYov TtoieîaOai twv fiXcov, c'est ce que nous
I . Encore aujourd'hui on entend par coq-à-Vdne on discoars qui saute bnisquement d'un point à un autre, qui n'a pas de suite : déjà nous avons rencontré cette locution dans la Preeelletice: voy. p. 308 de mon édition.
IsoDS, Ne faire aucun compte, ou, aucune estime de ^ amis. En laquelle façon de parler il fault aussi prendre arde que ce mot compte est transféré de sa propre sijDification à ceste-ci , en la mesme façon que cest accu-
attf Xoyov.
J'adjousteray autres exemples, linfxlXgiav toutcov tcoii^ofAtti , Je feray diligence (ou ma diligence] de ces choses, u, J'en feray. toute diligence. Item, Tfj^vYjv iroieïTai liuTo, Il en fait mestier, ou , mestier et marchandise : e qu'on dit autrement, Il en fait un ordinaire. Item, LxXvi(7iav TToisIaOai , Faire assemblée , ou , une assemblée, em , (Tujx^ouXV ^otET(76at, Faire une consultation. Item,
>pe{av TroielaOat , Faire un voyage. Item ^ ^uXax^ Trotel-
lai. Faire le guet.
Nous usons aussi de nostre faire en quelques endroicts 1 eux usent de l'actif Tcoteîv, plustost que du passif >ietff6at , comme tcoieTv }^(opav , Faire place. Et cependant que nous sommes sur le verbe iroteîv , idvertiray aussi d'un usage qu'il ha particulièrement informe à nostre faire, et avec semblable construction ; avoir est avec l'infinitif, au lieu que les Latins usent 3 leur facere avec le conjonctîf, en insérant la parcule ut : Demosthene , en son oraison pro Corona ,
iuTO To ^(piaua xbv tote ty] 7U(^ei irepio'TavTa x(v$uvov ira-
JiOeTv l^o(v)(rev. Item comme nous disons, Faites-luy ser de telle viande *, au lieu de dire, Gommandez-luy
f . Terme alors général pour désigner nourriture. Un poète liseur de la fin du \yi* siècle, Nérée, que Racine ne dédaigna aus d'imiter , a dit dans le Triomphe de la ligue , act. II , se. i :
Il (Dieu) doone la viande aux petits passereaax,
Mander, pâturer, et viandis, pâture, subsistent encore dans la ingne de la vénerie. On lit dans Buffon , art. du cerf • « Lorsuil fait un temps doux^ ils (les cerfs) Yoni viander dans les lés. » Le même mot est répété plusieurs fois dans ce passage.
•V*"» ^i*i.t 7;^;ïaîî.'i» w i»a»
* a dict, icoioûvTo^
TOiK KofAvorrac h moro*
tenir ai la bouche, av r.
qui agnifie faire, lei
[qù lia la mesme signi-
qû s'acoorde fort hm
le Toxœris de Lq-
jostemeDtàce
sçavez-vous que
Toolez-Toos seavoir?
it pour ^Xei tl^hn,
d« HMsine auteur , 0106'
) Aristophane
i par interrogatioD,
» xi Soaut ^{Atv; car
fivre, an chapitre de
la lociiti<Hi qui oor-
o« ttfeK oi6i; aussi
ce wmm ê l Terbe $oxct en
1 nous avtms
»em son ilsne^ Ti^if
âirîons-noiis,
es qwlqQes autres locoiiiterrogatioo>
t. Autt^jiiwiit <ii( . riKt «nS^îM : c^ctaft •■ BiéiieciB nitif de
Oji» Lui yift Qttvi:4ip) ^im: «ta $^ U^m», taliMtt : Akré§i de tmUt
la mttditi:tm>
[ous disons souvent à ceux qui viennent vers nous , fui vous a amené ici? ou, Quelle affaire vous a amené ^ ? Et semblabiement eux disent , Vous ne sçavez pas qui l'a amené ici. Je trouve ceste façon de parler estre grec- [ue.Car Lucian, au dialogue intitulé À\c xatviYopoufxeyoçS tarie ainsi, tiç 3à tyûSiç, ta 'ËpfA^y Ssupo xP^ia ^Y^Y^^' ^^ outesfois nous nous abuserions si nous pensions que «ste manière déparier fust de son creu : car nous lisons lu IV« livre de ï Odyssée d'Homère,
TiTrre Se ce XP^^ ^^^p' ^Y*Y^ > TtiXétxax' "^pwç , 'Eç A&xeSa(fjLova Sïav , in* eôpéa vwTa BaLkd<s<rr\ç ; Ài^^iov^ 7^ fôiov; ToSs fjiol viQfxepTiç Iviffice.
tem, au livre onzième du mesme poème, sans interro-
;ation.
MîiTep Ifx^, XP^"^ l^ xaTT^Y^Y^^ ^*^ 'AiSao , Vux? XP^^H-^^®^ 07i6aCou Tfipeffiao.
J'ay aussi pris garde que la façon de respondre à eux qui nous appellent (asçavoir quand nous disons, >a'y a-il? ou. Qu'est-ce?) est conforme à celle des rrecs, ainsi qu'on peult veoir pai* ce passage qui est tiré [es Niiees d'Aristophane,
2Tp. 4>ei8iîCTr(Sy) , OetSiinrfSiov. — 4>etS. Ti, w TrotTep ;
>r, je trouve que Terence aussi a suivi ceste mesme
1 . C.-à-d. La double accusation ou les Tribunaux, Le predier titre vient de ce que Lucien se représente comme doublement ccusé , d'ingratitude par la Rhétorique , d'une part , et , de l'autre » le violence par le Dialogue personnifié. Ce qui explique le second itre t c'est qu'on voit la Justice même présider à plusieurs tribunaux, où sont jugés différents procès auxquels sont mêlées les trincipales sectes de philosophie.
manière» osant ainsi de quid est, mais mettante devant l'adverbe hem, Adelph. , act. II , se. ivS |[ éJ
CT. Heus, beusy Syre. — SY. Hem, quid est?
Noos osons aossi fort souvent de ces manières de parier, Qoe vous en soolciez-vous<? ou, Que vous en ehault-U? ou , Qu'en avez-vous à faire? ou , Que vom en est-ii? lesquelles je trouve s'accor^r du tout mt les grecques suivantes. Theociîte, au commencement Ive de son xiv« idyllie , m
AI. Xatpijv icoXXà Tov d[v$pa Buiovi^^ov. — 0Y. 'AXXà toi aut^\ 1^
AIoX^YOt. -Al. *QCXP^^^^* ' ^^* Xp($VlOÇ * Tl Bé TOt TO \Ûh\}Ut, L
Le mesme auteur, au xv« idyllie,
SE. nxu9«o6'^ £ SuOToevot , àvoévuTa xcoxOJ^otffai Tpxrfé^itç * Ixxvaiocuvti icXaTeicicffSotaai éf^avTa. rOP. M8, icôOfiv ôvOpcDiroc; ti Bl t\v, ei xuTiXai iluit,;
comme si elledisoît, Qu'en as tu à faire, si nous sommes babillardes?
Il m'a aussi semblé souventesfois (et me semble e&cores) que les Grecs usans de leur ôp^ par forme d'îBterrogation , en la sorte que nous verrons es passages suivans, expriment ce que nous disons ordinairement, Voyez-vous pas? ou. Ne voila-pas mon compte? ou , Ne voila-pas ce que je disois? Or, quand nous usons de cest adverbe voila, il est certain que nous ne nous esloignons point de la signification du verbe 6pSv, qui est à dire veoir; car voila est autant que si on disoit voyAa: